Pérou: plusieurs journalistes dans le collimateur de la justice après avoir dénoncé une affaire de corruption dans l’armée

Reporters sans frontières demande au ministre de la Défense péruvien de retirer les plaintes contre plusieurs journalistes de l’émission Panorama, suite à la diffusion d’un reportage qui a exposé une affaire de corruption au sein du service de renseignement du pays. Le ministre les accuse d’avoir dévoilé des documents confidentiels, délit qui peut être puni par une peine de 15 ans de prison.

Jakke Valakivi, ministre de la défense du Pérou, a porté plainte contre la présentatrice Rosana Cueva, la journaliste Karina Novoa et tous les membres de l’équipe de l’émission Panorama qui ont participé à la diffusion d’un reportage, le 17 avril 2016, exposant une affaire de corruption au sein du service de renseignement. Le ministre a accusé l’émission d’avoir dévoilé des documents confidentiels, classés secrets d’Etat. La plainte s’inscrit dans le cadre légal de “sécurité nationale et trahison de la patrie”, et cible un délit qui peut être puni par une peine maximum de 15 ans de prison.


Le reportage en question a dénoncé des dépenses irrégulières des services de renseignement dans la vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro (souvent désigné au Pérou sous le sigle VRAEM), qui reste la plus grande zone de production de feuilles de coca du pays. L’émission a exposé des reçus apparemment falsifiés et a interviewé plusieurs personnes qui nient avoir bénéficié des dépenses mentionnées dans des documents. Selon les journalistes de Panorama, le contenu des documents révélées par le reportage ne présentait aucune information sensible du point de vu stratégique ou opérationnel de l’armée.


Reporters sans frontières exhorte le ministère de la Défense à retirer les plaintes pour divulgation de documents confidentiels contre les journalistes de l’émission Panorama, a déclaré Emmanuel Colombié, responsable du bureau Amérique Latine de l’organisation. Cette poursuite judiciaire s’apparente plutôt à des représailles contre les journalistes. Ce genre de procédure légale démesurée contre la presse semble se renforcer au Pérou depuis quelques années, engendrant une ambiance d’autocensure dangereuse pour la liberté d’expression dans le pays.


Le 18 avril 2016, le journaliste Fernando Valencia Osorio a été condamné à 20 mois de prison avec sursis et à verser une compensation équivalente à 27.000 euros à l’ancien président du Pérou, Alan García. A peine quelques semaines plus tard, le journaliste/présentateur TV Rafo León a été condamné à une peine de prison avec sursis pour un autre cas de diffamation.


Le Pérou se situe à la 84e position sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 établi par Reporters sans frontières.

Publié le 07.07.2016
Mise à jour le 07.07.2016