RSF appelle les entreprises multinationales encore présentes en Birmanie à cesser leur soutien à la junte

Le récent retrait du pays des géants de l’énergie Chevron et Total pose les bases d’un départ global des multinationales présentes en Birmanie. A la veille du premier anniversaire du coup d’État du 1er février, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autres grands groupes qui soutiennent encore, directement ou indirectement, la junte au pouvoir à prendre des mesures concrètes pour mettre un terme à ce comportement complice.

Un peu moins d’un an après le coup d’État du 1er février 2021, RSF appelle l’ensemble des grands acteurs économiques à suivre l’exemple donné par TotalEnergies (ex-Total) et Chevron, qui ont décidé, le 21 janvier, de mettre un terme à 30 ans de compromission avec l’un des pires régimes au monde en matière de répression de la liberté de la presse.

      

“Reporters sans frontières salue avec soulagement les décisions prises par les géants Total et Chevron qui vont, de fait, cesser d’apporter des revenus substantiels à la junte birmane, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Malheureusement, d’autres grands groupes continuent de faire primer leurs intérêts commerciaux à court terme au détriment du respect des droits fondamentaux des citoyens birmans, à commencer par leur droit à une information libre. Il est urgent que tous les acteurs économiques internationaux de premier plan, tels que Thales, MAN et DHL, suivent le sens de l’éthique et du droit et cessent, à leur tour, toute activité qui les rend complices du régime birman.”

          

De la même façon que RSF avait interpellé Total et Chevron, l’organisation s’est adressée en novembre dernier à l’industriel français Thales pour lui demander de cesser tout transfert, même indirect, de ses technologies vers la junte birmane - lesquelles technologies peuvent être potentiellement utilisées pour espionner et traquer les journalistes.


Financement de la terreur

       

Parmi les entreprises n’ayant pris aucune mesure concrète, on compte aussi le constructeur de véhicules allemand MAN, dont les camions sont utilisés pour transporter les troupes de l’armée birmane, ou le géant sud-coréen de l’acier POSCO, qui se sont contentés de nier tout lien avec l’armée et ses conglomérats pour ne prendre aucune action concrète.

             

Le maintien de ces activités dans le pays et le paiement des taxes indues contribue pourtant, de fait, à financer la terreur orchestrée par la Tatmadaw, le surnom de l’armée birmane. D’autres groupes, comme l’Allemand DHL ou le géant de l’hôtellerie japonais Okura Nikko, ont purement et simplement ignoré les demandes formulées par RSF.

                

RSF s’est mobilisée dès le lendemain du coup d’État du 1er février 2021 pour explorer les moyens de tarir les ressources financières spoliées par la junte et pour demander aux multinationales de se positionner face au pouvoir dictatorial. Le 1er avril, RSF a interpellé par courrier une quinzaine de multinationales.


Forte des réponses des dirigeants de ces groupes qui, pour l’ensemble, ont fait la part belle aux discours sur la nécessité de poursuivre le développement de la Birmanie, RSF a envoyé une deuxième série de courriers fin juin pour demander, cette fois, des actions concrètes afin qu’elles cessent de soutenir, directement ou indirectement, la Tatmadaw.

 

Question éthique et économique

       

Cette action s’est avérée payante dans plusieurs cas. Contacté par RSF avant même le coup d’État, le fournisseur d’électricité français Voltalia, qui entretenait des liens d’affaires avec des entreprises liées à l’armée birmane, a annoncé son retrait du pays au printemps 2021. En juillet, c’est le géant des télécommunications norvégien Telenor qui a fait part de sa volonté de se débarrasser de ses actifs en Birmanie. Peu après, le Suédois Ericsson lui emboîtait le pas.

        

Ajoutés à ceux de Chevron et Total, ces exemples confirment que les entreprises présentes en Birmanie peuvent cesser de se rendre complices des crimes de la junte. Au-delà d’une question d’éthique, c'est aussi le signe d’une vision économique à long terme, qui prend en compte les risques réputationnels, juridiques ou financiers inhérents à la poursuite de relations d’affaires avec un régime sanguinaire.

       

Depuis sa prise du pouvoir par la violence il y a un an, le gouvernement militaire birman est responsable de l’interpellation d’une centaine de journalistes. Selon le baromètre de RSF, 57 d’entre eux sont actuellement maintenus en détention dans les geôles birmanes.


Trois reporters ont également été tués en moins d’un mois : le photographe Soe Naing, le chef d’édition au Federal News Journal Sai Win Aung,  et le fondateur de l'agence de presse Khonumthung Media Group, Pu Tuidim, qui a  été utilisé comme bouclier humain avant d’être abattu par des soldats.

           

La Birmanie se situe actuellement à la 140e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF début 2021.

Publié le 26.01.2022
Mise à jour le 26.01.2022