La Chine annonce la "libération" de l’éditeur suédois Gui Minhai

L’annonce par le Chine de la "libération" de l’éditeur suédois Gui Minhai est un soulagement pour RSF, qui attend toutefois une confirmation et rappelle que des dizaines de journalistes et de blogueurs restent détenus en Chine.

Mardi 24 octobre, Pékin a annoncé avoir "libéré" l’éditeur suédois d’origine chinoise Gui Minhai, qu’elles détenaient dans un lieu inconnu depuis deux ans et une semaine. L’éditeur, qui n’est pas encore réapparu directement, se trouverait en famille dans la ville de Ningbo (sud-est) et attendrait le renouvellement de son passeport et le feu vert des autorités chinoises pour se rendre en Allemagne, où réside son épouse.


“Nous sommes soulagés de cette annonce, mais nous ne pourrons parler de libération que lorsque Gui Minhai aura effectivement quitté le territoire chinois, a estimé Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), qui rappelle que “son enlèvement, sa détention et sa confession forcée à la télévision sont des pratiques illégales qui ne devraient pas exister.”


Le dernier des “cinq libraires hongkongais”


Gui Minhai est le propriétaire de la librairie hongkongaise Causeway Bay et de la maison d'édition Mighty Current, spécialisée dans les révélations à scandale sur la vie privée des dirigeants chinois. Il avait disparu le 14 octobre 2015, vraisemblablement enlevé par les services secrets chinois dans sa résidence de Pattaya (Thaïlande). Quatre autres actionnaires et employés du groupe avaient été enlevés dans la même période, avant d’être progressivement libérés au printemps suivant.


Gui Minhai, pour sa part, était réapparu sur la chaîne publique CCTV le 17 janvier 2016, pour une confession “spontanée” filmée dans un centre de détention chinois. L’éditeur, en larmes, affirmait s'être rendu volontairement dans son pays natal pour y assumer ses "responsabilités légales" des années après avoir tué un étudiant dans un accident de voiture alors qu'il était ivre. Des explications peu convaincantes, l’éditeur ayant déjà purgé une condamnation à l’époque des faits invoqués.


Un avertissement aux opposants


“En enlevant un citoyen étranger en dehors de ses propres frontières, l’appareil d’État chinois a envoyé à ses opposants un avertissement très clair: il n’a pas peur de frapper quiconque publiera des informations qui lui déplaisent, peu importe son passeport ou son lieu de résidence, met en garde Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de RSF, appelant la communauté internationale à “faire davantage pour que la Chine respecte le droit international et libère les dizaines de journalistes et de blogueurs qui sont encore sous les verrous”.


Le 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui s’est terminé la semaine dernière, a renouvelé pour cinq ans le mandat du président Xi Jinping, alors même que ce dernier a développé un système sophistiqué de censure de l’information, de surveillance de la population et de répression à l’encontre des militants des droits humains. Au classement RSF de la liberté de la presse, la République populaire de Chine (PRC) stagne au 176e rang sur 180 pays listés.

Publié le 30.10.2017
Mise à jour le 09.11.2017