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22 mai 2017

Campagne de solidarité avec Özgür Gündem : la condamnation de Murat Çelikkan est un “précédent inquiétant”

Crédit OZAN KOSE / AFP
La pression monte contre les participants à la campagne de solidarité avec le journal pro-kurde Özgür Gündem : pour la première fois, l’un d’entre eux, le journaliste Murat Çelikkan, a été condamné à de la prison ferme le 16 mai 2017. Le procès du représentant de Reporters sans frontières (RSF), poursuivi dans la même affaire, reprend le 8 juin.

Murat Çelikkan “n’a pas manifesté suffisamment de remords” : c’est ainsi que la 13e chambre de la Cour d’assises d’Istanbul a justifié la peine d’un an et demi de prison ferme, prononcée le 16 mai à l’encontre de ce journaliste et militant des droits humains.


Son crime ? Avoir pris part à une campagne de solidarité avec le quotidien pro-kurde Özgür Gündem : au nom du pluralisme, 56 personnalités s’étaient relayées, entre mai et août 2016, pour prendre symboliquement la direction de ce journal persécuté par la justice. Comme la plupart de ceux qui ont été jugés avant lui, Murat Çelikkan a été reconnu coupable de “propagande d’une organisation terroriste”. Le même jour, l’universitaire Beyza Üstün a été condamnée à 15 mois de prison avec sursis pour les mêmes faits.


C’est la première fois qu’une peine de prison ferme est prononcée contre un participant à cette campagne de solidarité, souligne Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. C’est un précédent extrêmement inquiétant. Nous réclamons l’acquittement en appel de Murat Çelikkan et Beyza Üstü, et l’abandon des poursuites contre tous les autres accusés, qui n’ont fait que défendre le pluralisme.


Murat Çelikkan était mis en cause en tant que “rédacteur en chef d’un jour” d’Özgür Gündem, le 25 mai 2016. Les articles incriminés sont essentiellement des comptes-rendus des opérations des forces de sécurité turques dans les régions du Sud-Est, à majorité kurde. Un autre article relatait l’histoire d’un appelé turc ayant déserté et rejoint le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, illégal) après un attentat visant des militants pro-kurdes.


Quarante et un journalistes, intellectuels et défenseurs des droits humains sont poursuivis pour avoir pris part à la campagne de solidarité avec Özgür Gündem. A ce jour, pas moins de 13 d’entre eux ont été reconnus coupables de “propagande d’une organisation terroriste”, le PKK, ou de “reprise de [ses] déclarations”. Ils ont été condamnés à un total de 11 ans et 10 mois de prison avec sursis et 50 000 livres turques (environ 13 200 euros) d’amende. Le 14 avril, la peine de 15 mois de prison avec sursis et 6 000 livres turques d’amende, prononcée à l’encontre du célèbre compositeur et défenseur de la liberté d’expression Şanar Yurdatapan, a été confirmée en appel.


Le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu, est lui aussi poursuivi pour avoir pris part à cette campagne de solidarité. Son procès reprendra le 8 juin à Istanbul, devant le même tribunal qui a condamné Murat Çelikkan. Le procureur devrait présenter son réquisitoire, auquel cas les avocats de la défense demanderont un délai pour préparer leur plaidoirie.


Erol Önderoğlu comparaît avec la présidente de la Fondation des droits humains (TIHV) Şebnem Korur Fincancı et l’écrivain Ahmet Nesin. Ces trois personnalités sont les seules à avoir été placées en détention provisoire dans le cadre de cette campagne, en juin 2016. Ils risquent jusqu’à 14 ans et demi de prison pour “propagande du PKK”, “apologie d’un crime” et “incitation au crime”.


La Turquie est classée 155e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF, entre la République démocratique du Congo et le sultanat de Bruneï. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet 2016 : près de 150 médias ont été fermés et plus de 100 journalistes sont emprisonnés.