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7 juin 2017

Al-Jazeera victime collatérale de l’offensive diplomatique contre le Qatar

Stan Honda/AFP
Reporters sans frontières (RSF) condamne l’acharnement de gouvernements arabes à l’encontre de la chaîne Al-Jazeera, qui subit les conséquences de la rupture des liens diplomatiques entre le Qatar et plusieurs pays arabes.

Quelques heures après l’annonce de la rupture des liens diplomatiques de la part de quatre pays de la péninsule arabique avec le Qatar, l’Arabie saoudite a fermé les bureaux de la télévision Al-Jazeera à Riyad et retiré sa licence d’exploitation à la chaîne.


Selon l’agence de presse saoudienne SPA, la chaîne est accusée de promouvoir la propagande de groupes terroristes, les milices houthies au Yémen et de chercher à diviser le pays.


S’alignant sur la position de l’Arabie saoudite envers l’émirat, le gouvernement jordanien a également annoncé sa volonté de fermer le bureau de la chaîne à Amman et de lui retirer sa licence. L’Egypte qui a également suspendu ses relations diplomatiques avec le Qatar avait, dès 2013, contraint la chaîne quitté le pays après avoir confisqué son matériel de production et de transmission . Plus récemment, le régime du maréchal Sissi a également bloqué le site internet de la télévision qatarie et vingt autres sites d’information, leur reprochant une couverture trop favorable aux Frères Musulmans. Une mesure similaire avait été prise par l’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Emirats arabes unis qui ont bloqué le site d’Al-Jazeera le 23 mai dernier.


Fermer les bureaux d’Al-Jazeera est une décision politique qui revient à censurer la chaîne” dénonce Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. “En Arabie saoudite, cette atteinte à la liberté d’informer vient en plus aggraver le bilan, déjà très mauvais, de la liberté d’expression et d’information dans le pays. RSF demande aux autorités saoudiennes de revenir sur cette décision et permettre à la chaîne de reprendre ses activités.”


En Arabie Saoudite, RSF ignore pour l’instant le statut des employés de la chaîne et si ces derniers sont ou pas concernés par l’ordre donné aux ressortissants qataris de quitter le pays dans un délai de 14 jours.


Contacté par RSF, le réseau Al-Jazeera a condamné la décision du gouvernement saoudien et a déclaré dans un communiqué : “Ce n’est pas la première fois que les autorités saoudiennes imposent ce genre de restrictions sur les opérations d’Al-Jazeera (...) Nous croyons fermement qu’il s’agit des mesures injustifiées par les autorités du Royaume contre la chaîne (...) Nous demandons au gouvernement de respecter la liberté de la presse et de permettre aux journalistes de poursuivre leur travail librement et loin de toute pratique d’intimidation et de menaces”.


Les équipes d’Al-Jazeera sont également présentes en Libye et en Mauritanie, deux autres pays qui ont annoncé avec le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis avoir suspendu leurs relations diplomatiques avec le Qatar.


Cette crise diplomatique avec le Qatar et le ciblage de la chaîne Al-Jazeera, a des répercussions dans toute la région, y compris à Jérusalem. Le 6 juin dernier dans la soirée, des individus dirigés par l’activiste de la droite radicale israélienne Baruch Marzel se sont introduits dans le bâtiment du bureau de la chaîne Al-Jazeera à Jérusalem-Est brandissant des affiches demandant sa fermeture en l’accusant d’être affiliée au groupe djihadiste Etat islamique. La police israélienne a dû intervenir à deux reprises, après leur arrivée devant la porte du bureau de la chaîne, pour les renvoyer.


Créée en 1996, Al-Jazeera, avait révolutionné le paysage médiatique du monde arabe en ouvrant son antenne à une grande variété de voix, des plus modérées aux plus radicales. La chaîne qatarie s’est notamment démarquée par sa couverture des “Printemps arabes” et s’est aussi attirée les foudres de certains pays de la région qui voient en elle un outil d’influence de la politique étrangère qatarie.


L’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie et le Qatar sont situés respectivement à la 168, 161, 138 et 123ème place (sur 180) du Classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.