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3 septembre 2020 - Mis à jour le 28 septembre 2020

Bélarus : des spécialistes russes pour pallier les départs dans l’audiovisuel public

Un véhicule de RT dans les rues de Minsk le 26/08 (crédit : people.onliner.by)
Après un mouvement de grève au sein de l’audiovisuel public, durant lequel une centaine d’employés ont exprimé leur soutien aux manifestations en quittant leur poste, des “spécialistes russes” ont été mobilisés pour remplacer certains d’entre eux. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une manipulation visant à garder un contrôle strict sur les médias d’Etat.

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a chaleureusement remercié, mardi 1er septembre, la chaîne russe RT (ex-Russia Today) pour son aide. Des « spécialistes russes » sont en effet venus remplacer des employés de la télévision publique au Bélarus, dès le lendemain de leur mouvement de grève initié le 17 août. 


Alors qu’un mouvement de protestation contre les résultats frauduleux du scrutin présidentiel secoue le pays depuis près d’un mois, environ 300 employés de la Belteleradiocompany (BT), la compagnie de radio et de télévision nationale, ont abandonné leur poste et une centaine ont démissionné, en soutien aux manifestants. D’autres chaînes publiques,  Stalitsa, ONT, et STV, ont également été touchées par des départs.  L’absence de ces collaborateurs - cameramen, monteurs, informaticiens - a  paralysé le fonctionnement des chaînes d’information.


La réalisatrice de la BT Alyona Martinovskaya affirme avoir été empêchée de se rendre sur son lieu de travail le 19 août, après avoir exprimé son soutien aux manifestants, remplacée selon elle par des employés russes. Ces “spécialistes” travailleraient dans les rédactions pour prendre en charge la mise à l’antenne, le montage et l'editing. Alexandre Loukachenko a lui-même confirmé dès le 21 août que “deux ou trois groupes de journalistes” russes avaient été invités à collaborer sur les chaînes de télévision biélorusses.


C’est également ce qu’ont déclaré des employés de la BT au quotidien russe RBC,  sous couvert d’anonymat. La première équipe de RT, visible le 18 août, était composée de cinq techniciens et informaticiens, outre Konstantin Prydybaylo, un ancien collaborateur de la BT actuellement correspondant de RT dans le pays. Rentrée en Russie quelques jours plus tard, elle a immédiatement été remplacée par une autre équipe.


Ces liens privilégiés entre RT et la BT  sont perceptibles jusque dans le contenu diffusé depuis le début du mouvement de grève. La BT utilise régulièrement des images tournées par l’équipe de RT basée à Minsk et préfère recourir à des “experts” russes et ukrainiens sur ses plateaux plutôt qu’à la couverture de faits d’actualité, selon une analyse du cabinet de conseil biélorusse Sense Analytics.


“Alors que Gennady Davydko, ancien directeur de la BT, affirmait le 27 août que ’les médias d'État s'emploient à stabiliser la situation quand les médias étrangers s'efforcent de la déstabiliser’, un double-standard s’applique pour ces équipes russes venues entretenir la propagande du pouvoir en place, déclare la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Ces briseurs de grève s’emploient à diffuser une information biaisée, avec de nouvelles techniques et refusent de couvrir objectivement les dynamiques en oeuvre dans le pays.”


Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, qui organise sa réélection tous les cinq ans dès le premier tour, le Bélarus occupe la 153e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.