La Cour suprême d’Azerbaïdjan confirme la condamnation à cinq ans de prison d’Hilal Mammedov

Reporters sans frontières dénonce fermement la décision de justice rendue par la Cour suprême, le 25 juin 2014, à l’encontre du célèbre rédacteur-en-chef de Tolishi Sado, Hilal Mammedov. Le verdict entérine la condamnation du journaliste à cinq ans de prison pour « trafic de drogues », « incitation à la haine » et « haute trahison » prononcée en première instance le 27 septembre 2013 (voir ci-dessous), et confirmée en appel le 25 décembre 2013. L’avocat d’Hilal Mammedov avait demandé l’abandon des poursuites et la libération immédiate de son client en raison des nombreuses violations procédurales et de la falsification des preuves produites par l’accusation. Le journaliste a toujours proclamé son innocence. Hilal Mammedov est l’un des prisonniers politiques dont le président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliev a nié une nouvelle fois l’existence devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg, le jour même du verdict de la Cour suprême. L’avocat du journaliste a annoncé qu’il saisirait la Cour européenne des droits de l’homme. Début juin, le Comité de défense des droits d’Hilal Mammedov avait adressé une requête à la Cour suprême soulignant les risques que le maintien en détention du journaliste faisait peser sur sa santé. Alors qu’Hilal Mammedov souffre de déficiences respiratoires et immunitaires, il est très exposé dans le baraquement où il vit avec 130 autres personnes. Les conditions sanitaires et la qualité des soins apportés en prison en Azerbaïdjan sont très préocuppantes. Le prédécesseur d’Hilal Mammedov à la tête de Tolishi Sado, Novruzali Mamedov avait été condamné à dix ans de prison pour « espionnage » et « incitation à la haine » en 2008, et était décédé à l’hôpital pénitentiaire de Bakou l’année suivante, faute de soins appropriés. ------------------------ 27.09.2013 - Hilal Mammedov condamné à cinq ans de prison à la veille de l’élection présidentielle Reporters sans frontières dénonce fermement la condamnation à cinq ans de prison du journaliste Hilal Mammedov (Хилал Маммадов), prononcée le 27 septembre 2013 par un tribunal de Bakou (capitale). « Ce verdict choquant est à l’image du cauchemar enduré depuis plus d’un an par Hilal Mammedov. Accusations changeantes et montées de toutes pièces, procès à charge parsemé de vices de procédures, mépris des droits de la défense, conditions de détention indignes… Tout dans cette affaire dénote un procès politique, mené dans un esprit de vengeance contre un journaliste critique. Si le mot justice a un sens en Azerbaïdjan, ce jugement inique doit être cassé en appel et Hilal Mammedov doit être remis en liberté », a déclaré Reporters sans frontières. Le tribunal de Bakou pour les crimes graves a jugé le journaliste coupable de « trafic de drogue », d’ « incitation à la haine » et de « haute trahison ». Ses avocats ont l’intention d’interjeter appel, mais Hilal Mammedov a d’ores et déjà annoncé qu’il n’irait pas jusqu’à solliciter une grâce. Avant l’annonce du verdict, il a remercié tous ceux qui l’ont soutenu et qualifié son procès de « tache honteuse, non seulement sur le système judiciaire d’Azerbaïdjan, mais aussi sur l’image du pays ». La dernière audience de son procès s’est tenue en présence de plusieurs observateurs internationaux dont ceux de l’Union européenne, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et des ambassades américaine, allemande, française et norvégienne. Rédacteur en chef du journal Tolishi Sado, défenseur des droits de l’homme et directeur du Centre culturel talysh, Hilal Mammedov est emprisonné dans des conditions déplorables depuis le 21 juin 2012. Son cas rappelle fortement celui de son prédécesseur à la tête de Tolishi Sado, Novruzali Mamedov (aucun lien de parenté). Condamné à dix ans de prison pour « espionnage » et « incitation à la haine » en 2008, ce dernier était mort à l’hôpital pénitentiaire de Bakou l’année suivante, faute de soins appropriés. Tolishi Sado est un journal en langue talysh, qui milite pour les droits de cette minorité persanophone vivant essentiellement dans le sud de l’Azerbaïdjan. Hilal Mammedov est également connu pour être l’auteur d’une vidéo très populaire, devenue l’étendard de nombreux mouvements de protestation dans plusieurs pays d’ex-URSS. Cette chanson intitulée « Pour qui te prends-tu ? Allez, au revoir », a notamment été détournée par l’opposition russe pour appeler au départ de Vladimir Poutine. La condamnation de Hilal Mammedov intervient dans un climat extrêmement dégradé pour la liberté de l’information en Azerbaïdjan, à la veille de l’élection présidentielle fixée au 9 octobre. Le harcèlement des médias critiques n’a fait que croître ces dernières semaines dans ce pays, déjà placé à la 156e place sur 179 dans la dernière édition du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Le 11 septembre, la Cour suprême a confirmé la condamnation à neuf ans de prison d’Avaz Zeynalli, rédacteur en chef du quotidien Khural. Le 17 septembre, le journaliste Parviz Hachimli a été arrêté et placé en détention provisoire sous l’accusation fantaisiste de trafic d’armes en provenance d’Iran. Correspondant parlementaire pour le journal d’opposition Bizim Yol, Parviz Hachimli dirige également le site d’information Moderator.az et le Centre pour la protection des droits civils et politiques des citoyens. Il est également membre du parti d’opposition Front populaire. L’avocat du journaliste, régulièrement privé d’accès à son client, craint qu’il ne soit soumis à la torture. Parviz Hachimli risque jusqu’à huit ans de prison.
Publié le 26.06.2014
Mise à jour le 20.01.2016