Actualités

13 août 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Attaque à la bombe contre le domicile d’un journaliste indépendant


Reporters sans frontières condamne vigoureusement l’attentat à la bombe perpétré le 11 août 2013 contre le domicile du journaliste d’investigation Tufik Softić, et exhorte les autorités à tout mettre en œuvre pour que cet acte ne demeure pas impuni. « Il convient de prendre très au sérieux cet attentat, qui aurait pu se révéler meurtrier. Nous sommes d’autant plus inquiets qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais de la dernière d’une longue liste d’attaques ciblées contre des professionnels des médias. La multiplication de tels actes et l’impunité dont bénéficient trop souvent leurs auteurs, contribuent largement à rendre délétère le climat pesant sur le journalisme d’investigation au Monténégro. Nous espérons que l’enquête bénéficiera de toute la volonté et de tous les moyens requis pour que les auteurs et les commanditaires de cette attaque soient rapidement identifiés », a déclaré Reporters sans frontières. Le 11 août, vers 22 heures, un explosif à base de TNT a été lancé dans la cour de la maison de Tufik Softić à Berane (Nord-Est). Il a explosé à proximité de sa voiture, sans faire de blessés. Le journaliste était chez lui avec sa famille, mais il a précisé qu’il venait de garer son véhicule un quart d’heure plus tôt. « Voilà une nouvelle preuve que les journalistes professionnels qui font leur travail ne sont absolument pas en sécurité au Monténégro, a déclaré à Reporters sans frontières le rédacteur en chef de Vijesti, Mihailo Jovović. Cette attaque visait clairement à intimider M. Softić et les autres journalistes (…) pour qu’ils cessent d’écrire sur la criminalité, la corruption, les abus de pouvoir et d’argent public », a-t-il poursuivi en soulignant l’impunité dont bénéficient largement les auteurs des précédentes attaques, et la part de responsabilité de certains élus et médias qui n’hésitent pas à diaboliser la presse indépendante en l’accusant de liens occultes avec l’étranger. Collaborateur du quotidien Vijesti et de l’hebdomadaire Monitor, Tufik Softić est un journaliste reconnu pour ses investigations sur le crime organisé, le trafic de drogue et les complicités parfois haut placées dont ils bénéficient. Ses enquêtes lui valent des menaces récurrentes. En novembre 2007, il avait été violemment attaqué devant chez lui par deux individus masqués et armés de bâtons, mais ses agresseurs n’ont jamais été retrouvés. Les attaques contre Vijesti se sont multipliées ces dernières années : plusieurs de ses collaborateurs ont été agressés et menacés, tandis que quatre véhicules appartenant à la rédaction ont été incendiés. Faisant référence à l’importante charge de TNT, Tufik Softić affirme que l’incident était davantage qu’une simple manœuvre d’intimidation. Au lendemain de l’attaque, le ministère de l’Intérieur, Rasko Konjević, s’est personnellement entretenu avec le journaliste. Le Monténégro est classé 113e sur 179 dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Il occupe l’avant-dernière place parmi les pays balkaniques, juste devant la Macédoine (116e).