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26 mai 2021 - Mis à jour le 6 octobre 2021

Birmanie : le journaliste américain Danny Fenster jeté dans la “prison de la torture” juste avant de quitter le pays

Le directeur de rédaction de Frontier Myanmar, Danny Fenster (à gauche), a été arrêté et envoyé dans la prison d'Insein, visible à droite, le 24 mai (photos : Frontier Myanmar - AFP).
Arrêté à l’aéroport avant l’embarquement de son vol ce lundi 24 mai, le journaliste américain Danny Fenster serait détenu au secret dans la prison d’Insein où les mauvais traitements à l’égard des journalistes sont fréquents. Alarmé et scandalisé, Reporters sans frontières (RSF) demande sa libération immédiate et sans condition.

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Actualisation - 5 octobre 2021
 
Ce lundi 4 octobre, à l'occasion de son procès tenu dans la prison d'Insein, le rédacteur en chef de Frontier Myanmar a été visé par un nouveau chef d'inculpation l'accusant d'"association illégale". Cette seconde charge portée contre lui, en plus de celle pour incitation à la dissidence contre l'armée, porte à six ans la peine de prison maximale qu'il encourt. Suite à la libération de son confrère américain Nathan Maung le 15 juin, il est à ce jour le dernier journaliste étranger maintenu en détention par la junte militaire. Reporters sans frontières (RSF) demande l'abandon de ces charges injustifiées et la libération immédiate de Danny Fenster.

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Il allait prendre l’avion pour rejoindre sa famille aux Etats-Unis… Depuis silence radio ! Ce lundi 24 mai matin, les autorités birmanes ont arrêté à l’aéroport de Rangoun, la capitale du pays, le responsable éditorial du magazine Frontier Myanmar. De nationalité américaine, Danny Fenster, a été interpellé sans aucun motif juste avant son embarquement. Depuis, ses collègues ont tenté, en vain, de le contacter. Ils affirment qu’il a été envoyé dans la prison d’Insein où s’entassent de nombreux journalistes emprisonnés depuis le coup d’Etat du 1er février.

 

L’arrestation arbitraire de Danny Fenster qui s’apprêtait à rejoindre sa famille aux Etats-Unis et l’absence d’information sur sa santé et ses conditions de détention dans la prison d’Insein sont inacceptables et extrêmement préoccupantes, dénonce Pauline Adès-Mével, la porte-parole de RSF. Nous demandons expressément aux autorités militaires sa libération inconditionnelle et immédiate de la prison d’Insein, qui regorge de journalistes illégalement détenus.”

 

L’arrestation de Danny Fenster est un nouveau coup dur pour les médias indépendants. Le travail des journalistes de Frontier Myanmar qu’il a rejoint il y a un an a été particulièrement remarqué pour ses riches reportages sur les conséquences du coup d’Etat et sa liberté de ton à l’égard de la junte. Un de ses éditorialistes, Sithu Aung Myint, avait été parmi les premiers journalistes à figurer sur la liste noire du régime. Il risque désormais 3 ans de prison pour diffusion d’informations jugées critiques par l’armée, comme l’avait révélé RSF.

 

En près de quatre mois, Danny Fenster est le 4e journaliste étranger à avoir été emprisonné après le Polonais Robert Bociaga, le Japonais Yuki Kitazumi et un autre ressortissant états-unien, Nathan Maung, cofondateur de Kamayut Media. Selon des informations de RSF, ce dernier, arrêté le 9 mars avec son confrère Han Thar Nyein, est toujours maintenu sous les verrous dans le centre carcéral d’Insein, le plus grande geôle du pays, dans lequel les juntes successives ont pris l’habitude de maltraiter journalistes et opposants politiques.

 

Torture et brûlure

 

Selon des informations obtenues par RSF, lors de leurs premières semaines de détention, Nathan Maung et Han Thar Nyein ont tous deux été victimes de sévices corporels. Leurs geôliers se sont acharnés sur eux : ils les ont forcés à se tenir à genoux sur de la glace, les ont brutalement frappés et ont utilisé leurs cigarettes pour les brûler au niveau du ventre, des fesses et des cuisses, selon des informations rapportées par leurs familles. Le journaliste Yuki Kitazumi, libéré de la prison d’Insein le 15 mai, a témoigné à son arrivée au Japon des nombreux cas de tortures et de traitements humiliants qu’ont subi ses anciens co-détenus.

 

En date du 26 mai, 86 journalistes ont été arrêtés depuis l’arrivée au pouvoir de l’armée le 1er février, dont 49 sont actuellement maintenus en détention.

 

La Birmanie occupe la 140e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.