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10 décembre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Bivol.bg sommé de révéler ses sources et l’identité de ses collaborateurs


Le site d’information Bivol.bg a été sommé par la Commission de supervision financière bulgare de révéler ses sources dans les trois jours sous peine d’amende. Une démarche approuvée par la Banque centrale.
Ce sont des courriers peu habituels qu’ont reçus ces 8 et 10 décembre les administrateurs de Bivol.bg, site bulgare de journalisme d'investigation spécialisé dans les affaires de corruption, partenaire local de WikiLeaks. Le premier émane de la Commission de supervision financière bulgare, autorité chargée de veiller à la stabilité et la transparence du secteur bancaire. Dans sa lettre, la Commission somme Bivol.bg de communiquer ses sources à la Commission ainsi que les noms et adresses des rédacteurs et du responsable éditorial après que le site a publié trois articles (lire en anglais ici, ici, et ) sur les activités de prêts bancaires douteux menées par la First Investment Bank (Fibank), une banque bulgare. Le site d’information dispose de trois jours à compter du lundi 8 décembre pour s’exécuter, sans quoi la Commission, qui écrit pourtant que le site n’est pas tenu légalement de lui donner ses sources, pourrait lui infliger une amende allant de 1 000 à 4 000 euros. La Commission annonce par ailleurs avoir lancé une enquête sur un possible “trafic d’informations confidentielles” et une “instrumentalisation du marché”, sur la base de la loi contre les abus financiers. Cet organe de supervision financière n’en est pas à son coup d’essai. L’hebdomadaire Capital avait lui aussi reçu cette année plusieurs courriers similaires après avoir publié des articles sur le secteur bancaire bulgare. “La Commission de supervision financière bulgare s’arroge une autorité morale qui dépasse de loin ses attributions, constate Lucie Morillon, directrice des programmes de Reporters sans frontières. Surtout, elle oublie que le public a le droit d’être informé des mauvaises pratiques d’une banque qui figure au principal indice de la bourse de Sofia et qui a bénéficié récemment d’une aide publique de 600 millions d’euros. Les sommations envoyées à Bivol.bg sont irrecevables et indignes d’une autorité chargée de veiller à la transparence du secteur bancaire. Elles doivent tout simplement être annulées”. Le second courrier émane quant à lui de la puissante Banque nationale de Bulgarie (BNB), la Banque centrale bulgare qui supervise le fonctionnement des institutions financières. Celle-ci s'était engagée auprès de Bivol.bg à procéder à une vérification des faits exposés par le site d’information. Mais elle s’est rétractée, mettant à son tour en garde Bivol.bg dans une lettre datée du 10 décembre : “Nous attirons votre attention sur le fait que la diffusion de fausses informations engage votre responsabilité face à la loi, en particulier quand il s'agit de sociétés cotées sur les marchés.” Une volte-face ubuesque qui démontre la volonté claire des régulateurs bancaires de faire taire Bivol.bg. La Bulgarie figure à la 100ème position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse, la plus mauvaise performance au sein des pays de l’Union européenne.