Lettre ouverte aux huit candidats à la onzième élection présidentielle de la République islamique d’Iran

Le 21 mai 2013, le Conseil des Gardiens de la Constitution de la République islamique d’Iran a publié la liste des candidats admis à se présenter à la onzième élection présidentielle du pays, qui sera organisée le 14 juin 2013. La sélection des candidats par le Conseil des Gardiens de la Constitution, dont les membres sont directement choisis et nommés par le Guide suprême Ali Khamenei, donne peu d’espoir que la prochaine échéance électorale se déroule de manière claire et transparente. En 2009, les élections avaient été confisquées au lendemain du scrutin. En 2013, la confiscation commence manifestement avant même le lancement de la campagne officielle. À cette occasion, Reporters sans frontières adresse une lettre ouverte aux huit candidats en lice pour cette pour leur demander un engagement public en faveur de la liberté de l’information. Cette liberté fondamentale est méprisée par le régime iranien. Une condition essentielle pour la tenue d’élections libres et démocratiques n’est donc pas respectée. Au cours des deux mandats de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique, la situation des droits de l'homme en Iran s'est considérablement détériorée. Pendant huit ans, plus de 200 journaux ont été suspendus; plus de 300 journalistes et net-citoyens ont été arbitrairement arrêtés, torturés et condamnés à des très lourdes peines de prison. Pour s'assurer que les recommandations de Reporters sans frontières ne restent pas lettre morte, et afin de placer au centre de la campagne électorale la question du respect des libertés fondamentales, l’organisation lance dès aujourd’hui une campagne pour interpeler les candidats. L’organisation exige la libération de tous les journalistes et net-citoyens emprisonnés dans le pays et demande à l’Iran de respecter ses engagements internationaux en matière de liberté d’information. L’Iran a notamment ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1975.



Messieurs les candidats,
Le 21 mai 2013, le Conseil des Gardiens de la Constitution a officiellement validé votre candidature pour briguer un mandat à la présidence de la République islamique d’Iran lors de l’élection du 14 juin 2013. Organisation internationale de défense de la liberté d’information, Reporters sans frontières souhaite attirer votre attention sur la situation intolérable de la liberté d’information dans votre pays, ainsi que sur la répression dont journalistes et net-citoyens sont victimes, tout comme sur l’impunité dont jouissent les responsables des exactions. Aussi, Reporters sans frontières demande à tous les candidats en lice pour la présidentielle de juin prochain d’exprimer clairement leur engagement ferme et inconditionnel en faveur de la liberté de l'information, leur intention de lutter sans relâche contre l’impunité, et leur volonté de faire de l’Iran un État de droit. Autant de revendications qui sont celles du peuple iranien, comme l’ont clamé des millions de manifestants, et qui constituent une condition sine qua non à la fin de l’isolement de l’Iran. Reporters sans frontières demande dès aujourd’hui à l’ensemble des candidats de s’engager sur les points suivants:
* Exiger la libération inconditionnelle des 52 journalistes et net-citoyens toujours emprisonnés en Iran. Certains ont été arrêtés au lendemain de l'élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin 2009, et sont toujours incarcérés aujourd’hui, quatre ans plus tard. Leur seul crime est d’avoir exercé leur droit constitutionnel d’information. La liberté d’information ne sera pas garantie en Iran tant que les arrestations et détentions arbitraires de journalistes continuera à être une pratique systématique des autorités iraniennes pour museler les médias et baîlloner la société civile.

* S’engager pour une réforme en profondeur de la loi sur les médias, en particulier pour dépénaliser les délits de presse et garantir la liberté d’information sans discrimination de langue, de religion ou d’opinion politique. Il est urgent de revoir la loi de 1986 sur la presse (amendée en 2000 et en 2009 pour englober les publications en ligne) qui permet au pouvoir de vérifier que les acteurs de l’information ne “portent pas atteinte à la République islamique”, “n’offensent pas le Guide suprême” ou ne “diffusent pas de fausses informations”. Les amendements de la loi sur la presse qui obligent les publications en ligne à obtenir une licence doivent être abrogés.

* Garantir au peuple iranien l’accès à un Internet libre, sans filtrage, ni surveillance. L’instauration d’un "Internet Halal" (national) qui vise à imposer un véritable “apartheid digital” constitue un danger pour l’Iran.

* S’engager à mettre fin au règne de l’arbitraire et de l’impunité. Ne doivent pas rester impunis les assassinats de journalistes dissidents, tels que Ebrahim Zalzadeh, Majid Charif, Mohamad Mokhtari, Mohamad Jafar Pouyandeh et Pirouz Davani, exécutés par des agents du ministère des Renseignements, entre novembre et décembre 1998 ; ne sauraient non plus rester impunies la mort en détention de Zahra Kazemi (2003) et celles d’Ayfer Serçe (2006), du jeune blogueur Omidreza Mirsayafi, ou bien de Sattar Beheshti (2012). Les auteurs et les commanditaires de ces crimes doivent être traduits en justice.

Tant que ces demandes ne seront pas satisfaites, le peuple iranien ne pourra pas se considérer comme libre.

Je vous prie d’agréer, Messieurs les Candidats, l’expression de ma haute considération.



Christophe Deloire
Secrétaire général de Reporters sans frontières
Publié le 22.05.2013
Mise à jour le 20.01.2016