Rapports

1 septembre 2000 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Harcèlement, exil, incarcérationUne centaine de journalistes indépendants face à l'Etat


Septembre 2000
Introduction
A Cuba, où le contrôle exercé sur l'information diffusée auprès de la population ne faiblit pas, une centaine de journalistes indépendants, assimilés à des "contre-révolutionnaires" par les autorités, sont l'une des cibles privilégiées de la répression, à un moment où leurs travaux bénéficient d'une plus large audience potentielle grâce à l'Internet. Depuis 1997, cinq d'entre eux ont été condamnés à des peines allant de six mois à six ans de prison et plus d'une centaine d'interpellations et d'arrestations ont été signalées. Inculpations, agressions, saisies de leur matériel, assignations à résidence, pressions sur leurs familles, amis ou contacts, tentatives de discrédit ou de division sont très fréquentes à leur encontre. Au 1er septembre 2000, trois journalistes étaient toujours incarcérés. La relative accalmie dans le harcèlement de tous les "opposants" après la visite du pape en janvier 1998 n'aura duré qu'une année. Et les démarches auprès du gouvernement cubain de plusieurs des chefs d'Etat ou de gouvernement (réunis à La Havane en novembre 1999 à l'occasion du Sommet ibéro-américain) en faveur de la démocratisation du régime n'ont guère été suivies d'effet. Les libertés d'expression, de presse, de réunion et d'association n'ont toujours pas droit de cité à Cuba . Cependant, les rangs des journalistes indépendants continuent de grossir, en dépit des nombreux départs en exil, volontaires ou forcés, et malgré les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles ils exercent. D'après les informations collectées par Reporters sans frontières (RSF), ils sont actuellement un peu plus d'une centaine, alors qu'ils n'étaient qu'une poignée au début des années 90. Anciens professionnels des médias officiels (dont ils ont démissionné ou ont été "remerciés"), du secteur de la communication (rédacteurs, traducteurs, archivistes, bibliothécaires, etc.), du monde de l'éducation ou simples techniciens, ils officient à La Havane mais aussi en province, où le harcèlement policier est plus intense. La plupart d'entre eux travaillent au sein d'agences. La première a été créée en 1988 par Yndamiro Restano Díaz (Asociación de Periodistas Independientes de Cuba, devenue en 1992 la Agencia de Prensa Independiente de Cuba, APIC, toujours active). Elles sont aujourd'hui dix-huit , dont quatre basées en province, sans tenir compte des agences diffusant des informations pour le compte d'acteurs sociaux, comme les agriculteurs, les pédagogues ou les syndicats indépendants. Certaines revendiquent une dizaine de collaborateurs avec des correspondants en province (Cuba Press, Cooperativa de Periodistas Independientes, Centro Norte del País, par exemple), d'autres deux ou trois. Une dizaine de journalistes travaillent en dehors de ces agences, principalement dans la capitale. Envoyée par RSF, la journaliste française Martine Jacot s'est rendue à Cuba du 10 au 17 août 2000. Sur place, elle a rencontré une douzaine de journalistes indépendants, à Ciego de Ávila et à La Havane, ainsi que les familles de deux des trois journalistes actuellement incarcérés. Le 17 août, alors qu'elle s'apprêtait à rentrer en France, elle a été interpellée et interrogée pendant une heure et demie à l'aéroport de La Havane, par six membres des forces de sécurité. Un camescope, deux cassettes vidéo et des documents ont été saisis. Malgré les demandes répétées de RSF, le matériel n'a pas été restitué à l'organisation. L'Internet à la rescousse
