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1 août 2017 - Mis à jour le 2 août 2017

Arrestations illégales en Côte d’Ivoire

Richard Adou, le procureur de la République de Côte d'Ivoire pendant une conférence de presse à Abidjan, en mars 2016 © SIA KAMBOU / AFP
Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate de deux journalistes arrêtés le 31 juillet pour “divulgation de fausses nouvelles”. Cette arrestation constitue une violation de la loi sur la presse de Côte d’Ivoire.

Actualisation : Les journalistes ont été remis en liberté en fin d'après midi le 1er aout. Ils demeurent poursuivis pour "divulgation de fausses nouvelles"



Deux journalistes Dan Opeli et Yves Kuyo du journal d’opposition Le Quotidien ont été interpellés et placés en garde à vue, le 31 juillet à la Brigade de recherche de la gendarmerie nationale à Abidjan pour “divulgation de fausses nouvelles”, sur autosaisine de Richard Adou, le procureur de la République près du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau. Une procédure très inquiétante dans la mesure où les délits et infractions de presse sont dépénalisés par la loi sur la presse de 2004, toujours en vigueur.


“Nous exigeons des autorités judiciaires ivoiriennes la libération des journalistes, car la loi sur la presse en l’état n’autorise pas la détention de journalistes, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable Afrique de RSF. Un journaliste n’a pas à être mis derrière les barreaux pour ses écrits. Si les écrits sont diffamatoires ou mensongers, des recours légaux existent »


L’interpellation des journalistes fait suite à un article publié, vendredi 28 juillet, dans Le Quotidien évoquant le gel des comptes bancaires du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, et l’ouverture d’une enquête judiciaire contre le chef du Parlement. Le procureur de la République avait démenti l’information et saisi la brigade de recherche de la gendarmerie pour l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les journalistes. Le président de l’Assemblée nationale incriminé n’a pas porté plainte ou exigé un droit de réponse.


Le Procureur de la République exploite régulièrement une des failles de la loi sur la presse, pour faire un raccourci avec le code pénal et faire ouvrir des procédures judiciaires contre les journalistes. Les autorités ivoiriennes se justifient également en disant que les mesures de garde à vue et la détention préventive ne sont pas une privation de liberté. Or, seul le Conseil national de la presse (CNP), organe de régulation et de gestion de la presse, est légalement autorisé à sanctionner les journalistes en cas d’infraction.


Depuis l’accession au pouvoir du président Alassane Ouattara au pouvoir, le Procureur de la République Richard Adou a pris de plus en plus de libertés vis-à-vis du respect de la liberté d’informations en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas la première fois que des journalistes sont privés de liberté de façon abusive pour des délits de presse. En février 2017, six patrons de presse et journalistes avaient été privés de liberté pendant plusieurs jours pour "diffusion de fausses nouvelles" et d’« incitation de militaires à l’insoumission et à la rébellion. La procédure judiciaire est toujours en cours au Tribunal d’Abidjan-Plateau.


La Côte d’ivoire occupe la 81ème place dans l’édition 2017 du Classement de RSF sur la liberté de la presse.