Actualités

18 septembre 2020

Charlie Hebdo : “Vous défiliez le 11 janvier 2015 pour la liberté d’expression, mobilisez-vous encore pour son respect”

Une manifestation à Istanbul le 13 Septembre 2020 (photo : Ozan Kose/AFP).
Face aux violentes réactions et menaces qui ont suivi la réédition des caricatures de Mahomet en une de Charlie Hebdo, Reporters sans frontières (RSF) appelle les chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient participé au rassemblement historique du 11 janvier 2015 à Paris à réagir pour éviter un nouveau drame.

Appels à la violence, condamnations de hauts responsables religieux, manifestations pendant lesquelles le drapeau français a été piétiné… Les réactions à la republication des caricatures du  prophète Mahomet, à l’occasion de l’ouverture du procès des auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo le 2 septembre dernier, se multiplient à travers le monde et font peser de nouvelles menaces sur l'hebdomadaire. Reporters sans frontières (RSF) lance un appel à l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient participé au rassemblement historique du 11 janvier 2015, ou le cas échéant à leurs successeurs, pour que les questions relatives à l’intolérance religieuse soient inscrites dans les initiatives normatives et les actions internationales pour la protection des journalistes, ce qui implique la dépénalisation du “blasphème” dans les Etats membres de l’ONU. 


“Il est urgent de renouer avec l’esprit de tolérance et de fraternité qui avait prévalu au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo, déclare le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Le respect des standards internationaux du droit, protecteur de la liberté d’expression, est non seulement une obligation. Il est du devoir des chefs d’Etat et de gouvernement de garantir leur respect, naturellement, mais il est aussi de leur responsabilité de promouvoir ce respect.”  


L’organisation déplore que des propos dangereux tenus par certains dirigeants n’aient malheureusement pas fait l’objet d’une contestation suffisante. La Turquie a été l’un des premiers pays à réagir à la réédition des caricatures de Mahomet, qui avaient valu à l’hebdomadaire français d’être la cible des terroristes. Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a condamné cette nouvelle publication, tandis que le gouvernement a critiqué le président français pour avoir défendu le droit au blasphème.


Quelques jours plus tard, le 8 septembre, l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, a qualifié la réédition des caricatures de grand péché impardonnableet a déclaré que “le prétexte de la liberté d'expression invoqué par certains hommes politiques français pour ne pas condamner ce grand crime doit être rejeté comme erroné et démagogique". Même si il ne s’agit pas d’un ordre en bonne et due forme, ce type de propos venant du plus haut responsable religieux du pays pourrait être assimilé à une fatwa contre Charlie Hebdo et les dessinateurs.


Le conseiller du chef de la République tchétchène, le mufti Salah Mejiyev a pour sa part ouvertement menacé le 4 septembre l’hebdomadaire, estimant qu’il s’agissait d’une ”attaque clairement planifiée de l'Occident contre l'Islam (...) susceptible de générer de nouvelles victimes humaines”. Le responsable religieux a prévenu que “le peuple tchétchène et toute la Oumma musulmane sont déterminés à contrer les moqueries des sbires de Satan par une réponse digne”. 


Le groupe Al-Qaïda a également ouvertement menacé la rédaction de Charlie Hebdo. L’attaque de 2015 “n’était pas un incident ponctuel” a prévenu l’organisation terroriste dans une revue publiée le 11 septembre et consacrée aux attentats contre le World Trade Center. Al-Qaïda accuse le président français Emmanuel Macron “d’avoir donné son feu vert” à cette réédition et lance cet avertissement : "Si votre liberté d'expression ne respecte aucune limite, préparez-vous à vous confronter à la liberté de nos actions."


Des manifestations anti-françaises ont par ailleurs eu lieu dans différents pays musulmans. Au Pakistan, une centaine de personnes ont manifesté le 3 septembre à Muzzafarabad, la capitale du Cachemire sous contrôle pakistanais, aux cris de “Cessez d’aboyer, chiens français”, avant de piétiner et brûler un drapeau tricolore. Le vendredi suivant, ils étaient des milliers à protester dans tout le pays et notamment à Lahore, en réponse à l’appel du parti extrémiste Tehrik-e-Labbaik Pakistan. En Turquie, à Istanbul, plusieurs centaines de manifestants brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : “Charlie Hebdo et Emmanuel Macron paieront le prix fort” se sont aussi réunis le dimanche 13 septembre.  En Irak,  plus d’une centaine de manifestants, dont des femmes et des enfants, se sont rassemblés ce jeudi 17 septembre devant les entrées de l'ambassade de France à Bagdad pour protester contre la réédition des caricatures.


Au Danemark, le quotidien Jyllands-Posten, qui avait été le premier quotidien à avoir publié, en 2005,  les caricatures de Mahomet a rendu hommage à Charlie Hebdo, tout en expliquant qu’il ne prendra plus le risque d’exposer sa rédaction à la violence.


La Turquie, le Pakistan, la Russie et l’Iran occupent respectivement la 154e, 145e, 149e et 173e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.