Qu'ils soient professionnels aguerris, formés par leurs pairs ou autodidactes, les journalistes indépendants ont vu leurs débouchés potentiels s'élargir grâce aux nouvelles technologies, auxquelles ils n'ont eux-mêmes pas accès. La création dans les pays occidentaux de sites Internet accueillant les nouvelles qu'ils transmettent de Cuba (par téléphone le plus souvent, par télécopieur quand ils en ont un) a étendu le champ de diffusion des informations qu'ils ne peuvent publier dans leur propre pays. Le nombre de leurs contributions (téléphonées) à des stations de radio étrangères, le plus souvent liées à l'exil, a lui aussi augmenté. Privés d'accès direct aux sources officielles, expulsés des conférence de presse gouvernementales lorsqu'ils s'y présentent, ils recueillent leurs informations auprès de tout ce que la société cubaine compte de mécontents, qu'il s'agisse d'opposants, de défenseurs des libertés, de fonctionnaires (las de constater que toute information négative pour le régime - politique, économique, sociale ou environnementale - est tue dans les médias cubains), d'employés de sociétés étrangères, ou de l'homme de la rue. Rationnée depuis quarante ans, soumise à des restrictions supplémentaires depuis 1991, date du début de la "période spéciale en temps de paix" consécutive au tarissement des mannes de l'ancien Bloc de l'Est, la population vit mal la "dollarisation" croissante de l'économie cubaine lorsqu'elle n'a pas accès à ces billets verts. Des faits comme l'arrestation d'un opposant à Cuba, un quelconque mouvement d'humeur de la population ou une tentative d'organisation de la société civile, autrefois ignorés au moins un temps à l'étranger, sont ainsi rapidement relayés en dehors du pays. Ces informations, ainsi que des analyses plus globales, sont entendues à Cuba par ceux qui captent les radios internationales étrangères, au premier rang desquelles figure Radio Martí (financée depuis 1982 par le Congrès américain pour émettre vers l'île). Leur brouillage à Cuba est souvent déficient. Nouvelle "loi-bâillon"
Les autorités cubaines se sont dotées d'un nouvel arsenal législatif visant à museler ces journalistes indépendants et empêcher les activités dissidentes. Elles hésitent toutefois à l'appliquer, au moment où plusieurs Etats de l'Union européenne posent, dans le cadre de la Convention de Lomé, l'amélioration de la situation des droits de l'homme à Cuba comme condition à l'augmentation d'échanges commerciaux dont l'île a cruellement besoin en raison de l'embargo américain. Promulguée en février 1999, la "loi 88", rapidement baptisée "loi-bâillon" dans les milieux dissidents, pèse comme une épée de Damoclès sur toute personne qui "collabore, quel que soit le moyen utilisé, avec des émissions de radio ou télévision, des revues ou autres médias étrangers" ou "fournit des informations" jugées susceptibles de servir la politique américaine. Les peines encourues sont très lourdes : jusqu'à vingt ans de prison, la confiscation de tous ses biens personnels et des amendes atteignant 100 000 pesos (près de 4 800 dollars, quand le salaire moyen sur l'île est de 250 pesos, soit 12 dollars par mois). Ce texte, dont aucun tribunal ne s'est prévalu jusqu'à présent, punit aussi "la promotion, l'organisation, l'encouragement ou la participation à des réunions ou à des manifestations". "Les journalistes indépendants sont des mercenaires : l'Empire (américain) les paie, les organise, les instruit, les entraîne, les arme, les camoufle et leur ordonne de tirer sur leur propre peuple", a commenté le quotidien des jeunesses communistes Juventud Rebelde après le vote du texte, reprenant ainsi les propos de Tubal Paez, président de l'Union des journalistes cubains (organisation officielle). Ses quelque 2 000 membres ont dû s'engager, pour exercer, à se montrer "loyaux aux principes et valeurs de la révolution et du socialisme". A Cuba, tous les médias sont "de propriété étatique ou sociale". La presse écrite (les quotidiens Granma, organe officiel du Parti communiste et Juventud Rebelde, l'hebdomadaire Trabajadores des syndicats officiels ou le magazine Bohemia notamment), les radios nationales ou régionales ainsi que les deux seules chaînes de télévision du pays diffusent des articles ou des reportages choisis, revus et corrigés en fonction des intérêts idéologiques du régime. Début août 2000, un animateur de Radio Morón, une petite station du centre de l'île, a été licencié après avoir lu à l'antenne un poème de Raúl Rivero (fondateur et directeur de l'agence Cuba Press). Ces médias consacrent en outre une grande part de leurs maigres colonnes ou de leur temps d'antenne limité (six heures par jour pendant la semaine pour chaque chaîne, et quinze heures par jour le week-end) aux discours du président Fidel Castro et à la propagande officielle. La population n'a pas accès à d'autres sources d'information, à l'exception des radios étrangères insuffisamment brouillées. Trois journalistes incarcérés
