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5 mars 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Affaire de fraude : un deuxième journal censuré


RSF proteste contre l'interdiction de parution du bimensuel Al Majd alors qu'il s'apprêtait à publier un article sur une affaire de fraude.
Dans une lettre adressée au Premier ministre, Ali Abou-al-Ragheb, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre l'interdiction de parution du bimensuel Al Majd qui s'apprêtait à publier un article sur une affaire de fraude qui fait actuellement grand bruit en Jordanie. "Cette censure constitue un nouvel exemple du recul des libertés publiques en Jordanie. Les journalistes devraient pouvoir publier toute information qui puisse éclairer les lecteurs sur une affaire importante", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "Nous vous demandons de prendre des mesures afin que les journalistes puissent couvrir normalement les affaires de justice", a-t-il ajouté. L'organisation a rappelé qu'en octobre, des mesures restrictives avaient été adoptées contre la presse. Elles prévoient notamment la fermeture "provisoire ou permanente" des journaux en cas de publication d'informations "diffamatoires, fausses, nuisant à l'unité nationale, à la réputation de l'Etat, incitant à des grèves, des réunions publiques illégales ou troublant l'ordre public". Ces délits de presse, passibles d'une peine de prison de un à trois ans, seront désormais jugés par la Cour de sûreté de l'Etat. Selon les informations recueillies par RSF, le procureur général de la Cour de sûreté de l'Etat, le colonel Mahmoud Obeidat, a ordonné l'interdiction de publication du bimensuel Al Majd. Fahd Rimaoui, rédacteur en chef du journal, s'apprêtait à publier, dans son numéro daté du 4 mars, un article sur une affaire de fraude. Selon lui, cet article fournissait "de nouvelles informations sur l'affaire de fraude" qui serait due à "l'absence (…) du pouvoir législatif". Depuis la dissolution de la Chambre des députés en juin 2001, la Jordanie est, en effet, privée de Parlement. Fahd Rimaoui, qui avait déjà été arrêté trois jours en janvier pour avoir "écrit et publié de fausses informations susceptibles de porter atteinte au prestige de l'Etat", a précisé que le journal paraîtra sans les informations mises en cause. Selon les autorités, sous prétexte de financer un projet informatique pour les services de renseignements jordaniens, l'homme d'affaires jordanien Majd Chamayleh, en fuite depuis janvier et principal suspect, a obtenu des facilités de crédit et des prêts de plusieurs banques jordaniennes sans présenter de garanties suffisantes. Sept personnes, dont quatre hommes d'affaires, ont jusqu'ici été arrêtées, soupçonnées de "complicité de détournements de fonds publics et falsification de documents" des services de renseignements jordaniens. Le 18 février déjà, l'hebdomadaire Al Hadath, qui voulait publier les déclarations de deux anciens responsables des services de renseignement cités par les autorités dans cette affaire, avait été obligé de publier des "blancs" à la place des interviews. Le directeur d'Al Hadath, Nidal Mansour, avait indiqué, dans son éditorial du 18 février, que des personnes l'avaient appelé pour qu'il ne diffuse pas l'interview du général Samih Batikhi, l'ancien chef des renseignements jordaniens et de Zouhair Zannouneh, son adjoint. Quelque temps auparavant, le procureur général de la Cour de sûreté de l'Etat, Mahmoud Obeidat, avait interdit aux médias jordaniens de publier tout propos ou communiqué des personnes impliquées dans cette affaire de fraude.