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8 avril 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Certains médias pris à parti par des ministres et des parlementaires pour leur couverture de la guerre en Irak


Reporters sans frontières s'inquiète des attaques verbales dont font l'objet des médias britanniques depuis plusieurs jours de la part de certains ministres et parlementaires, qui les accusent de faire le jeu de la propagande irakienne. L'organisation leur demande de cesser leurs déclarations hostiles qui sont autant de pressions insidieuses visant à influencer la ligne éditoriale des médias critiqués. Ces propos sont particulièrement inacceptables lorsqu'ils ont pour but de décrédibiliser nommément certains journalistes qui couvrent la guerre. Le 3 avril à la Chambre des députés, le député conservateur Christopher Chope a critiqué la couverture de la guerre par la chaîne publique British Broadcasting Corporation (BBC), dénonçant le fait que le contribuable britannique soit "obligé de subventionner la machine de propagande de Saddam Hussein". (Le service international de la BBC est financé par le ministère des Affaires étrangères). Christopher Chope a exhorté la BBC à retirer ses correspondants de Bagdad. Au cours du même débat parlementaire, Kevin Hughes, député du Parti travailliste, a réprouvé les journalistes qui critiquent la guerre en Irak et la coalition, et ironisé sur leur supposé manque de courage. Le même jour, Geoff Hoon, ministre de la Défense, s'en est pris verbalement au quotidien The Independent et à son correspondant en Irak, Robert Fisk, insinuant que ce dernier se laisse volontairement duper par Saddam Hussein et que ses sources d'information sont douteuses. Le 2 avril, David Blunkett, ministre de l'Intérieur, a reproché aux journalistes qui travaillent "derrière les lignes ennemies" et rapportent "minute par minute ce qui se passe" d'établir une "équivalence morale" entre les forces de la coalition et le régime irakien. Les journalistes ont rétorqué qu'ils avaient le droit d'informer de la situation depuis Bagdad et ont accusé le gouvernement de chercher à museler la presse. Le 1er avril, Jack Straw, ministre des Affaires étrangères, a déclaré qu'une telle pression médiatique aurait rendu la Seconde Guerre mondiale plus difficile à remporter. Dans un discours prononcé devant la Société des journaux, il a spéculé sur "combien il aurait été difficile de soutenir le moral du pays après Dunkerque si des reportages en direct avaient montré au public la dure réalité de la supériorité technique et militaire des Allemands".