Yémen : une journaliste emprisonnée pour “implication dans une cellule terroriste”

Une journaliste yéménite a été emprisonnée par les autorités reconnues par la communauté internationale, dans la province de l’Hadramout. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération immédiate.

Interpellée le 30 décembre dernier dans le gouvernorat de l’Hadramout par des hommes armés qui l’ont forcée à arrêter sa voiture, la journaliste indépendante Hala Fuad Badawi vient d’être transférée à la prison centrale d’Al-Moukalla, capitale de la province. Le même jour, elle signalait sur son compte Facebook, suivi par plus de 8 500 personnes, avoir été interrogée par les renseignements militaires après que ceux-ci se soient saisis de son sac et de son téléphone portable.


La veille, elle avait publié un post dans lequel elle décrivait un échange téléphonique avec l’une de ses sources à propos des accusations de corruption visant le directeur du bureau du ministère de l'Éducation de l'Hadramaout.


Selon les déclarations d’une source liée aux services de sécurité et diffusées par Mukalla Radio, la fouille du téléphone de la journaliste aurait permis de trouver des “preuves convaincantes et solides, confirmant son implication dans une cellule terroriste”. Parallèlement, un rassemblement de soutien s’est tenu dans la capitale ce lundi à l’appel de la famille de Hala Fuad, pour en appeler à “l’Etat de droit”. Sa sœur explique qu’elle n’a toujours pas été autorisée à lui rendre visite.


“RSF demande la libération immédiate de la journaliste Hala Fuad Badawi, déclare la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Ces graves accusations de terrorisme sont montées de toutes pièces et sont un prétexte indigne et grossier pour réduire au silence cette journaliste et toutes les voix qui s’élèvent contre la corruption des élites dirigeantes.”


En septembre dernier, trois journalistes originaires de la même province et vivant depuis plusieurs années en exil après qu’elle soit passée sous le contrôle d’Al-Qaïda étaient ouvertement menacés de mort par un responsable militaire en raison de leurs publications sur des faits de corruption. Il s’agit de Mohamed Al-Sharfi, Sabri bin Makhashin et Mohamed Al-Yazidi. 


Contacté par RSF, le gouverneur de la province de l’Hadramout, Farag Al-Bahsani, n’a pas donné suite.


Le Yémen occupe la 169e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 06.01.2022
Mise à jour le 06.01.2022