Les cinq journalistes indépendants qui ont été jugés et condamnés à des peines de prison depuis 1997 n'ont pas été clairement inculpés pour avoir divulgué des informations sans imprimatur, mais pour d'autres délits. Actuellement, trois condamnés sont toujours détenus, tous considérés comme prisonniers d'opinion par Amnesty International. Bernardo Arévalo Padrón : passage à tabac et départ en exil non autorisé
Fondateur de l'agence de presse Linea Sur Press en octobre 1996 à Aguada de Pasajeros (ville située à 140 km au sud-est de La Havane, dans la province de Cienfuegos), Bernardo Arévalo, âgé de 35 ans, a été arrêté le 18 novembre 1997 et condamné en appel le 28 du même mois à six ans de prison pour "outrage" au président Fidel Castro et au vice-président Carlos Lage, en vertu de l'article 144 du Code pénal cubain. Cet ancien employé des chemins de fer avait déclaré sur les ondes d'une radio étrangère que les deux dirigeants cubains étaient des "menteurs", après les avoir accusés de ne pas se conformer aux engagements démocratiques signés lors d'un précédent Sommet ibéro-américain. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l'Etat cubain en date du 19 décembre 1998, le prisonnier a écrit : "Je considère que ma sentence de six années de prison est injuste et excessive car dans aucun autre pays civilisé on ne condamne celui qui qualifie de "menteur" le chef du gouvernement." Soulignant son "admiration" pour le "combat contre la dictature de Fulgencio Batista" mené par Fidel Castro au cours des années 50, Bernardo Arévalo Padrón a rappelé que celui-ci avait bénéficié d'une amnistie lorsqu'il était lui-même prisonnier politique. "J'ai quant à moi décidé, fin 1988, de m'opposer pacifiquement à vos idées", a poursuivi le détenu, qui a réclamé (en vain jusqu'à présent) de partir en Espagne, pays dont les autorités lui auraient accordé un visa. Dans la prison de haute sécurité d'Ariza où il a été d'abord incarcéré, le journaliste a été passé à tabac, le 23 avril 1998, par deux agents de sécurité qui l'accusaient de disperser des tracts dans les couloirs de l'établissement. Blessé à la tête et victime de troubles de mémoire suite à cette agression, il a ensuite été placé en "cellule de punition pour sa sécurité car il pourrait être encore agressé ou même assassiné par des détenus de droit commun", ont expliqué les autorités carcérales à sa femme Libertad. Il a été transféré, le 15 mai 1999, au "camp de travail numéro 16" situé près de la prison d'Ariza. Catholique privé d'assistance religieuse, il est régulièrement menacé d'un renvoi dans les cellules d'Ariza par son chef de détention (également chargé de sa "rééducation") qui l'accuse de ne pas remplir ses "quotas" dans le désherbage ou la coupe de la canne à sucre, travaux auxquels il est affecté. Son épouse a pu lui apporter des outils pour aiguiser sa machette, parce qu'ils manquent au camp. Depuis mai 2000, il a droit à une visite de sa famille tous les 21 jours et à une visite "matrimoniale" tous les mois (une nuit avec son épouse au camp, dans une chambre dont les parois en bambou laissent passer la lumière et les regards indiscrets). Il n'est pas autorisé à voir ou à entrer en contact avec ses amis. Selon les termes de la loi cubaine, il devrait lui être permis de rendre une visite à sa famille tous les 21 jours, en particulier à sa mère âgée et malade. A l'une des nombreuses requêtes effectuées par RSF en vue de sa libération, le ministre cubain des Affaires étrangères, Felipe Pérez Roque a répondu par écrit, le 17 avril 2000, que Bernardo Arévalo "s'était associé depuis 1991 à des groupes contre-révolutionnaires avec l'intention de commettre des actes violents, même s'il a été condamné pour outrage". Jesús Joel Díaz Hernández : un procès en "dangerosité sociale" pour l'exemple
