Syrie : un journaliste emprisonné pour la troisième fois en un an et demi

Après avoir publié une vidéo alarmante annonçant qu’il était recherché par les forces de sécurité, un journaliste syrien, menacé en permanence depuis plus d’un an en raison de ses publications anti-corruption, est actuellement en détention. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération et à la fin de son harcèlement judiciaire.

"C'est un testament pour mes enfants”. Dans une vidéo publiée en urgence le 5 février, le journaliste syrien Kenan Wakkaf, basé dans la ville côtière de Tartous (contrôlée par Damas), annonce que les forces de sécurité ont fait irruption dans son domicile pour l’arrêter et ont “terrorisé” son épouse et ses enfants. Lui ne s’y trouvait pas. “S’ils étaient venus arrêter un membre de Daech, il n’auraient pas été aussi lourdement armés”, décrit-il, avant de conclure : “Je fais cette vidéo au cas où il m’arrive quoi que ce soit”. Depuis, il a été retrouvé et interpellé.


La veille, Kenan Wakkaf avait critiqué l’accueil d’une actrice syrienne et son mari réalisateur au palais présidentiel, alors que la population est confrontée à de multiples difficultés quotidiennes. Le journaliste a déjà été emprisonné à deux reprises. La première fois, en septembre 2020, le journaliste a été interpellé pour “cybercriminalité”, après avoir publié une enquête sur la gestion de l’électricité à Tartous, gangrénée par la corruption. Ce n’est qu’après l’intervention du ministre des Médias qu’il a été libéré, quelques jours plus tard. En mars 2021, il a été placé en détention peu de temps après avoir révélé que le garde d'un gouverneur avait été enlevé par le propre fils de ce dernier. Il a pu être libéré en mai, à l’issue d’un décret d’amnistie promulgué par le président Bachar Al-Assad, qui concernait également d’autres journalistes. 


RSF appelle à la libération du journaliste Kenan Wakkaf et à la fin de son harcèlement judiciaire, déclare la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Dans un pays où la situation économique est un sujet de préoccupation majeur pour les citoyens, il est de l’intérêt général de pouvoir librement informer et s’informer sur ces questions. A deux reprises déjà, les autorités ont remis en liberté le journaliste car elles savent qu’il ne représente aucun danger pour la sécurité de l’Etat, et rien ne justifie de le maintenir encore en détention."


Cet emprisonnement survient au terme de plusieurs mois de harcèlement à l’encontre du journaliste, qui travaillait pour le quotidien loyal au pouvoir Al-Wehda avant d’en avoir été renvoyé. Selon des informations recueillies par RSF, les services de renseignement l’avaient maintenu sous surveillance et avaient menacé les médias qui accepteraient de collaborer avec lui. Refusé de toute part, il avait été contraint de travailler dans une boulangerie pour subvenir aux besoins de sa famille.


La Syrie occupe la 173e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

Publié le 09.02.2022
Mise à jour le 09.02.2022