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15 avril 2019 - Mis à jour le 17 avril 2019

Bosnie-Herzégovine : RSF s’inquiète d’un projet de réforme visant à limiter l’exercice du journalisme

Policiers bosniens, octobre 2018/AFP
Le parlement de la République serbe de Bosnie va examiner mardi 16 avril plusieurs amendements à la loi sur la paix et l’ordre public visant à sanctionner des journalistes qui “pertuberaient” le travail des fonctionnaires dans l’exercice de leur mission. Reporters sans frontières (RSF) l’appelle à ne pas voter une réforme aux contours mal définis et dangereuse pour l’exercice du journalisme.

Les amendements à la loi sur la paix et l’ordre public que l’Assemblée nationale de la Republika Srpska (l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine) doit examiner mardi 16 avril introduisent un nouveau délit préjudiciable à la liberté d’informer. Ils prévoient de sanctionner  les journalistes d’une amende pouvant atteindre 750 euros et d’un emprisonnement maximal de 60 jours  s’ils photographient ou filment sans autorisation des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions et perturbent leur travail.

Bien que le parlementaire à l’origine de ces amendements ait expliqué que l’objectif est d’instaurer des sanctions plus précises en cas de violation de la loi sur la paix et l’ordre public, RSF s’inquiète du flou qui entoure le projet, le gouvernement n’ayant donné aucune explication sur ce qui selon lui “perturbe et gêne le travail des fonctionnaires”.

La mise en oeuvre de telles mesures donnerait un pouvoir discrétionnaire et disproportionné aux fonctionnaires et officiers de police pour sanctionner les journalistes. Elles sont d’autant plus mal accueillies qu’elles surviennent alors que plusieurs d’entre eux ont été réprimés et ou arrêtés pendant la couverture du mouvement de protestation “justice pour David” qui a secoué le pays pendant neuf mois après la conduite déplorable d’une l’enquête sur la mort d’un jeune homme.

RSF appelle l'Assemblée nationale de la Republika Srpska à rejeter ces amendements qui sont contraires aux  normes internationales et constituent  une sérieuse menace à l'exercice libre du journalisme dans le pays, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone UE/Balkans de RSF. Partout dans le monde, le rôle des journalistes est d’informer dans l’intérêt du public sans le consentement préalable de la police ou de tout autre organisme public.”

La Bosnie-Herzégovine qui occupe la 62ème place du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF pourrait s’inspirer de l’Espagne où le tollé provoqué par une loi baillon adoptée en 2015 qui sanctionne la prise et la diffusion de photos des forces de l’ordre “préjudiciables à l’image et à l’honneur des agents” a contraint les autorités à rétropédaler, le gouvernement de Pedro Sanchez envisageant aujourd'hui d'abroger les articles controversés.