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27 mai 2020

Afrique du Sud : un journaliste s’exile après avoir été agressé par la police lors du confinement

Le directeur du journal communautaire sud-africain Mohokare News Paul Nthoba.
Alors qu’un directeur de publication agressé par la police s’est réfugié au Lesotho, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités sud-africaines de ne pas se tromper d’ennemi en garantissant la liberté et la sécurité aux journalistes qui couvrent l’épidémie de coronavirus et en sanctionnant les auteurs d’exactions commises contre les professionnels de l’information.


C’est la première fois dans l’Afrique du Sud post-apartheid qu’un journaliste est contraint de fuir à l’étranger et a l’intention de demander l’asile par crainte de représailles liées à son métier. Paul Nthoba, directeur du journal communautaire Mohokare News, s’est réfugié le 19 mai au Lesotho, petit pays d’Afrique australe entièrement enclavé. Quatre jours plus tôt, le journaliste a été violemment agressé et a reçu plusieurs coups de pied de la part de policiers alors qu’il couvrait une opération liée au respect des mesures de confinement dans un township non loin de Ficksburg, près de la frontière avec le Lesotho.


Joint par RSF, le journaliste a déclaré avoir été à nouveau agressé lors du dépôt de sa plainte le jour même de son agression, le 15 mai. Pendant sa détention qui a duré plusieurs heures, les policiers ont ensuite menacé de “s’occuper de lui” une fois qu’il serait libéré. Le directeur de publication a alerté l’IPID (Independent Police Investigative Directorate), la police des polices sud-africaines, mais n’a bénéficié d’aucune mesure de protection.


Officiellement accusé d’avoir violé les mesures de confinement, il encourt jusqu’à six mois de prison selon la loi sur la gestion des catastrophes naturelles amendée pendant la crise sanitaire du coronavirus. Son procès doit se tenir le 27 août prochain.


“Dans l’Afrique du Sud de 2020, il est impensable qu’un journaliste soit contraint à l’exil pour avoir couvert une simple opération de confinement, déplore Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Les forces de sécurité ne peuvent agir en toute impunité sous prétexte d’appliquer les mesures de confinement. Il ne faut pas se tromper d’ennemi. Paul Nthoba n’a commis aucun crime. Les autorités sud-africaines doivent s’assurer que ce journaliste puisse rentrer exercer son métier librement et en toute sécurité. Les charges qui pèsent contre lui doivent être abandonnées et les auteurs présumés de son agression être sanctionnés.”


En Afrique du Sud, pays d’Afrique subsaharienne ayant enregistré le plus de décès liés au coronavirus (481 au 26 mai), la reporter de News24 Azarrah Karrim a été visée par des balles en caoutchouc alors qu’elle couvrait une opération policière liée au respect des mesures de confinement. Le pays s’est également doté de mesures d'exception qui prévoient jusqu’à six mois de prison pour la diffusion de “fausses information” en lien avec l’épidémie. 


Dans le royaume d’Eswatini voisin, dernière monarchie absolue du continent, un journaliste a également été contraint de fuir son pays le mois dernier après avoir publié des articles critiques sur le roi et sur la gestion de la crise sanitaire par les autorités.


L’Afrique du Sud occupe la 31e place sur 180 dans l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.