Royaume-Uni : Julian Assange est autorisé à saisir la Cour suprême pour faire appel de son extradition

Reporters sans frontières (RSF) salue la décision de la Haute Cour britannique d’autoriser le fondateur de Wikileaks Julian Assange à faire appel de son jugement d’extradition auprès de la Cour suprême. Néanmoins, celle-ci ne pourra examiner que les assurances diplomatiques fournies par le gouvernement américain quant au traitement de Julian Assange si celui-ci est extradé.

La Haute Cour britannique a accordé lundi 24 janvier le droit à Julian Assange de faire appel auprès de la Cour suprême de la décision pouvant mener à son extradition aux Etats-Unis. Les avocats du fondateur de Wikileaks disposent à présent de 14 jours pour saisir la Cour suprême, dont la décision d’accepter ou non l’affaire pour révision pourrait prendre plusieurs mois.


Si l’appel est accepté, la Cour suprême serait amener à examiner un point de droitconcernant les assurances données par le gouvernement américain sur le traitement qui serait réservé à Julian Assange. En effet, ces assurances ont été déposées avant la phase d’appel de la procédure, ce qui implique qu’elles n’ont pas été examinées lors de la période probatoire de l’audience d’extradition. La Haute Cour a ainsi permis à Julian Assange de saisir la Cour suprême sur cette question en raison du retard avec lequel le gouvernement américain a fourni ces assurances.


« Nous sommes heureux de la décision de la Haute Cour de permettre à Julian Assange de faire appel de la décision de son extradition auprès de la Cour suprême, déclare la directrice des campagnes internationales de RSF, Rebecca Vincent, qui a assisté aux audiences. Cette affaire aura de très fortes implications pour le journalisme et la liberté de la presse, et pourrait créer un immense précédent. Elle mérite donc toute l’attention de la plus haute instance juridique du pays. Nous espérons vivement que la Cour suprême en acceptera la révision. »


Cette décision fait suite à l’arrêt de la Haute Cour du 10 décembre 2021 pris par les mêmes juges, qui ont annulé la décision de la juge de district du 4 janvier 2021 rejetant l’extradition pour des raisons de santé mentale. La Haute Cour avait statué en faveur de l’appel du gouvernement américain en se basant sur les assurances diplomatiques qu’il avait fournies quant au traitement de Julian Assange en cas d'extradition.


Pour RSF, il ne fait aucun doute que Julian Assange a été visé en raison de sa contribution au journalisme. En effet, la publication par Wikileaks de centaines de milliers de documents classifiés en 2010 a impulsé de nombreuses enquêtes d’intérêt public dans le monde révélant des crimes de guerre et des violations des droits humains n’ayant jamais fait l’objet de poursuites. S’il est jugé aux États-Unis, Julian Assange ne pourra pas en faire sa défense, car l’intérêt public n’est pas une disposition de l’Espionnage Act. Les poursuites engagées contre le fondateur de Wikileaks créeraient un dangereux précédent, pouvant entraîner des répercussions durables sur le journalisme et la liberté de la presse dans le monde.


RSF exprime également ses vives inquiétudes sur la santé physique et mentale de Julian Assange, qui demeure extrêmement exposé aux risques dans les conditions de sa détention prolongée au sein de la prison haute sécurité de Belmarsh. Or, ces risques augmenteraient considérablement si les Etats-Unis obtenaient son extradition. En décembre dernier, a-t-on appris, Julian Assange a été victime d’un mini AVC en prison durant l’audience d’appel, et en janvier, il a été rapporté que les contaminations à la Covid avaient de nouveau augmenté dans l’établissement pénitentiaire.


Le Royaume-Uni et les Etats-Unis occupent respectivement la 33e et la 44e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 24.01.2022
Mise à jour le 24.01.2022