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15 novembre 2019 - Mis à jour le 18 novembre 2019

Arrestation en Suède d’un responsable iranien impliqué dans des crimes contre l’humanité, dont des journalistes

Reporters sans frontières (RSF) salue la mise en détention provisoire par la justice suédoise d’un ancien procureur iranien soupçonné d’être impliqué dans des crimes contre l’humanité commis en Iran durant l'été 1988. Plusieurs journalistes figurent parmi les victimes.

L’homme arrêté à sa descente d’avion à Stockholm en provenance de Téhéran ce samedi 9 novembre, est loin d’être un inconnu pour les défenseurs des droits humains.  Hamid Noury, 58 ans, détenait un poste à responsabilités dans la prison de Gohardasht  (actuelle prison de Rajai Shahr, située au nord de Téhéran)  lorsque plusieurs centaines de prisonniers, dont des journalistes, ont été exécutés en 1988. Ces exécutions sommaires ont été qualifiées par plusieurs organisations et instances internationales de défense des droits de l’homme de « crimes contre l’humanité »

En février dernier, RSF avait révélé l’existence d’un registre officiel qui montrait qu’au moins 860 journalistes et journalistes-citoyens avaient été poursuivis, arrêtés, détenus, voire exécutés entre 1979 et 2009 par le régime iranien. Au cours de la seule année 1988, entre les mois de  juillet et septembre, près de 4.000 détenus politiques, préalablement condamnés à des peines d’emprisonnement, avaient été exécutés, sur ordre express de l’ayatollah Khomeiny. Selon des preuves réunies par des militants iraniens des droits de l’homme, Hamid Noury officiait alors comme procureur à la prison de Gohardasht et aurait joué “un rôle actif” dans ces exécutions.

Cette arrestation est “un premier pas important pour que justice soit rendue sur le massacre de 1988” a estimé la Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires au Haut-Commissariat des Nations Unies, Agnes Callamard. Le prix Nobel de la Paix 2003, Shirin Ebadi, également présidente du Comité pour l’observation et l’utilisation des données sur la justice iranienne (DJI, initié par RSF), évoque aussi une vague d’espoir pour la justiceet estime que ce cas doit servir d’exemple pour les autres responsables des crimes commis en Iran.

Pour l’instant,  un tribunal de Stockholm a ordonné la détention du suspect dans l'attente de la décision du parquet de lancer des poursuites, qui doit intervenir d'ici le 11 décembre au plus tard.

En révélant l’existence d’un fichier officiel sur lequel figurent les noms de dizaines de journalistes iraniens exécutés, RSF a montré l’implication directe de hauts responsables dans ces crimes, déclare le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. L’un d’entre eux est aujourd’hui dans les mains de la justice suédoise. Il est essentiel que ce pays, qui est l’un des mieux placés dans le Classement mondial de la liberté de la presse, saisisse cette occasion unique de lutter contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes .”

Cette arrestation a été rendue possible grâce aux efforts de l’ancien prisonnier politique Iraj Mesdaghi, auteur de plusieurs livres sur les exécutions de prisonniers politiques en Iran, expert du grand massacre de 1988, et membre du Comité pour l’observation et l’utilisation des données sur la justice Iranienne (DJI).

L’Iran se situe à la 170e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF