Un an de répression contre le journalisme en Birmanie en chiffres

Un an après la prise de contrôle du pouvoir par la junte birmane, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan accablant des atteintes contre la liberté de la presse commises par les militaires. Afin de cacher les massacres de civils et d'asseoir son autorité en Birmanie, la junte arrête, emprisonne, torture, voire élimine sans ménagement les journalistes qui pourraient gêner son contrôle de l'information.

115  journalistes interpellés

En l’espace d’un an, au moins 115 journalistes birmans ont été interpellés alors qu’ils couvraient des manifestations ou après avoir été traqués par les services de renseignements jusqu’à leur lieu de résidence. Ces interpellations sont souvent violentes.  Au moins 15 professionnels des médias,  dont la journaliste Yin Yin Thein, ont été sévèrement battus et victimes de coups et blessures lors de leurs arrestations. 

     

57 journalistes arbitrairement détenus

57 journalistes dont 9 femmes, sont actuellement arbitrairement détenus, selon le baromètre de RSF. Très peu d’informations filtrent à travers les murs des geôles birmanes, où les conditions de détention sont réputées être extrêmement sévères. Les familles des prisonniers sont pour la plupart sans nouvelles de leur proche. Ce chiffre fait de la Birmanie la deuxième plus grande prison au monde pour les journalistes, derrière la Chine.  

       

14 journalistes officiellement condamnés

Sur l’ensemble des journalistes détenus, seuls 14 font l’objet d’une condamnation sur le fond. Tous l’ont été sur la base de l’article 505 (a) du Code Pénal qui punit la “diffusion d’informations contrevenant aux intérêts de l’armée”.  

  

3 journalistes tués

Au moins trois journalistes ont été tués depuis l’arrivée au pouvoir de la junte. Le photographe Soe Naing a été déclaré mort le 14 décembre après quatre jours d’interrogatoires violents subis pendant sa garde à vue. Sai Win Aung, chef d’édition au Federal News Journal, a été tué le 25 décembre lors d’un assaut lancé par l’armée birmane dans l’est du pays. Fondateur de l'agence de presse Khonumthung Media Group, Pu Tuidim a, pour sa part, été enlevé par des militaires le 7 janvier dans l’ouest, près de la frontière indo-birmane. Utilisé comme bouclier humain, il a finalement été égorgé après avoir été atrocement mutilé par ces mêmes soldats.

    

7 cas de torture ou de violence extrême 

En plus des cas de Soe Naing et Pu Tuidim, qui n’ont pas survécu aux sévices et violences subis, au moins deux autres journalistes ont été torturés au cours de leur détention, selon le  témoignage du journaliste américain Nathan Maung, détenu et torturé pendant trois mois. Son confrère Han Thar Nyein, cofondateur de Kamayut Media, a été aussi torturé et menacé d’agressions sexuelles sous ses yeux.  A ces cas de torture, s’ajoutent ceux de trois autres journalistes victimes de grande violence pendant leur arrestation ou détention. La journaliste de l’agence Myanmar Pressphoto Hmu Yadanar Khet Moh Moh Tun a ainsi été grièvement blessée par un véhicule de l’armée qui a foncé délibérément sur les manifestants et le photographe Sai Lwin, dit Moe San, a été blessé par dix balles en caoutchouc, alors qu'ils couvraient des manifestations anti-junte.    

   

10 centres d’interrogatoires et de détention 

Les journalistes sont détenus un peu partout à travers le pays, dans au moins 10 centres d’interrogatoires ou de détention. Si certains, après leur interrogatoire, sont ensuite conduits en prison, d’autres restent détenus dans les centres où ils sont initialement interrogés, près du lieu de leur arrestation. Le plus important centre de détention de journalistes est la prison d’Insein. Au moins 14 d’entre eux sont actuellement détenus dans cette prison, située dans la banlieue de la capitale économique du pays, Rangoun, et tristement rendue célèbre pour ses “cages à chien”. 

    

12 publications interdites

Dès les premiers mois de son arrivée au pouvoir, la junte a officiellement interdit la publication des principaux médias indépendants. Certains de ces médias ont été poursuivis en justice et inculpés en vertu de la section 505(a) du code pénal du Myanmar, d’autres se sont vus retirer leur licence sans raison officielle. C’est le cas du groupe audiovisuel indépendant Democratic Voice of Burma, qui continue cependant de fonctionner en exil, comme au temps de la précédente junte militaire.

  

2 mesures pour limiter l’information sur internet

Alors qu’internet est désormais le seul moyen d’obtenir des informations non contrôlées par la junte, cette dernière envisage d'augmenter les taxes sur Internet. Un projet de loi sur la cybersécurité doit également entrer en vigueur dans les prochaines semaines. Il va permettre de contrôler les communications électroniques, la protection des données et les services VPN dans le pays. Les utilisateurs de VPN risqueront ainsi jusqu’à trois ans de prison.  

  

15 multinationales interpellées par RSF

Sur la quinzaine de grands groupes internationaux interpellés par RSF pour qu’ils cessent, par leur activité, de soutenir directement ou indirectement les crimes de la junte, cinq multinationales dont TotalEnergie, Chevron, Voltalia, Telenor et Ericsson ont dors et déjà annoncé organiser leur retrait de Birmanie.  



1 vidéo

RSF publie une vidéo à partager le plus largement possible pour marquer ce premier anniversaire et soutenir les journalistes birmans.


   

140e au Classement de la liberté de la presse

La Birmanie se situe à la 140e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2021. Cette position, déjà parmi les plus mauvaises au monde, avait été établie avant le pic de répression.

 

Publié le 01.02.2022
Mise à jour le 04.02.2022