Les leaders de l’Internet chinois collaborent avec le gouvernement pour renforcer le contrôle du Net

Les autorités chinoises ne faiblissent pas dans leur volonté de contrôler le Net. Les dirigeants des entreprises de technologies et télécommunication ont été invités par le Bureau d’Information et d’Internet à se réunir avec les responsables du gouvernement, lors d’une rencontre de trois jours qui s’est achevée le 6 novembre 2011. Les entreprises Sina Corp (qui détient le site de micro-blogging Sina Weibo), Baidu (moteur de recherche) et Tencent (propriétaire du service de messagerie QQ) étaient représentées, parmi une quarantaine de sociétés. Les leaders du Net chinois se sont engagés à appliquer les directives du gouvernement en matière de surveillance d’Internet. Les entreprises ont promis de lutter contre la pornographie en ligne, la fraude sur Internet et la diffusion de rumeurs et de fausses informations. Une collaboration que Reporters sans frontières déplore, et qui fait de ces entreprises des complices de la cybercensure. Maio Wei, le Ministre de l’Industrie et des technologies de l’information, a encouragé les entreprises de télécommunications à investir davantage dans la surveillance de leurs utilisateurs. Le gouvernement chinois semble restreindre toujours plus la libre circulation de l’information. Fin octobre 2011, les informations à propos d’émeutes dans l’est du pays avaient été filtrées, et les recherches sur le bourg de Zhili, lieu des incidents, avaient été bloquées. Les autorités ont également accentué leur contrôle du Net en Mongolie intérieure, suite aux protestations consécutives au décès d’un éleveur mongol le 20 octobre 2011. De nombreux sites mongols avaient appelé à manifester contre les tentatives du gouvernement pour étouffer l’affaire, et plusieurs ont été bloqués dès le 27 octobre 2011, comme Boljoo, Mongolian BBS et Medege. La Chine fait partie de la liste des Ennemis d’Internet établie par Reporters sans frontières, et est placée 171ème sur 178 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse. -------------- La situation de la liberté d’expression se dégrade encore en Chine
27.10.2011 La Chine persiste dans sa politique liberticide à l’égard des blogueurs, journalistes et activistes, amenant les Etats-Unis à demander, le 19 octobre 2011, des éclaircissements sur les "restrictions à l'Internet en Chine", en violation des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La porte-parole de la diplomatie chinoise, Jiang Yu, a opposé une fin de non-recevoir à la requête américaine, déclarant, le 20 octobre dernier : "Nous nous opposons à ce que la liberté sur Internet serve d'excuse pour s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pays". Elle a ajouté : “Le gouvernement chinois encourage et soutient activement Internet et protège la liberté d'expression des citoyens”. Reporters sans frontières déplore la politique obsessionnelle de contrôle du Net et la propagande mensongère des autorités, alors que le nombre d’internautes a atteint les 500 millions et que l’utilisation des microblogs a explosé. L’organisation a recensé de nombreux cas récents qui illustrent l’étendue de la censure et de la répression à l’égard des blogueurs et des activistes en ligne. Propagande Le 20 octobre 2011, un éleveur mongol, M. Zorigt, a été écrasé par un camion de transport de pétrole chinois alors qu’il essayait de protéger ses terres, à Huhtolgoi Gachaa, en Mongolie Intérieure. Les autorités ont tenté d’étouffer l’affaire, et de faire passer la mort du berger pour un accident de la route. L’agence de presse officielle Xinhua a notamment publié un article soutenant cette version officielle des faits. Les net-citoyens de Mongolie intérieure ont lancé un mouvement de protestation. Un appel à manifester circule actuellement sur Internet, en chinois et en mongol, malgré la censure des autorités chinoises. Plusieurs articles sur ce sujet ont “disparu” de la Toile chinoise. La police locale aurait menacé les membres de la famille de l’éleveur et leur aurait interdit d’évoquer le drame. Toute forme de rassemblement est strictement interdite dans le district d’Uushin. Reporters sans frontières demande aux autorités de laisser les journalistes et blogueurs enquêter sur cette affaire et rendre public les résultats de leurs recherches. Cinq mois plus tôt, de nombreuses manifestations avaient eu lieu dans le Sud de la Mongolie pour dénoncer la mort de M. Mergen, un autre éleveur tué dans des circonstances similaires. Plusieurs éleveurs ont été battus ou agressés lors de conflits liés au transport et à l’exploitation du pétrole et du gaz. Des messages de propagande, provenant probablement des “50 cents”, blogueurs payés par le gouvernement, ont fleuri sur Internet. Un post annonce notamment : “chers étudiants et amis, ce n’était qu’un accident de la route. Certaines personnes mal intentionnées l’interprètent comme un conflit ethnique, ou en lien avec le pétrole ou le gaz. Le gouvernement prend ce cas très au sérieux. (....). Nous espérons que les étudiants ne croiront pas les rumeurs (...)”