Pour Odencio Diaz, père de ce jeune homme de 26 ans, le plus insupportable est ce "sentiment d'impuissance devant une justice qui fabrique des accusations infondées et refuse d'entendre les témoins". Cet ancien membre du Parti communiste est convaincu que son fils a été emprisonné pour l'empêcher de transmettre ses articles à l'étranger, au sein de l'agence Pátria, à laquelle il collaborait depuis 1995, puis de la Cooperativa avileña de periodistas independientes (CAPI) qu'il avait fondée en décembre 1998, à Ciego de Ávila (300 km à l'est de La Havane). Il a été arrêté, le 18 janvier 1999, à 6 heures du matin au domicile familial de la ville de Morón et accusé de "dangerosité sociale". Le Code pénal cubain, dans son article 73, désigne ainsi "celui qui contrevient régulièrement aux règles de la vie sociale par des actes de violence (...), perturbe l'ordre public, vit comme un parasite social, exploite le travail des autres ou se livre à la pratique de vices socialement répréhensibles". Lors du procès qui s'est tenu le lendemain de son arrestation, Jesús Joel Díaz Hernández a été accusé de ne plus travailler pour l'Etat depuis 1996 (il avait été renvoyé cette année-là, affirment ses proches, de l'emploi qu'il avait à l'Institut national des ressources hydrauliques de Morón, parce qu'on lui reprochait de militer pour la défense des droits de l'homme depuis 1993). Il a en outre été inculpé pour avoir "parfois consommé des boissons alcoolisées qui l'ont rendu agressif et l'ont amené à provoquer son voisinage" ainsi que pour avoir "écouté de la musique trop fort". La plaidoirie de son avocat a été rapidement interrompue par le président. Aucun témoin à décharge n'a été invité à s'exprimer durant les quelques heures de l'audience publique. Le prévenu a été condamné à "quatre années de privation de liberté dans un centre d'études ou de travail avec internement". Il est depuis lors incarcéré à la prison de Canaleta, non loin de Morón, la province de Ciego de Ávila ne disposant pas de tels centres, selon les autorités pénitentiaires. Dès l'énoncé de la sentence, un appel a été interjeté et le détenu a entamé une grève de la faim, qui l'a conduit au mitard. Le 22 janvier 1999, tandis que sa famille lui rend visite, elle apprend que se tient la première audience du procès en appel. Non convoqué, l'avocat de la famille a été remplacé par un avocat commis d'office. Le 27 janvier, le prisonnier est informé dans sa cellule que son appel a été rejeté. Ses parents engagent alors une requête en révision du procès et produisent début février des témoignages écrits de cinq personnes du voisinage, attestant (devant un notaire) que Joel ne s'est jamais illustré à leur connaissance ni pour des abus d'alcool, ni pour trouble à l'ordre public d'aucune sorte. Aucune suite n'a été donnée à ces démarches. Les autorités cubaines soutiennent même, depuis, qu'il n'y a jamais eu appel de la sentence initiale. Jesús Joel Díaz Hernández dénonce ses très mauvaises conditions d'incarcération (avec des détenus de droit commun). Pour éliminer puces, insectes et rongeurs qui infestent les mitards, dit-il, les autorités carcérales procèdent à des fumigations sans faire sortir les détenus des cellules. Lorsque ceux-ci protestent, des sédatifs leur sont administrés. Il dénonce aussi l'absence d'assistance médicale. En juin 2000, il a fallu que ses parents, autorisés depuis peu à lui rendre visite tous les 21 jours, sortent clandestinement de la prison un échantillon de ses urines pour qu'un diagnostic d'hépatite virale soit établi par un laboratoire de la région et pour qu'il reçoive les soins adéquats. Il souffrait pourtant depuis quelque temps de fortes fièvres. "Joel Díaz est un délinquant de droit commun, qui a été lié à des éléments antisociaux pratiquant le trafic de drogue, le proxénétisme, la contrebande et le vol de bétail", a écrit le 17 avril 2000 le ministre cubain des Affaires étrangères Felipe Pérez Roque. Aucun de ces chefs d'inculpation ne figure dans les documents remis au détenu. Joel Díaz et sa famille estiment qu'à travers ce procès "expéditif" et la lourde sentence prononcée, les autorités ont cherché à frapper rapidement et "pour l'exemple", afin de dissuader la jeunesse locale de se lancer ou de persister dans le journalisme indépendant. Manuel Antonio González Castellanos : d'une provocation au "cimetière des vivants"
