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1 février 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

34 ans après le retour de Khomeini, l’Iran est l’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes


Reporters sans frontières condamne l’intensification de la répression à l’encontre des journalistes en Iran. L’organisation a appris, le 1er février 2013, l’arrestation de trois autres journalistes, portant à seize le nombre des journalistes arrêtés à Téhéran depuis le 26 janvier 2013. Au total, 42 journalistes et 20 net-citoyens sont emprisonnés dans le pays, ce qui fait de l’Iran l’une des plus grandes prisons du monde pour les acteurs de l’information. Rihaneh Tabtabai, journaliste du quotidien Bahar, a été arrêtée le 31 janvier 2013. Son collègue, Ali Dehghan, responsable des pages économiques du même quotidien, avait été appréhendé la veille. La journaliste du site d’information en ligne Jamaran, Fatemeh Sagharchi, avait quant à elle été interpellée dès le 26 janvier 2013, “en relation avec la récente rafle de journalistes", selon son avocat, Me Mahmoud Alizadeh. Tous les trois ont été arrêtés à Téhéran par des agents en civil des services de renseignements. Dans un communiqué publié le 29 janvier, le ministère des Renseignements a accusé les journalistes arrêtés d’appartenir à “un réseau médiatique lié à l'Occident, établi par la BBC et géré en coopération avec plusieurs gouvernements occidentaux”. Le communiqué évoquait la possibilité que de nouveaux professionnels des médias “soient arrêtés ou convoqués dans les jours à venir, alors que l'enquête se poursuit, ou que certains détenus soient relâchés”. “Trente-quatre ans jour pour jour après le retour à Téhéran de l'Ayatollah Rooholah Khomeini d’exil en France, et contrairement aux promesses du fondateur de la République islamique concernant le respect des libertés fondamentales, l’Iran est aujourd’hui l’une des plus grandes prisons du monde pour les professionnels de l’information, avec 62 journalistes et net-citoyens emprisonnés”, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire-général de Reporters sans frontières. “Le successeur de Rooholah Khomeini, Ali Khamenei, n’a fait qu’intensifier la guerre contre les journalistes et la diabolisation de la presse étrangère et des nouveaux médias. Voici trente-quatre ans que les journalistes et intellectuels iraniens sont qualifiés d’’espions à la solde des gouvernements occidentaux’. Accusations infondées, qui n’ont jamais été prouvées devant des tribunaux équitables, dans la mesure où ceux-ci n’existent pas dans la République islamique. La justice iranienne n’est qu’un instrument aux mains du Guide suprême, qui nomme le chef du pouvoir judiciaire et en use pour réprimer les aspirations de la population à plus de liberté”, a-t-il rappelé l’organisation. “Cette nouvelle vague d’arrestations envoie un signal très clair aux journalistes qui ne se contentent pas de relayer la propagande du régime : les autorités se préparent d’ores et déjà, en amont des élections de juin 2013, à neutraliser toute vélléité de couverture, par les médias, de mouvements de protestations qui pourraient voir le jour et se heurter à une répression violente”, a observé Reporters sans frontières. Avec quelle ironie sonnent aujourd’hui les paroles prononcées par Rooholah Khomeini à son arrivée le 1er février 1979 (12 Bahman selon le calendrier iranien) : “Le peuple est souverain et maître de son sort, il faut donc respecter son choix. Mais de quel droit ceux qui ont voté peuvent-ils déterminer le sort et l'avenir des générations suivantes, 50 ans après ? Le sort de chaque génération est entre ses mains.” Regardez la première allocution publique de l'ayatollah Khomeini le 1er février 1979, au cimetière de Behesht-e Zahra, sur le site wefightcensorship.org Plus d’informations sur le “Dimanche noir” et la liberté de l’information en Iran : http://fr.rsf.org/iran.html Liste des journalistes arrêtés depuis 26 janvier 2013 : Le 26 janvier 2013 - Milad fadai Asl (agence Ilna) - Soliman Mohammadi (journal Bahar) - Fatemeh Sagharchi, la journaliste online du Site Jamaran Le 27 janvier 2013 - Sasan Aghai (journal Etemad) - Nasrin Takhayori (journal Etemad) - Javad Daliri (journal Etemad) - Emily Amrai (journal Arman) - Nargus Jodaki (journal Arman) - Saba Azarpik( indépendante, collaboratrice de plusieurs journaux réformateurs) - Porya Alami (journal Shargh) - Pejman Mousavi (journal Bahar) - Akbar Montajabi (hebdomadaire Aseman) Le 28 janvier 2013 - Keyvan Mehregan, (indépendante, collaboratrice de plusieurs journaux réformateurs ) - Hossein Yaghchi (journaliste pour l’hebdomadaire Aseman) Le 30 janvier 2013 - Ali Dehghan (journal Bahar) Le 31 janvier 2013 - Rihaneh Tabtabai (journal Bahar)