. Censure du Net Le plénum du Parti Communiste Chinois (PCC), qui s’est tenu du 15 au 18 octobre 2011, officiellement consacré aux “réformes culturelles”, a, en réalité, été l’occasion pour le gouvernement de légiférer à nouveau sur le contrôle du web. A l’issue du congrès, une directive visant à préserver la “sécurité” et élargir “l'influence” de la culture chinoise a été adoptée, laissant présager un renforcement du dispositif de censure. Pour le PCC, “réformer le système culturel” signifie “s’assurer que les médias travaillent pour ses objectifs” en encourageant “le sentiment patriotique et nationaliste”, a déclaré Willy Lam, de la Chinese University à Hong Kong, à l’AFP. Le gouvernement chinois a toujours plus de mal, malgré le “Great Firewall” (“Grande Muraille de la censure”), à contrôler le flux des informations et critiques à son égard sur le Net. Les services de propagande du PCC ont récemment accentué leur pression sur les acteurs du Net chinois : Li Changchun, responsable de la propagande du régime, a rencontré Robin Li, le patron du principal moteur de recherche chinois, Baidu, en septembre. D’autres responsables ont également rencontré les patrons de Youku (équivalent chinois de Youtube) et Sina (site de micro-blogging), afin de les inviter à aligner leurs politiques commerciales sur les mesures politiques chinoises. Plusieurs mots clés ont également été récemment censurés sur Internet : il est désormais impossible pour les internautes de combiner le mot “occuper” suivi d’une ville chinoise (ex: “Occupy Beijing”(占领北京), “Occupy Shanghai”(占领上海)...) dans leurs recherches sur le web, les autorités craignant la propagation du mouvement “Occupy Wall Street”. Le mot “jasmin”, du nom de la révolution qui a mis fin au régime de Ben Ali en Tunisie, est également censuré. Une liste non exhaustive des termes censurés sur le Net chinois a été publiée sur le site du China Digital Times. Arrestations d’internautes pour diffusion de “rumeurs” Reporters sans frontières condamne l’instrumentalisation de la lutte contre les “rumeurs” qui sert en réalité de prétexte au gouvernement chinois pour faire taire les voix dissidentes et justifier des arrestations arbitraires. Dans un communiqué publié le 25 octobre 2011 sur des sites du gouvernement chinois, le Bureau d’information de l’Internet a annoncé que la loi interdisant la divulgation de rumeurs avait déjà été appliquée à plusieurs reprises contre des net-citoyens ayant publié des contenus sensibles. Le Bureau a également affirmé sa volonté de poursuivre ses efforts pour “arrêter les rumeurs et punir les individus et les sites web qui les propagent”. Un étudiant du Yunnan a été interpellé pour avoir diffusé de “fausses informations” sur une affaire de meurtre sur des forums et des blogs. Un résident de Shanghai a quant à lui été détenu pendant quinze jours pour avoir mis en ligne des documents fiscaux prétendument “falsifiés”. Un site web dédié au récent accident d’un avion militaire a également reçu un avertissement pour avoir diffusé l’information sans “confirmation de la source ni des faits”. Intimidations et harcèlement Reporters sans frontières dénonce les pressions exercées par les autorités chinoises sur la cyberdissidente Govruud Huuchinhuu assignée à résidence surveillée depuis novembre 2010. Selon Xi Hai Ming (ショブチョード・テムチルト), un dissident de Mongolie intérieure réfugié en Allemagne, Govruud Huuchinhuu fait l’objet d’un harcèlement permanent depuis des années : “elle est sous surveillance, son téléphone est sur écoute, son accès Internet a été coupé, mais elle ne s’avoue pas vaincue”, a-t-il déclaré au Southern Mongolian Human Rights Information Center (SMHRIC). Dans une lettre ouverte accessible sur le site du SMHRIC, M. Cheel, le fils de Govruud Huuchinhuu, appelle les autorités chinoises à libérer sa mère et l’opinion publique à se mobiliser. Il décrit les intimidations qu’elle subit. Sous pression permanente, son état de santé se serait dégradé. Condamnation d’activistes Reporters sans frontières déplore le rejet de la demande d’appel de la cyberdissidente Wang Lihong (王荔蕻), annoncé le 20 octobre 2011, par le tribunal de Pékin. La condamnation à neuf mois de prison, prononcée le 12 août dernier, est maintenue par la Cour.
Chinese Internet Activist Wang Lihong Given 9... par NTDTV Wang Lihong est accusée d’avoir “troublé l’ordre public” lorsqu’elle a organisé, via Internet, en mars 2011, une manifestation de soutien à trois blogueurs jugés pour diffamation par le tribunal de Fuzhou, dans le sud de la Chine. Arrêtée le 21 mars dernier, elle a été détenue cinq mois avant d'être traduite en justice, le 12 août 2011. Han Yicun, un de ses avocats, a déclaré que le procès n’avait pas été équitable et que le juge avait fait obstruction en interrompant à plusieurs reprises la défense et l’accusée. L’artiste Ai Weiwei a apporté son soutien à la blogueuse via un tweet en août 2011 (en chinois et en anglais). Un blog de soutien et une pétition sur Twitter sont également accessibles sur le net. Vers une légalisation des “disparitions” ? Un projet de loi actuellement à l’étude vise à amender le code pénal chinois afin de légaliser les “disparitions” forcées. Les suspects pourraient à l’avenir être arrêtés et détenus dans un lieu tenu secret, sans que leurs proches soient prévenus, et ce pour une durée variable. Reporters sans frontières dénonce cette disposition qui viole les droits fondamentaux, et s’inquiète des conséquences d’un tel amendement qui permettrait au gouvernement de museler toute forme de contestation sans fournir de justification publique. L’organisation rappelle qu’elle est toujours sans nouvelles de l’avocat des droits de l’homme Gao Zhisheng. La Chine fait partie de la liste des Ennemis d’Internet établie par Reporters sans frontières, et est placée 171ème sur 178 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse en 2010. L’organisation rappelle également que Liu Xiaobo est toujours détenu, un an après avoir obtenu le prix Nobel de la paix.
Publié le 09.11.2011
Mise à jour le 20.01.2016