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15 février 2006 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Affaire Lydia Cacho Ribeiro : révélation d'un complot présumé contre la journaliste


Reporters sans frontières est troublée par les révélations d'un possible complot contre la journaliste Lydia Cacho Ribeiro (photo), qui avait dénoncé en 2004 l'existence d'un réseau de pédophilie. Le 14 février, deux médias ont rendu publiques des discussions téléphoniques compromettantes entre des personnalités résolues à faire plonger la journaliste, dont deux gouverneurs d'Etat.
Reporters sans frontières est troublée par la révélation d'un complot dont Lydia Cacho Ribeiro, freelance et collaboratrice du quotidien La Voz del Caribe à Cancún (Est), a pu être victime. Des enregistrements de conversations compromettantes, notamment entre le magnat du textile, José Camel Nacif, et des personnalités politiques, ont été rendus publics dans la presse le 14 février 2006. Certains extraits de ces discussions font apparaître une volonté de réduire la journaliste au silence et d'influer sur le cours de la procédure engagée contre elle pour « diffamation ». « Si elles sont avérées, ces conversations manifestent une intention de briser la carrière et la réputation de Lydia Cacho Ribeiro. Nous appelons les autorités judiciaires de l'Etat du Quintana Roo (Est), chargées d'instruire et de juger Lydia Cacho pour une action en diffamation intentée par José Camel Nacif, à la plus extrême vigilance face aux pressions politiques qui pèsent sur ce dossier. Nous demandons également que les enregistrements soient authentifiés au plus vite et que, le cas échéant, une enquête soit ouverte contre les personnalités qu'ils concernent», a déclaré Reporters sans frontières. Le 14 février 2006, le quotidien La Jornada et W Radio ont publié et diffusé le contenu de douze enregistrements téléphoniques déposés dans les locaux des deux médias par un messager anonyme. Cette série d'enregistrements contient plusieurs conversations téléphoniques de José Camel Nacif, s'entretenant tour à tour avec les gouverneurs de Puebla (Centre), Mario Marín, du Chiapas (Sud), Pablo Salazar Mendiguchía, avec d'autres entrepreneurs du secteur textile - dont un certain « Hubert », citoyen français -, avec Luis Angel Casas, coordinateur financier de la campagne électorale de Mario Marín, avec un compatriote libanais, Hanna Nakad Bayeh, dit « Juanito », ou encore avec un journaliste d'un quotidien national et d'une radio prénommé Andrés ou « Muñeco ». Ces enregistrements, dont Reporters sans frontières a reçu copie des transcriptions, font apparaître une intention affichée et concertée de faire plonger Lydia Cacho Ribeiro. La journaliste est poursuivie pour « diffamation » par José Camel Nacif, dont elle avait mentionné l'appartenance présumée à un réseau pédophile dans son livre « Les démons de l'Eden », paru en 2004. D'après les enregistrements, José Camel Nacif se serait entendu avec les autorités de l'Etat de Puebla, où la plainte pour « diffamation » était initialement instruite, pour faire emprisonner Lydia Cacho Ribeiro, qui a été détenue en décembre 2005 pendant vingt-quatre heures. Les discours tenus sont souvent très injurieux voire obscènes et l'un d'eux s'avère même menaçant. José Camel Nacif évoque les conditions de détention de la journaliste et dit souhaiter que celle-ci soit abusée sexuellement en prison. Toujours selon ces enregistrement, Camel Nacif a aussi évoqué l'impact que pourrait avoir le procès de Lydia Cacho Ribeiro sur celui de Jean Succar Kuri, un ami libanais, actuellement incarcéré aux Etats-Unis pour son implication présumée dans le réseau pédophile dénoncé par la journaliste. Valentin Meneses, porte-parole du gouverneur Mario Marín, a refusé de confirmer que l'une des voix enregistrées était celle du gouverneur. Lors d'une interview donnée à W Radio, Valentin Meneses a affirmé que ces enregistrements violaient les lois sur la protection de la vie privée et assuré que Mario Marín n'avait rien à voir avec cette affaire. La diffusion de ces enregistrements a provoqué un tollé au Mexique. Felipe Calderón, membre du Parti d'action nationale (PAN) du chef d'Etat Vicente Fox et candidat à la présidentielle du 2 juillet 2006, a exigé qu'une enquête soit ouverte.