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30 avril 2021 - Mis à jour le 6 mai 2021

Bénin : RSF appelle les autorités à réformer le Code du numérique, menace pour le journalisme dans le pays

Photo Facebook du journaliste d'investigation béninois Ignace Sossou, emprisonné durant six mois sur la base du Code du numérique.
A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) se joint à une tribune signée par plusieurs titres de la presse béninoise appelant les autorités à réformer le Code du numérique, instrument de répression de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

“Le Code du numérique, cheval de Troie contre la liberté de la presse au Bénin ?” Dans cette tribune signée ce lundi 3 mai par les journaux Nord Sud Quotidien, L'inter et FinEco, et à laquelle se joint RSF, ces médias béninois pointent les dérives d’un texte initialement présenté comme un “instrument pertinent et fiable” permettant de lutter contre la cybercriminalité, mais utilisé dans la pratique comme un outil “menaçant l’exercice du journalisme au Bénin”. Ce Code permet d’attaquer un journaliste comme un simple citoyen à partir du moment où ce qu’il dit est publié en ligne. “Notre loi de l’information protège les journalistes en dépénalisant le délit de presse. Le Code du numérique, lui, les jette en pâture à ceux qui leur en veulent”, résume dans cette tribune le journaliste Ignace Sossou, directeur de production de Bénin Web TV.


L’année dernière, ce dernier a passé six mois en prison pour “harcèlement par le biais de moyens de communication électronique”. Il avait relayé, sur les réseaux sociaux, des propos du procureur de la République qui s’était justement prononcé sur le danger que constitue le Code du numérique pour les journalistes. C’était, en Afrique de l’Ouest, la première fois qu'un journaliste était incarcéré pour avoir rapporté fidèlement des propos d'intérêt public, comme l’avait publiquement dénoncé RSF.


Cette tribune publiée à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, et à l’orée du second mandat du président Patrice Talon, permet de rappeler le caractère extrêmement menaçant du Code du numérique pour l’exercice du journalisme au Bénin, déclare le directeur du bureau Afrique de l’Ouest à RSF Assane Diagne. Notre organisation appelle le Bénin à réformer ce Code en offrant aux journalistes qui exercent en ligne les mêmes garanties que celles dont ils bénéficient dans les médias traditionnels. Ce texte ne devrait pas être utilisé pour détenir arbitrairement des journalistes, pratique qui a largement contribué à la chute libre que connaît le Bénin au Classement mondial de liberté de la presse ces dernières années.”


Outre Ignace Sossou, le Code du numérique avait également été utilisé pour détenir de manière arbitraire deux autres journalistes, alors que la plupart des délits de presse ont été dépénalisés. En avril 2019, Casimir Kpédjo avait passé sept jours en garde à vue pour avoir diffusé de “fausses informations” sur la croissance économique au Bénin dans le quotidien Nouvelle Economie, dont il est le directeur de publication. Son confrère Aristide Hounkpèvi avait subi exactement le même sort après avoir été interpellé, en janvier 2020, pour un motif similaire. Il s’était interrogé, dans un tweet, sur la nomination éventuelle du ministre des Affaires étrangères du Bénin comme ambassadeur à Paris.


Le Bénin occupe la 114e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2021. Le pays a perdu 36 places depuis 2016.