Pour avoir dénoncé les violations des droits de l’homme, Waleed Abu Al-Khair, est dans la tourmente de la justice

Le fondateur de l’Observatoire saoudien des droits humains, Waleed Abu Al Khair, est incarcéré depuis le 15 avril 2014. Il sera entre autres jugé en application de la loi anti-cybercriminalité. Il est poursuivi pour “publication de fausses informations dans le but de nuire à l’État”

Le président de l'Observateur saoudien des droits humains (MHRSA), une organisation indépendante créée en 2008 qui défend les libertés fondamentales, Waleed Abu Al-Khair fait l’objet d’un harcèlement acharné de la part des autorités saoudiennes. Il est poursuivi depuis 2012 pour “incitation à la rébellion”, “publication de fausses informations dans le but de nuire à l’État”, “outrage à magistrat”, et “création d’une ONG sans autorisation”. Pour avoir informé sur les violations des droits de l’homme, à travers le site de l’Observatoire saoudien des droits humains, Waleed Abu Al-Khair est désormais poursuivi, depuis le 28 mai 2014, pour “préparation, stockage et transmission d’informations qui nuisent à l’ordre public” et encourt, selon l’article 6 de la loi anti-cybercriminalité, la peine maximale prévue par cette loi, soit cinq ans d’emprisonnement et / ou une amende de 800 000 dollars. Le procureur général a également demandé la fermeture définitive de tous les sites et comptes de Waleed Abu Al-Khair (Facebook, Twitter et messagerie), et ce en vertu de l’article 13 de la loi anti cyber-criminalité. Il a été arrêté le 15 avril lors de sa cinquième audience. La prochaine a été fixée au 26 juin prochain. “Reporters sans frontières condamne avec la plus grande fermeté l’incarcération arbitraire de Waleed Abu Al-Khair et exige sa libération immédiate. Ce procès montée de toutes pièces est une farce tragique orchestrée par les autorités saoudiennes pour museler toute voix dissidente,” déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction de la recherche à Reporters sans frontières. “Ces charges visent clairement à sanctionner les activités militantes de Waleed Abu Al-Khair et à envoyer un message fort à tous les citoyens saoudiens qui oseraient remettre en question le royaume wahhabite et ses pratiques”. Le 29 octobre 2013, l’avocat saoudien avait été condamné une première fois à trois mois de prison, pour “désobéissance et rupture de l'allégeance au souverain”, “manque de respect envers les autorités”, “outrage à magistrat”, “incitation à s'opposer au royaume auprès d'organisations internationales” et “création d'une organisation non autorisée”. Cette condamnation faisait suite à la signature - par Waleed Abu Al-Khair et de plusieurs autres militants - d’une déclaration publique, publiée en ligne le 5 décembre 2012, dans laquelle les signataires condamnaient les procès intentés contre les réformateurs de Jeddah et les évènements de Al-Qatif. Le ministère de l’Intérieur avait informé Waleed Abu Al-Khair, le 21 mars 2012, qu'il n'était pas autorisé à voyager "pour des raisons de sécurité". Cette interdiction est toujours en vigueur. En plus de ses activités militantes informatives, Waleed Abu Al-Khair a défendu, en tant qu’avocat, d’autres activistes saoudiens, parmi lesquels figure le militant des droits de l’homme et blogueur Raef Badawi, condamné en appel, le 7 mai 2014, à dix ans de prison ferme, 1 000 coups de fouet ainsi qu’une amende d’un million de rial saoudiens (environ 200 000 euros) pour “insulte à l’islam”. En 2012, il a reçu le prix du Fonds à la mémoire d'Olof Palme pour sa “lutte constante, forte et empreinte de sacrifice pour la promotion du respect des droits humains et civiques des hommes et des femmes en Arabie”.
Publié le 20.06.2014
Mise à jour le 20.01.2016