Journaliste professionnel, correspondant de l'agence Cuba Press à Holguín (est de Cuba), Manuel Antonio González Castellanos, âgé de 43 ans, rentrait, au soir du 1er octobre 1998, à son domicile où vit notamment sa mère, fille de Lidia Doce, la célèbre "messagère du Che" pendant la révolution. Apostrophé et provoqué par un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur et par deux agents de la sécurité d'Etat, le journaliste s'est emporté. Il a fini par rendre Fidel Castro personnellement responsable de ce harcèlement incessant. Manuel Antonio González Castellanos a été immédiatement accusé d'"outrage" au Président. Sans nouvelles de lui, sa famille s'est vu privée de ligne téléphonique dès le lendemain, tandis qu'à l'extérieur, un "acte de répudiation" (attroupement de membres du Parti communiste qui hurlent des injures ou lancent des pierres) battait son plein. Leornardo Varona González, neveu du détenu et correspondant de l'agence Santiago Press, a été arrêté pour avoir protesté contre l'arrestation de son oncle en écrivant "A bas Fidel !" sur les murs de la maison familiale. Il a été condamné, le 6 mai 1999, à seize mois de détention (il a été libéré en janvier 2000), et son oncle à une peine de trente et un mois de prison. Deux mois après son procès, Manuel Antonio González Castellanos a été transféré à la prison de haute sécurité "Cuba sí" de Holguin, baptisée "cimetière des vivants" pour les exécrables conditions de détention qui y prévalent. Il souffre depuis lors de problèmes respiratoires, qui persistent en dépit de son transfert dans une autre prison de la province. Il y a été contraint de dormir à même le sol pendant plusieurs jours. Le 26 juin 2000, protestant contre la confiscation de ses notes de travail dans sa cellule, le détenu a été sévèrement frappé et placé au mitard pendant dix jours. Sa famille, constamment harcelée, craint que ses problèmes respiratoires ne dégénèrent en tuberculose, maladie dont souffrent plusieurs prisonniers du même établissement. Dans son cas, le ministre des Affaires étrangères a écrit, le 17 avril 2000, qu'il avait été condamné pour avoir "provoqué des troubles graves de l'ordre public". Accusés de "propagande ennemie"
D'autres journalistes laissés en liberté surveillée attendent, parfois depuis plusieurs années, leur procès. Outre l'"outrage" au Président et la "dangerosité sociale", les chefs d'inculpation le plus souvent retenus contre eux sont les suivants: - "association illicite". La plupart des agences de presse ont déposé, dès 1995, des demandes en vue de la légalisation de leurs statuts auprès du ministère cubain de la Justice, conformément à ce que prévoit la Constitution du pays. Aucune d'entre elles n'a reçu de réponse. - "propagande ennemie" ou "collaboration avec l'ennemi". Ces délits, qui existaient avant l'adoption de la loi 88, visent des collaborations avec des radios américaines. - "espionnage". Ce délit est souvent invoqué lorsque des journalistes ont pris des contacts, en vue d'obtenir un visa, avec la Section des intérêts américains de La Havane. - "diffusion de fausses nouvelles". Parmi les inculpés, José Edel Garcia Diaz, 55 ans, directeur de l'agence Centro Norte del País (CNP) est en attente d'être jugé pour cinq de ces délits ("outrage", "association illicite", "collaboration avec l'ennemi", "diffusion de nouvelles fausses" et "espionnage") et Oswaldo de Céspedes, ancien médecin des hôpitaux, directeur-adjoint de l'agence Cooperativa de periodistas independientes (CPI), est accusé depuis 1995 d'"association illicite" et de "propagande ennemie". Ils ont en commun d'avoir écrit des articles sur des sujets "sensibles" comme la pollution, l'énergie nucléaire et les risques de radioactivité, ou sur de nouvelles épidémies. Deuxième partie