Rapports

20 juillet 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Pour la liberté de la presse, il n’est peut-être pas encore trop tard…




A quelques heures de l’examen par la Cour internationale de justice (CIJ) de la légalité de la proclamation d’indépendance du Kosovo, Reporters sans frontières publie un rapport sur l’état de la liberté de la presse dans le jeune Etat. L’organisation est allée à la rencontre des journalistes et des premiers blogueurs de Pristina qui tentent de travailler dans le respect de la déontologie et de donner accès à une information libre, débarrassée des influences politiques et mafieuses qui ont jusqu’ici accompagné le pays. Pas sans risques cependant. Aux difficultés financières et à la précarité de leur statut professionnel viennent s’ajouter les menaces des activistes nationalistes ou des extrémistes de tous bords. Les sanctions professionnelles ou financières s’abattent rapidement sur ceux qui dénoncent les nombreux scandales qui frappent tous les pans d’activités du Kosovo. Si la violence à l’égard des professionnels des médias reste rare, les mesures de rétorsion économique à l’encontre de leurs familles sont fréquentes et s’avèrent souvent efficaces pour forcer à l’autocensure. Côté scène, la plupart des journalistes sont souvent décriés par la classe politique pour leur ‘’manque de professionnalisme’’ et leur traîtrise supposée quand ils critiquent le fonctionnement des institutions. Côté cour, chaque sphère du pouvoir, officielle ou officieuse, s’évertue à contrôler et à développer son influence sur la plupart des lignes éditoriales. Si en presse écrite les deux titres phares, Koha Ditore et Zëri, résistent encore bien aux pressions, il n’en va pas de même dans les médias audiovisuels où se situent les enjeux les plus importants. Dans un marché publicitaire limité et manipulé, sous contrôle du gouvernement, la radiotélévision publique RTK règne en maître sur les écrans de télévision. Les chaînes indépendantes résistent mais, contraintes par le mode de fonctionnement tronqué du marché, ne s’essayent que très rarement à repousser les limites de l’autocensure qui grève tout autant leurs rédactions que celles des médias publics. La diffusion de nouvelles chaînes par les fournisseurs d’accès Internet offre peu à peu des espaces d’indépendance et de liberté, mais l’absence de modèle économique rentable retarde l’influence qu’elles pourraient avoir. Le Premier ministre Hashim Thaçi le répète à souhait : il veut faire rentrer le Kosovo dans l’Union européenne. Il lui faudra pour cela donner rapidement des gages plus sérieux sur le respect de la liberté de la presse. Des actes simples et concrets peuvent être rapidement accomplis, ne nécessitant pas de grandes réformes. La communauté internationale, encore très présente près du jeune Etat, conserve en la matière un pouvoir d'influence dont elle doit user avec une efficacité accrue. Si l’Union européenne mesure bien les enjeux de la liberté de la presse dans l’entrée du Kosovo auprès des 27 Etats membres, sa voix se fait parfois localement trop discrète sur le sujet. Mieux répartis et mieux gérés, les moyens mis en place sont encore insuffisants pour inverser la tendance. Mais si rien n’est fait, l’influence grandissante des méthodes mafieuses dans le secteur des médias se renforcera et pourrait venir à bout des professionnels les plus résistants.