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29 juillet 2020

Bélarus : climat étouffant pour la liberté de la presse à moins de quinze jours de l’élection présidentielle

Crédit : Sergei GAPON / AFP
Le bureau du procureur général biélorusse a déclaré qu’il ne mènerait pas d’enquête sur la répression des journalistes lors des manifestations qui ont rythmé la campagne présidentielle. A moins de deux semaines du scrutin présidentiel, Reporters sans frontières (RSF) dresse un état des lieux alarmant de la situation de la liberté de la presse et dénonce l’orchestration de la répression par les autorités publiques.

L’étau se resserre sur les voix dissidentes au Bélarus. Alors que plus de 40 journalistes ont été arrêtés en deux mois et demi de campagne électorale, le procureur général a annoncé le 24 juillet qu’il ne contrôlerait pas les entraves au travail des reporters. Ceci « relève de la compétence exclusive des autorités chargées de l'enquête préliminaire », a-t-il expliqué. Trois jours plus tôt, dans une lettre ouverte adressée au procureur général, au ministre de l'Intérieur, au président du Conseil de la République de l'Assemblée nationale et au ministre de l'Information, plus de 200 journalistes avaient appelé les autorités à cesser le harcèlement dont ils ont été victimes ces dernières semaines. 


Cette répression hors normes vise à empêcher les journalistes de rendre compte de la mobilisation inédite contre la réélection d’Alexandre Loukachenko, déclare la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Les évènements de ces derniers mois ont montré que les autorités étaient prêtes à tout pour museler la presse indépendante. RSF demande la conduite d’enquêtes impartiales dans le but de poursuivre les coupables du délit d’obstruction à l’activité des journalistes, puni par larticle 198 du Code pénal biélorusse. Par ailleurs, les autorités ont la responsabilité de garantir le pluralisme du paysage médiatique, et le droit, pour les médias indépendants et étrangers, de s’exprimer et d’informer en toute sécurité en période électorale, en accord avec les engagements internationaux de la Biélorussie, membre de l’OSCE.


Jeudi 23 juillet, le président Loukachenko a encouragé le ministère des Affaires étrangères à résilier les accréditations des médias étrangers sans attendre la fin de la campagne. La Commission électorale a annoncé le lendemain que seuls les médias d’État auraient accès à la Maison du gouvernement, siège du Parlement biélorusse, le 9 août, pour y couvrir le scrutin. 


L’environnement de travail des journalistes des médias indépendants, cibles privilégiées du pouvoir, s’est détérioré au fil des rassemblements en faveur de candidats d’opposition. Une première vague d’arrestations s’est produite début mai, à l’occasion de manifestations organisées à Minsk et en province par le blogueur critique Siarhei Tikhanouski, empêché depuis de se présenter aux élections. Quatre reporters avaient alors écopé de 10 à 21 jours de prison pour “participation à un rassemblement non autorisé”.


Une deuxième série d’arrestations a eu lieu les 19 et 20 juin, à la clôture de la collecte des parrainages nécessaires pour se présenter à l’élection. Les forces de l’ordre ont arrêté aussi bien des reporters pigistes que des représentants de médias indépendants, comme le journal local Gantsavichsky Chas, ou étrangers, comme l’agence de presse Reuters, Radio Svaboda, la radio en exil Euroradio ou encore les sites d’information Tut.by et Onliner.by.


Un pic de violence a été atteint à la mi-juillet, après que la commission électorale a empêché deux candidats d’opposition de se présenter au scrutin. Seize journalistes avaient alors été brutalement arrêtés et l’un d’eux, correspondant pour Radio Svaboda, a eu le nez cassé.


Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, qui organise sa réélection tous les cinq ans dès le premier tour, le Bélarus occupe la 153e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.