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26 septembre 2018 - Mis à jour le 27 septembre 2018

Angola : RSF demande au président Joao Lourenço de “passer à la vitesse supérieure”

Angolan President Joao Lourenco speaks during a meeting with Portugal's prime minister in Luanda on September 18, 2018. JOAO DE FATIMA / AFP
Un an après son investiture le 26 septembre 2017, le président angolais Joao Lourenço n’a honoré qu’une partie de ses promesses en matière de liberté de la presse. Si l’accès à l’information publique a été amélioré, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète du maintien d’un cadre légal répressif pour les médias et les journalistes.

Pour la première fois depuis près de 40 ans, les journalistes angolais ont pu poser des questions à leur président lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 8 janvier 2018. Ce jour-là, afin de rompre avec la dictature d’Eduardo dos Santos, Joao Lourenço a promis devant une centaine de journalistes “de ne pas seulement défendre la liberté de la presse pour obtenir des voix”, mais de la “promouvoir” pendant son mandat. Depuis, l’accès aux informations publiques s’est effectivement amélioré et les médias d’Etat se sont ouverts aux voix dissidentes. “Il y a désormais des tribunes d’opposants politiques dans Jornal de Angola, le grand quotidien public”, confirme Candido Teixeira, le secrétaire général du syndicat des journalistes angolais.  


En juin, la justice angolaise a elle aussi envoyé un signal encourageant en acquittant le journaliste Rafael Marques poursuivi pour “outrage à un organe souverain” par un ancien procureur général qui, selon les révélations du reporter, était impliqué dans l'acquisition illégale d’un terrain immobilier. RSF avait salué la décision des magistrats qui avaient reconnu que le journaliste avait exercé son “obligation d’informer en toute objectivité”.


Mais la “promotion” de la liberté de la presse ne s’est pour l’instant pas traduite par la révision d’une série de lois sur les médias promulguées en 2017 par l’ancien régime. Le nouveau gouvernement avait pourtant promis d'ouvrir un débat “aussi vite que possible” pour dépénaliser les délits de presse. Dans les textes actuels, la diffamation et la publication de textes ou d’images jugées “offensants” à l’égard d’un individu, sont passibles d’une peine de six mois de prison. Ils donnent également au ministère de la Communication sociale un pouvoir de contrôle sur la ligne éditoriale et de sanction sur les médias.


“L’amélioration de l’accès à l’information publique et la reconnaissance par la justice du rôle clé joué par les journalistes dans la société constituent des progrès significatifs pour l’Angola, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Il faut désormais passer à la vitesse supérieure sans tarder. Seule une refonte complète du cadre légal répressif à l’égard de la presse permettra aux journalistes et aux médias angolais d'exercer leur droit d’informer sans craintes de représailles judiciaires.”


Enfin, le paysage médiatique ne pourra se développer et se diversifier sans une révision à la baisse des coûts d’entrée exorbitants imposés aux nouveaux acteurs. Selon les lois sur l’audiovisuel, il faut actuellement débourser 735 000 euros pour créer une radio nationale et plus de 2,3 millions d’euros pour lancer une chaîne de télévision.


L’Angola occupe la 121e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.