Syrie : RSF appelle la justice française à conclure l'enquête, 10 ans après la mort de Rémi Ochlik et Marie Colvin

Dix ans après la mort de Marie Colvin et Rémi Ochlik, tués dans un bombardement des forces de Bachar El-Assad à Homs, Reporters sans frontières (RSF) appelle la justice française à conclure son enquête pour crimes de guerre, alors qu’aucun responsable n’a pour le moment été formellement mis en cause.

[Marie Colvin] travaillait avec les terroristes, et puisqu’elle est entrée illégalement, elle est responsable de tout ce qui lui est arrivé” : telle est la réponse cinglante qu’avait donnée Bachar El-Assad en 2016 à NBC, alors qu’il était interrogé sur la mort de la journaliste américaine, tuée par un obus de mortier le 22 février 2012 avec le photographe français Rémi Ochlik à Homs.


Dès mars 2012, la justice française a ouvert une enquête pour “meurtre” et “tentative de meurtre” et RSF s’est portée partie civile. Deux ans plus tard, les faits ont été requalifiés en “crimes de guerre” et le dossier a été confié au pôle crimes contre l'humanité du tribunal de Paris. À l’époque, RSF avait condamné ces crimes, jugeant que Damas avait “décidé de punir collectivement toute une population et de faire taire par les moyens les plus violents les journalistes témoins des exactions”.


“Après dix années d’impunité pour ces crimes odieux et emblématiques, leurs principaux commanditaires doivent enfin être poursuivis par la justice, souligne le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. L’instruction doit désormais aboutir rapidement et concrètement, nous attendons des mises en examen, des mandats d’arrêt et que la justice passe enfin !”


Début 2012, Homs, ville de l’ouest syrien, était assiégée par les forces loyales à Bachar El-Assad. Les deux reporters se trouvaient dans le quartier de Bab Amr, dans un bâtiment qui faisait office de centre de presse. Réveillés par des tirs qui visaient le lieu, ils tentaient de l’évacuer mais ont été tués sur le seuil de la porte. Plusieurs autres journalistes ont été touchés à l’issue de ces tirs, parmi lesquels Edith Bouvier, journaliste indépendante collaboratrice du Figaro, grièvement blessée à la jambe, ou encore le photographe britannique Paul Conroy et le traducteur Wael Al-Omar. La veille, le journaliste du Shaam News Network, Ramy Al-Sayed, avait été tué dans un bombardement, en fin d’après-midi, alors qu’il se trouvait à bord de son véhicule. 


Selon un rapport du Centre syrien des médias (SCM), partenaire de RSF, le conflit syrien a causé la mort de plus de 700 journalistes entre 2011 et 2021.


La Syrie occupe la 173e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

Publié le 21.02.2022
Mise à jour le 21.02.2022