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3 février 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Caricature censurée : une rectification pleine d'humour


Le dessinateur Bonil, contraint de rectifier son dessin à la demande des autorités, propose une nouvelle version plus proche de la "réalité des faits" défendue par le gouvernement. Cette censure inflexible qui ne laisse aucune possibilité de recours en justice, a eu le mérite de permettre au caricaturiste de s’exprimer dans un nouveau trait d’humour provocateur. Les autorités forcent le domicile de Villavicencio et saisissent ses tablettes, ordinateurs et téléphones. - Qui est-ce?
- La police et le ministère public, bonsoir !
- Ah, mais entrez !
- C'est un plaisir de vous voir, justement je vous attendais...
Enchanté, M. Villavicencio. Nous venons saisir tous vos ordinateurs, tablettes etc... Appelez donc votre avocat !
- Mais non, ne vous en faites pas pour moi... Je vous fais confiance. Vous incarnez l'autorité légitime. Prenez tout ce dont vous avez besoin.
- Nous vous faisons une liste de ce que l'on emporte, et vous pouvez la signer.
- N'insistez plus.
- Nous la conservons sous enveloppe cellée, afin de respecter la chaîne des responsabilités.
- Mais pourquoi vous vous embêtez avec ce genre de détails?
- Je dis ça au cas où vous penseriez que nous allions montrer cela à quelqu'un dans les heures qui viennent...
- Laissez tomber. Je sais que vous agirez de manière totalement indépendante.
- Merci, au revoir ! Bonjour chez vous !" ____________________ 3.02.2014: “La face dangereuse de la loi de communication se révèle avec la sanction infligée au dessinateur Bonil” Accusé tout comme le quotidien El Universo de “diffamation” envers le gouvernement, le caricaturiste Xavier Bonilla dispose à compter de ce 3 février 2014 d’un délai de 72 heures pour “rectifier” l’un de ses dessins. L’injonction émanant de la Superintendance de la Communication – instituée par la loi de communication du 14 juin 2013 - oblige également El Universo à une amende équivalente à 2 % de ses rentrées financières des trois derniers mois. Publié le 28 décembre dernier, le dessin de Bonil dénonçait une perquisition jugée abusive du domicile du journaliste et assistant parlementaire de l’opposition Fernando Villavicencio, par les forces de l’ordre. Le trait d’humour n’a pas fait rire le président de la République Rafael Correa. Si El Universo consent à s’acquitter de l’amende, le dessinateur entend contester la décision. “Comment peut-on rectifier une caricature, par définition outrancière ? Xavier Bonilla devra-t-il à l’avenir se fendre d’une autocritique pour chacune de ses œuvres qui déplairait aux autorités ? Cette décision est absurde et dangereuse. Au cours de rencontres en novembre dernier à Quito avec le superintendant, Carlos Ochoa, et le secrétaire d’État à la Comunication, Fernando Alvarado, nous avions mis en garde contre cet aspect liberticide de la loi de communication, qui tente d’imposer un contrôle des contenus publiés ou diffusés”, regrette Lucie Morillon, directrice de recherche de Reporters sans frontières. “Cette décision constitue sans doute la pire entrée en matière dans l’application d’une loi dont nous avions par ailleurs souligné des intentions louables en matière de régulation des fréquences audiovisuelles. Outre le problème posé par l’injonction en tant que telle apparaît d’emblée la mise en cause de la Superintendance en tant que ‘juridiction spéciale’, à rebours des principes constitutionnels”, ajoute l’organisation qui demande la levée des charges retenues contre Bonil au nom de la liberté d’expression.
Les autorités forcent le domicile de Fernando Villavicencio et perquisitionnent des preuves de corruption.