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2 août 2018 - Mis à jour le 6 août 2018

Assistants vocaux, un risque pour le pluralisme de l’information

Alors que le marché des enceintes connectées est en pleine expansion, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète du risque qu’elles peuvent représenter pour le pluralisme de l’information.

“OK Google, raconte-moi les actualités.” L’arrivée des enceintes connectées comme Google Home constitue une nouvelle étape de la révolution numérique, déjà amorcée avec les assistants vocaux dits intelligents sur smartphones, comme Siri. Mais l’utilisation accrue de ces objets connectés et assistants vocaux bouleverse, non sans risque, l’accès à une information plurielle.


Finies, les requêtes en tapant des mots-clés dans un moteur de recherche. L’application reconnaît la voix de l’utilisateur et interagit avec lui, en délivrant oralement le résultat d’une opération algorithmique visant à répondre à la requête. Problème : l’assistant intelligent sélectionne les sources d’informations, et limite le nombre de résultats… parfois, à un seul, selon des critères qui restent aujourd’hui largement opaques.


“Avec le développement des assistants vocaux se pose la question des garanties données en faveur du pluralisme de l’information, analyse Elodie Vialle, Responsable du Bureau Journalisme et Technologie de Reporters sans frontières. A force de personnaliser la distribution de l’information sans laisser de place ni à la sérendipité ni à la diversité de choix dans la restitution, les assistants vocaux risquent de renforcer le mode de distribution de l’information censitaire et opaque déjà existant aujourd’hui.”


Pour Reporters sans frontières, l’intérêt de ces assistants vocaux - en terme d’innovation, de formats - pour les médias ne doit pas faire oublier la nécessité pour les acteurs qui les développent de présenter des garanties en faveur du respect du pluralisme de l’information.


Si RSF s’inquiète du phénomène, c’est aussi parce que l’impact du développement des assistants vocaux sur la liberté de l’information n’a pas été suffisamment étudié, alors que le marché est en plein essor. En 2020, 50% des recherches seront vocales, rapporte Forbes. Près d’un tiers des populations en Chine, un pays courtisé par Google, où l’information est totalement sous contrôle, en Inde, aux USA, au Brésil et à Mexico devraient avoir recours à ces assistaux vocaux d’ici fin 2018, selon une étude d’Accenture.


Des chiffres qui attisent les appétits d’ogre d’acteurs déjà ultra-dominants dans le champ de l’information, et pour cause : celui qui contrôlera l’interface sera en position de force pour imposer ses services. Dans ce modèle économique, l’information n’est que le produit d’appel. Le e-commerce, la vente des données collectées sur les utilisateurs et la publicité devraient représenter 16 milliards de dollars de revenus en 2021, selon l’une des nombreuses études marketing publiées à ce sujet.


Ces objets suscitent par ailleurs bien d’autres inquiétudes, en collectant, analysant et centralisant les données de l’espace physique, comme les informations consultées par l’utilisateur. Des dispositifs très écoutants et peu regardants selon Libération, qui mentionne la captation et la mise en commun des données utilisateurs, le risque évident de surveillance… outre les bugs à répétition.