Onze journalistes anti-corruption arrêtés au Kirghizistan : RSF dénonce une purge du journalisme d’investigation local

Les professionnels des médias arrêtés par la police kirghize sur la base d’une accusation douteuse ont tous travaillé avec la chaîne YouTube d’investigation Temirov LIVE. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une purge du journalisme d’enquête et exhorte les autorités à libérer sans délai les journalistes.

 

Les perquisitions ont commencé tôt ce matin du 16 janvier au domicile de la directrice des chaînes YouTube d’investigation Temirov LIVE et Ait Ait Dese, Makhabat Tazhibek. Au total, en quelques heures, la police kirghize a arrêté 11 journalistes travaillant ou ayant travaillé sur des enquêtes liées à la corruption des élites kirghizes, en particulier du cercle présidentiel. 

Une procédure pénale a aussitôt été ouverte contre eux pour “appels aux émeutes” (article 278, partie 3), en s’appuyant sur une expertise linguistique des pages des réseaux sociaux de ces deux médias extraites le 30 décembre 2023, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur. 

Contacté par RSF, le journaliste d’investigation aujourd’hui en exil forcé Bolot Temirov, fondateur de Temirov LIVE et époux de Makhabat Tazhibek, affirme ne pas savoir à quelle publication la police fait référence, puisque son média n’avait rien publié ce jour-là.

“Cette vague d’arrestations sur la base d’une accusation douteuse s’apparente à une purge du journalisme d’investigation local. Les 11 journalistes arrêtés ont pour point commun d’avoir travaillé pour la chaîne Temirov LIVE : enquêter sur la corruption n’est pas un crime, et la force publique ne doit pas être utilisée comme un outil d’intimidation. RSF dénonce cette chasse aux journalistes et appelle les autorités kirghizes à les libérer immédiatement.

Jeanne Cavelier
Responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale

Les arrestations pourraient être liées à une publication, très médiatisée, démontrant les liens du ministre de l’Intérieur, Oulan Niyazbekov, avec un parrain du crime local, Kamchy Kolbayev, abattu par les forces de l’ordre le 4 octobre dernier, selon Bolot Temirov. Son équipe a aussi enquêté récemment sur les affaires du fils du président Sadyr Japarov ou encore sur le coût des vols effectués par le chef de l’État et ses proches pour les fêtes de fin d’année.

La veille de ces arrestations, le 15 janvier, le Comité d’État pour la sécurité nationale, agence de renseignement en matière de lutte contre le terrorisme, avait perquisitionné les locaux du site d’information indépendant 24.kg et interrogé sa directrice Asel Otorbaeva ainsi que deux rédacteurs en chef, dans le cadre d’une affaire pénale pour "propagande de guerre" en raison d'un article publié sur l’Ukraine.

Par ailleurs, le même jour, deux commissions du Parlement ont examiné un projet de loi controversé sur les médias, qui risque de restreindre la liberté de la presse dans le pays. 

Le Kirghizistan occupe la 122e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2023, chutant de 50 places par rapport à l’année précédente.

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Publié le
Mise à jour le 16.01.2024

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