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6 août 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

7 ans de prison et 600 coups de fouet pour le cyberactiviste Raef Badawi


Reporters sans frontières dénonce la condamnation à sept ans de prison ferme et 600 coups de fouets, prononcée en première instance, le 29 juillet 2013, par la Cour criminelle de Jeddah à l’encontre du cyberactiviste Raef Badawi. Ce dernier est accusé d’avoir enfreint les articles 6 et 9 de la loi anti-cybercriminalité adoptée par le Royaume le 26 mars 2007.

Selon son avocat Maître Waleed Abu Al-khair, la notification officielle du verdict sera envoyée à son cabinet pour le 6 août, date à partir de laquelle il restera 30 jours à Raef Badawi pour faire appel de cette condamnation.

“Nous sommes consternés par cette condamnation extrêmement sévère et injuste que rien ne peut justifier. Nous appelons les autorités saoudiennes à abandonner toutes les charges qui pèsent à l’encontre de Raef Badawi, et à abroger les dispositions liberticides contenues dans la loi anti-cybercriminalité de 2007. Il est urgent que les citoyens saoudiens ne soient plus menacés dans l’exercice de leur liberté d’informer et de s’exprimer”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Ce verdict est symptomatique du crispement des autorités saoudiennes à l’égard des internautes. L’ Arabie saoudite applique une censure implacable de la Toile, seul espace où, ces dernières années, s’est développée une certaine forme de liberté d’expression et d’information”, a ajouté l’organisation.

Fondateur du site Internet de débat social et politique, Libéraux saoudiens (censuré depuis), Raef Badawi a été arrêté le le 17 juin 2012, et détenu depuis à la prison de Briman à Jeddah. Il est accusé d’avoir “créé et modéré un site Internet diffusant des propos qui offensent la religion, les figures religieuses officielles, dont la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice et d’avoir enfreint les règles fondamentales de la Sharia”. Le juge Al-harbi, a également prolongé la peine initiale de trois mois supplémentaires pour “désobéissance parentale”.

D’après le verdict rendu public le 29 juillet dernier, Raef Badawi est accusé d’avoir publié un article sur la Saint-Valentin dénigrant la police religieuse, et de n’avoir pas retiré de son site les posts jugés blasphématoires écrits par des tiers, charges qui entrent dans le cadre des articles 6 et 9 de la loi anti-cybercriminalité, adoptée en 2007.

L’alinéa 1 de l’article 6 stipule que “toute personne qui participe à la production, préparation, émission ou stockage d’élements allant à l’encontre de l’ordre public, des valeurs religieuses, des morales publiques et de la vie privée, par le biais des réseaux de l’information ou des ordinateurs (...) est sujette à une peine d’emprisonnement, amende ou autre forme de punition”.

D’après ces dispositions légales, en tant que fondateur et modérateur du site Internet, Raef Badawi aurait dû endosser le rôle de la police des moeurs en supprimant les posts considérés comme “déviants”. Or, ce n’est pas la première fois que les autorités saoudiennes s’acharnent sur le cyberactiviste. En mai 2008 il avait été arrêté puis poursuivi pour avoir créé “un site web insultant l’Islam”, ce qui l’a conduit à quitter le pays avant de revenir suite à l’abandon des charges.

Lors de l’ouverture de son procès en juin 2012, Raef Badawi avait été poursuivi pour “apostasie” suite à la publication sur son site d’un poste déclarant que “les musulmans, les juifs, les chrétiens et les athées étaient égaux”. Une condamnation sous ce chef d’inculpation est passible d’une peine de mort dans le Royaume. Cette charge a été abandonnée lorsque Raef Badawi a accepté de réciter la profession de foi, prouvant ainsi son adhésion à l’Islam.

L’Arabie saoudite figure sur la liste des pays “Ennemis d’Internet”, publiée le 12 mars 2012 par Reporters sans frontières.