Canada : arrestation d’un journaliste autochtone pour sa couverture d’un litige foncier

Reporters sans frontières (RSF) condamne l’arrestation du journaliste autochtone canadien Karl Dokstader pour sa couverture d’un litige foncier sur un territoire autochtone en Ontario-Sud. RSF appelle la police provinciale de l’Ontario à abandonner toutes les accusations retenues contre lui.


Karl Dokstader, un journaliste primé, membre de la Première nation Oneida de Thames, a été arrêté le 2 septembre pour sa couverture d’un litige foncier sur un territoire autochtone. Karl Dokstader a passé la moitié de l’été à documenter la lutte des défenseurs d’une terre autochtone contre la construction d’un complexe résidentiel en territoire haudenosaunee. La police provinciale de l’Ontario l’a accusé d’actes délictueux et de manquement à une injonction ordonnée par un tribunal. Elle lui a interdit de retourner sur place, sous peine de chefs d’inculpation supplémentaires. Il devrait comparaître devant un tribunal le 24 novembre.

 

« Il est extrêmement décevant que la police de l’Ontario ait décidé de ne pas respecter le droit légalement reconnu de Karl Dokstader de couvrir ce sujet, qui est clairement d’intérêt public pour le Canada et les peuples autochtones de la région, déclare Daphne Pellegrino, responsable du plaidoyer pour le bureau Amérique du Nord de RSF. La police provinciale de l’Ontario doit abandonner ces accusations et s’assurer que ses actions n’empiètent pas sur le travail des journalistes couvrant des événements qui, tels que celui-ci, font avancer les choses. »

 

Ce cas n’est pas un incident isolé. Ces dernières années, la police a porté des accusations contre deux autres journalistes pour avoir couvert des litiges fonciers entre des peuples autochtones et les autorités gouvernementales. En février dernier, la réalisatrice américaine Melissa Cox a été arrêtée alors qu’elle documentait les actions des défenseurs de la Première Nation Wet’suwet’en contre la construction du gazoduc Coastal GasLink. Les chefs d’inculpation d’actes délictueux et de violation de propriété qui pesaient sur elle ont récemment été abandonnés. En 2016, le journaliste Justin Brake a fait l’objet d’accusations pénales et civiles après avoir couvert une occupation autochtone du site de Muskrat Falls. A la suite de cette affaire, une décision de la Cour d’appel de Terre-Neuve-et-Labrador a affirmé qu’un traitement particulier s’applique aux journalistes couvrant les manifestations autochtones, et ce même dans les zones d’injonction. Les accusations portées contre Justin Brake ont été abandonnées en juin.

 

Le Canada occupe le 16e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

Publié le
Updated on 16.09.2020