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22 juin 2017

Azerbaïdjan: la répression contre les dernières voix critiques s’intensifie

Crédit: CHRISTOF STACHE / AFP
Pas moins de 15 blogueurs, collaborateurs des médias et journalistes ont récemment été jetés en prison. Les arrestations et les procès se multiplient. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une intensification de la répression contre les voix indépendantes azerbaïdjanaises et demande la libération des journalistes emprisonnés.

Ces deux derniers mois, l’Azerbaïdjan a intensifié sa répression pour faire taire les voix critiques du pays, faisant oublier ses récents gestes d’ouverture qui avaient conduit à la libération de plusieurs prisonniers politiques au printemps 2016. Un des cas qui illustre ce nouveau durcissement est celui de Fikret Faramazoglu, rédacteur en chef du site Jam.az. Le 14 juin, le journaliste a été condamné à sept ans de prison et à deux ans d’interdiction d’exercer son métier. La justice l’accuse d’avoir extorqué de l’argent à un propriétaire de restaurant. Le journaliste et son avocat dénoncent un procès sans fondement arguant qu’il s’agit d’une forme de représaille contre le site Jam.az (Centre de recherche journalistique). Peu avant l’arrestation du journaliste, Jam.az avait révélé que les forces de l’ordre fermaient délibérément les yeux sur des activités illégales de maisons closes. L’épouse de Fikret Faramazoglu et son avocat ont par ailleurs signalé que ce dernier avait subi des actes de torture durant sa détention et perdu au moins deux dents.


Le même sort a été réservé au journaliste indépendant Nijat Amiraslanov arrêté le 22 mai 2017. Condamné à 30 jours de détention administrative pour avoir "désobéi aux ordres de la police", il est apparu le 3 juin dernier à son procès en appel avec des dents en moins. D’après son avocat, il a été forcé à reconnaître sa culpabilité et à retirer sa demande d’appel sous la menace. Le journaliste avait pour sa part été arrêté peu de temps après avoir publié des posts critiquant les autorités sur les réseaux sociaux.


Arrestations, tortures et condamnations sans fondement sont devenues la norme pour les professionnels des médias indépendants en Azerbaïdjan. Cela témoigne de la volonté des autorités de porter un coup de grâce aux dernières voix critiques du pays, dénonce Reporters sans frontières qui demande la libération immédiate des journalistes. La situation actuelle devient d’autant plus urgente que plusieurs journalistes en détention sont victimes d’actes de torture et souffrent de sérieux problèmes de santé, précise RSF qui demande aux partenaires internationaux de Bakou de rappeler aux autorités azerbaïdjanaises leurs obligations en matière de droits de l’Homme.”


Multiplication de procès visant des journalistes


Les procès de Fikret Faramazoglu et de Nijat Amiraslanov s’ajoutent à celui du journaliste Afgan Moukhtarly poursuivi pour “contrebande”, “franchissement illégal de la frontière” et “refus d’obtempérer aux forces de l’ordre”. Le journaliste d’investigation qui s’était exilé en 2014 pour fuire la vague de répression qui s’abattait alors sur la société civile, a été enlevé le 29 mai 2017 dernier à Tbilissi, dans la capitale géorgienne, et a été retrouvé le lendemain à Bakou entre les mains des gardes-frontières azerbaïdjanais. Cet enlèvement a créé un précédent très inquiétant pour les dizaines de dissidents azerbaïdjanais exilés en Géorgie.


Deux autres procès, ceux d’Aziz Orujov, directeur de la chaîne internet “Kanal 13” arrêté le 2 mai 2017 et de Faïg Amirov, directeur financier du journal d’opposition Azadlig arrêté le 20 août 2016, se poursuivent en parallèle. Ils sont respectivement accusés d’”entreprise illégale” et d’“abus de pouvoir” pour le premier et d’”incitation à la haine religieuse” et d’”évasion fiscale” pour le deuxième. Début juin, l’état de santé de Faïg Amirov, en détention depuis 10 mois et qui souffre d’une maladie chronique de l’estomac, s’est une nouvelle fois dégradé faute d’accès à des soins appropriés en prison.


Répression accrue en ligne


Les médias en ligne font également l’objet d’une répression accrue. Le 12 mai dernier, un tribunal de Bakou a confirmé le blocage de cinq sites indépendants. Accusé de “représenter un danger” pour la sécurité nationale, le service azéri de radio Free Europe / Radio Liberty visé par cette décision avait récemment publié des enquêtes sur les activités financières des proches du président Ilham Aliev. Ce blocage touche également les sites du quotidien d’opposition Azadlig et de la chaîne basée à Berlin Meydan TV.


Le référendum de septembre 2016 a encore renforcé les pouvoirs du président Ilham Aliev, qualifié de “prédateur de la liberté de la presse”. La nomination récente de sa femme comme première vice-présidente en février 2017 témoigne de la volonté de renforcer le noyau dur du régime.


L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2017.