Un journaliste de radio retrouvé mort dans le nord du pays

Reporters sans frontières a appris avec stupéfaction que le corps de Issa Ngumba, correspondant de la radio communautaire Kwizera, a été retrouvé mort, le 8 janvier 2013, dans une forêt au nord de la Tanzanie. Le journaliste avait disparu depuis trois jours. Les blessures constatées sur le corps du journaliste ne laissent aucun doute quant à l'origine criminelle de sa mort. "La mort d'un second journaliste en quatre mois dans l'un des pays les plus sûrs d'Afrique pour les médias retentit comme un véritable signal d'alerte", a déclaré Reporters sans frontières. "Nous notons avec satisfaction que les autorités prennent ces tragédies au sérieux, en lançant immédiatement des enquêtes. Il est nécessaire pour la liberté de l'information en Tanzanie que celle qui vient d'être ouverte porte rapidement ses fruits et aboutisse à l'arrestation du ou des meurtriers". Issa Ngumba, 45 ans, avait quitté son domicile dans la soirée du 5 janvier 2013 pour aller chercher des plantes médicinales nécessaires à son activité parallèle de guérisseur traditionnel. Sa disparition avait entraîné des recherches intensives de la part de la police et de volontaires civils jusqu'à ce que son corps soit découvert, trois jours plus tard, dans la forêt de Kajuluheta. Le journaliste, qui portait les stigmates d'une blessure par balle au bras, serait mort par strangulation ou pendaison. Selon le commandant de la police régionale, Frasser Kashai, "la scène de crime montre clairement que des hommes se sont battus. La police a trouvé un pistolet avec sept balles et un téléphone portable". Les médias locaux lient ce meurtre à une affaire révélée, en novembre dernier, par Issa Ngumba. Un propriétaire terrien et éleveur de bétail, Imani Paulo, avait été accusé par le journaliste d'avoir dévoré des parties du corps d'un berger qu'il employait. Ce reportage avait conduit Imani Paulo devant la justice, mais l'homme bénéficie toujours d'un important soutien dans la région de Kakonko. En réaction à la mort de Issa Nguma, le Forum des éditeurs de Tanzanie (TEF) a déclaré au journal The Citizen qu'il fallait que ce décès tragique incite les acteurs médiatiques à reconsidérer leur approche de la sécurité dans le cadre de leur travail, et qu'il était nécessaire de mettre en place des formations à la sécurité à destination des journalistes. Le 2 septembre 2012, la Tanzanie avait pour la première fois eu à déplorer la mort d'un journaliste. Daudi Mwangosi assistait à une manifestation à Nyolo, dans la région d’Iringa (Centre), lorsqu'il a été témoin de l'arrestation d'un de ses confrères. Alors qu'il s'enquérait des raisons de cette interpellation, les policiers l'ont roué de coups avant qu'une détonation soit entendue. Une enquête est toujours en cours. Un suspect – un agent de police de 23 ans – a été arrêté. Au cours des dernières années, la Tanzanie avait considérablement progressé en matière de liberté des médias et apparaissait comme l'un des pays du continent africain les mieux notés. Dans l'édition 2011-2012 du classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, elle se situait à la 34e place, sur 179 pays. Photo : Issa Ngumba
Publié le 11.01.2013
Mise à jour le 20.01.2016