Vietnam : Lê Trong Hung, fondateur d’une chaîne d’information indépendante en ligne, condamné à cinq ans de prison

Le journaliste, qui couvrait notamment des affaires de corruption ou d’expropriations illégales, a écopé de cinq ans de prison pour “propagande contre l’État”. Reporters sans frontières (RSF) exige sa libération immédiate et l’abandon des charges qui pèsent sur lui.

   

Il n’a pas fallu plus de deux heures d’audience pour que son sort soit scellé. Le journaliste Lê Trong Hung a été condamné ce matin, vendredi 31 décembre, à une peine de cinq ans de prison assortie d’une période probatoire de cinq ans supplémentaires. Selon la presse officielle, le tribunal populaire de Hanoï a prononcé cette sentence au motif de l'article 117 du Code pénal, qui punit la diffusion "d'informations, de documents, d'articles et de publications s'opposant à la République socialiste du Vietnam".

   

En fait de propagande, Lê Trong Hung travaillait depuis quatre ans pour la CHTV (Chân hung Viêt Nam TV  – ou “Renaissance du Vietnam”, en français) – une chaîne vidéo en ligne dont il est l’un des membres fondateurs. Le journaliste, aussi connu sous le pseudonyme de Hung Gan, y traitait notamment d’affaires de corruption et d’expropriations illégales, apportant notamment des informations juridiques à celles et ceux qui en sont victimes.

   

Le verdict rendu aujourd’hui intervient après pas moins de neuf mois de détention arbitraire, depuis son arrestation à son domicile dans la capitale vietnamienne le 27 mars dernier, suivant les ordres du “Công an Nhân dân”, le redoutable bureau de la sécurité publique vietnamien. Il n’a pas été autorisé à voir son avocat avant un peu plus d’un mois, le 22 novembre. Sa propre épouse a été exclue de l’audience de ce matin.

   

Oukases du politburo

   

“La terrible condamnation de Lê Trong Hung à cinq ans de prison illustre une fois de plus l'absence totale d’indépendance de la justice vietnamienne, qui se contente d’appliquer les oukases du politburo du Parti communiste au pouvoir à Hanoï, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. À ce titre, l’actuel gouvernement viole sans la moindre vergogne l’article 25 de la Constitution de la République socialiste du Vietnam, qui proclame haut et fort la liberté de la presse. Ce mépris abyssal de l’Etat de droit doit cesser.”

   

Lê Trong Hung est le second journaliste affilié à la CHTV à être récemment la victime de la répression de la liberté de la presse au Vietnam. RSF avait dénoncé, en juin dernier, l’arrestation de Lê Van Dung, un autre membre fondateur de la chaîne, qu’il co-animait.

   

Selon le bilan annuel des violations de la liberté de la presse, publié la semaine dernière par RSF, le Vietnam est la troisième plus grande prison pour les journalistes et les blogueurs, avec 44 individus emprisonnés pour leur lutte pour une information libre dans le pays.

   

Le Vietnam se situe à la 175e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 31.12.2021
Mise à jour le 31.12.2021