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21 mars 2017

Censure et représailles judiciaires pour le documentaire “No Fire Zone” sur la guerre civile au Sri Lanka

Human RIghts defender Lena Hendry screened the documentary "No Fire Zone" in 2013
Reporters sans frontières (RSF) et Journalists for Democracy in Sri Lanka (JDS) s’insurgent contre la condamnation en justice de la défenseuse des droits humains Lena Hendry, pour avoir projeté, en juillet 2013, le documentaire “No Fire Zone : The Killing Fields of Sri Lanka” du journaliste britannique Callum Macrae.

Un tribunal malaisien a reconnu la défenseuse des droits de l'homme coupable de projection de film non approuvé par le Conseil de la Censure, en vertu de l'article 6 (1) (b) de la Loi de 2002 sur la censure cinématographique (Film Censorship Act 2002), qui prévoit une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans et pouvant s’accompagner d'une amende maximale de 30 000 ringgits (environ 4000 euros). La Cour doit prononcer la peine le 22 mars 2017.


La projection du documentaire organisée par Lena Hendry le 3 juillet 2013 avait été interrompue par la police, qui l’avaient arrêtée avec deux autres activistes. Au contraire de Lena Hendry, ces derniers avaient été relâchés sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Le 10 mars 2016, le tribunal de première instance de Kuala Lumpur (Magistrate Court) avait acquitté Lena Hendry mais le procureur avait fait appel de la décision. Durant le procès, la défense a présenté plusieurs documents visant à montrer les pressions politiques du gouvernement sri lankais pour qu’une action en justice soit entamée à l’encontre de la défenseuse des droits humains.


Comme l’ont démontré les avocats de la défense, la condamnation de Lena Hendry relève des représailles politiques, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Alors qu’elles devraient encourager la diffusion d’un documentaire essentiel sur la guerre civile qui a ensanglanté le Sri Lanka et fait plusieurs milliers de victimes civiles, les autorités malaisiennes ont cédé au lobbying du gouvernement sri-lankais pour censurer un sujet d’intérêt général et punir ceux qui s’en font le relais. Nous demandons à la justice d’annuler la condamnation de Lena Hendry qui constitue une violation grave de ses droits fondamentaux, à savoir le droit d’informer et à la liberté d'expression.


Depuis sa sortie en 2013, le documentaire «No Fire Zone» a été diffusé en Europe, en Amérique et en Asie-Pacifique sans faire l’objet de censure. Le film a même été projeté à Kuala Lumpur à plusieurs reprises, lors de la Conférence internationale anti-corruption de 2015 (IACC), et lors d’une projection spécialement organisée pour des parlementaires malaisiens et des membres de la société civile.


"Tous les citoyens du monde aspirant à la vérité devraient se tenir aux côtés de Lena et exhorter les autorités malaisiennes à mettre fin à cette ‘chasse aux sorcières’ politique", déclare Bashana Abeywardane, coordinateur de Journalists for Democracy in Sri Lanka. En condamnant Lena Hendry, les autorités malaisiennes portent un coup sévère à la liberté d'expression et au droit d'accès à l'information, en plus de cacher la vérité sur les atrocités massives commises contre les Tamouls par les forces de sécurité sri-lankaises durant la guerre civile.


RSF et JDS exhortent le gouvernement malaisien à abroger le Film Censorship Act 2002 qui, en criminalisant le droit d’informer répand l’autocensure dans le pays tout en donnant un pouvoir de censure démesuré au “Comité des censeurs”, organe de régulation créé par la loi et entièrement contrôlé par le gouvernement.


La Malaisie occupe la 147e place sur 180 pays du Classement mondial pour la liberté de la presse 2016 établi par Reporters sans frontières.