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16 juillet 2020

Arrestations de journalistes au Niger : “un recul inquiétant de la liberté de la presse dans le pays” (RSF)

Ali Soumana (à gauche) et Samira Sabou (à droite). Source : L'Évènement Niger
Deux journalistes ont récemment été interpellés au Niger dont l’une est toujours en détention depuis plus d’un mois. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces arrestations arbitraires qui constituent un grave recul par rapport aux acquis en faveur de la liberté de la presse observés par le pays ces dernières années.

Déjà deux journalistes arrêtés en un mois au Niger. Ali Soumana, directeur de publication du journal Le Courrier et par ailleurs membre de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO) a passé deux jours en garde à vue à la suite d’une convocation le 12 juillet dernier par la police judiciaire de Niamey. Les autorités l’accusent d’avoir “écrit et diffusé de fausses informations” dans un article publié la veille et largement partagé sur les réseaux sociaux, en lien avec une affaire des surfacturations de matériel militaire. Le journaliste y indique que selon ses sources, les sociétés impliquées dans ces détournements de fonds seraient actuellement en train de négocier des remboursements à l’amiable, échappant ainsi à des poursuites  judiciaires. Cette affaire qui fait la une des journaux depuis plusieurs semaines a coûté près de 50 millions d’euros à l’Etat Nigérien selon le rapport d’audit final du ministère de la Défense. 


Mardi, alors qu’Ali Soumana était remis en liberté, cinq semaines de prison ont été requises contre Samira Sabou, une journaliste et blogueuse populaire détenue depuis son arrestation le 10 juin dans le cadre de la même affaire. L’administratrice du site d'information mides-niger.com est poursuivie en diffamation par le fils du président de la République, Sani Issoufou Mahamadou, par ailleurs directeur de cabinet adjoint à la présidence après qu’elle a mis en cause ce dernier sur les réseaux sociaux. L’issue de son procès est attendue le 28 juillet prochain. 


La journaliste n’est pas poursuivie en vertu de l’ordonnance sur la liberté de la presse de 2010 qui proscrit les peines privatives de liberté mais selon la très controversée loi sur la cybercriminalité de 2019. Cette dernière prévoit des peines allant de six mois à trois ans de prison pour des faits de diffamation par moyen de communication électronique. 


“Ces arrestations de journalistes envoient un signal inquiétant et constituent un grave recul pour la liberté de la presse dans un pays qui avait enregistré des progrès notables dans ce domaine ces dernières années, déplore Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Nous demandons l’abandon des poursuites contre le journaliste relâché et la libération de celle qui reste incarcérée. Ces arrestations témoignent aussi des dangers que fait peser la nouvelle loi sur la cybercriminalité sur le journalisme au Niger. L’avancée qu'a constitué la fin des peines privatives de liberté pour les délits de presse ne doit pas être contournée pour attaquer les médias en ligne. Les journalistes ne sont pas des cybercriminels!”


Ali Soumana avait déjà été victime d’un contournement de la loi sur la presse en 2017. Le fondateur du Courrier avait été arrêté et poursuivi pour “soustraction frauduleuse d’une pièce” d’un dossier judiciaire en application d’un article du code pénal après avoir publié le réquisitoire d’un procureur de la République dans son journal.    


Après une progression de neuf places par rapport à l’année 2019, le Niger occupe actuellement la 57e position sur 180 pays à l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse établie chaque année par RSF.