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Deuxième classement mondial de la liberté de la presse (octobre 2003)


Cuba, avant-dernier, juste devant la Corée du Nord. Les Etats-Unis et Israël montrés du doigt pour leur comportement à l’extérieur de leurs frontières.
Pays Note
1 Finlande 0,50
- Islande 0,50
- Norvège 0,50
- Pays-Bas 0,50
5 Danemark 1,00
- Trinidad et Tobago 1,00
7 Belgique 1,17
8 Allemagne 1,33
9 Suède 1,50
10 Canada 1,83
11 Lettonie 2,25
12 Estonie 2,50
- République tchèque 2,50
- Slovaquie 2,50
- Suisse 2,50
16 Autriche 2,75
17 Irlande 2,83
- Lituanie 2,83
- Nouvelle-Zélande 2,83
20 Slovénie 3,00
21 Afrique du Sud 3,33
- Hongrie 3,33
- Jamaïque 3,33
24 Costa Rica 3,83
25 Uruguay 4,00
26 France 4,17
27 Royaume-Uni 4,25
28 Portugal 5,17
29 Bénin 5,25
30 Timor-Leste 5,50
31 Etats-Unis (territoire américain) 6,00
- Grèce 6,00
33 Pologne 6,17
34 Albanie 6,50
- Bulgarie 6,50
- Nicaragua 6,50
37 Bosnie-Herzégovine 6,83
- Chili 6,83
- El Salvador 6,83
40 Paraguay 7,17
41 Maurice 7,25
42 Equateur 7,67
- Espagne 7,67
44 Israël (territoire israélien) 8,00
- Japon 8,00
46 Madagascar 8,17
47 Cap-Vert 8,25
48 Ghana 8,75
49 Corée du Sud 9,17
50 Australie 9,25
51 Bolivie 9,67
- Macédoine 9,67
53 Italie 9,75
- Panama 9,75
55 Pérou 10,25
56 Hong-Kong 11,00
- Mali 11,00
- Namibie 11,00
59 Fidji (îles) 11,50
- Roumanie 11,50
61 Taïwan 12,00
62 Botswana 13,00
63 Congo 14,00
- Mozambique 14,00
65 Honduras 14,17
66 Sénégal 14,50
67 Argentine 15,17
68 Niger 15,75
69 Croatie 16,50
- Tanzanie 16,50
71 Brésil 16,75
72 République dominicaine 17,00
73 Géorgie 17,33
74 Mexique 17,67
75 Lesotho 17,75
76 Burkina Faso 18,00
77 Gambie 18,25
- Mongolie 18,25
79 Comores 18,50
- Kenya 18,50
81 Cambodge 19,50
82 Thaïlande 19,67
83 Chypre 20,83
84 Malawi 21,00
85 Serbie-Monténégro 21,33
86 Zambie 23,25
87 Sierra Leone 23,50
88 Tchad 24,00
89 Sri Lanka 24,83
90 Arménie 25,17
91 Ouganda 25,75
92 Burundi 26,25
93 Seychelles 26,75
94 Moldavie 27,00
95 Togo 27,50
96 Venezuela 27,83
97 Angola 28,00
98 Cameroun 30,50
99 Guatemala 30,83
100 Haïti 31,00
101 Gabon 31,25
102 Koweït 31,33
103 Nigeria 31,50
104 Kirghizistan 32,00
- Malaisie 32,00
106 Liban 32,50
107 République centrafricaine 32,75
108 Algérie 33,00
109 Guinée 33,17
110 Egypte 34,25
- Indonésie 34,25
- Rwanda 34,25
113 Azerbaïdjan 34,50
- Tadjikistan 34,50
115 Qatar 35,00
- Turquie 35,00
117 Bahreïn 35,17
118 Guinée-Bissau 35,25
- Philippines 35,25
120 Djibouti 35,50
121 Mauritanie 36,67
122 Emirats Arabes Unis 37,00
- Jordanie 37,00
124 Ethiopie 37,50
- Irak 37,50
- Swaziland 37,50
127 République démocratique du Congo 38,50
128 Inde 39,00
- Pakistan 39,00
130 Autorité palestinienne 39,25
131 Maroc 39,67
132 Liberia 40,00
- Ukraine 40,00
134 Afghanistan 40,17
135 Etats-Unis (en Irak) 41,00
136 Yémen 41,83
137 Côte d’Ivoire 42,17
138 Kazakhstan 42,50
139 Guinée équatoriale 44,75
140 Somalie 45,00
141 Zimbabwe 45,50
142 Soudan 45,75
143 Bangladesh 46,50
144 Singapour 47,33
145 Maldives 47,50
146 Israël (territoires occupés) 49,00
147 Colombie 49,17
148 Russie 49,50
149 Tunisie 50,83
150 Népal 51,50
151 Bélarus 52,00
152 Oman 57,75
153 Libye 60,00
154 Ouzbékistan 61,50
155 Syrie 67,50
156 Arabie saoudite 71,50
157 Bhoutan 77,33
158 Turkménistan 82,83
159 Viêt-nam 89,17
160 Iran 89,33
161 Chine 91,25
162 Erythrée 91,50
163 Laos 94,83
164 Birmanie 95,50
165 Cuba 97,83
166 Corée du Nord 99,50




Reporters sans frontières a publié son second classement mondial de la liberté de la presse le 20 octobre 2003. Comme en 2002, c’est en Asie que la situation est le plus catastrophique, notamment en Corée du Nord, en Birmanie et au Laos. Avant-dernier dans ce classement, Cuba est aujourd’hui la plus grande prison du monde pour les journalistes. Les Etats-Unis et l’Italie restent relativement mal classés.


Reporters sans frontières publie son second classement mondial de la liberté de la presse. Comme en 2002, c’est en Asie que la situation est le plus catastrophique, avec huit des dix pays les plus mal classés : la Corée du Nord, la Birmanie, le Laos, la Chine, l’Iran, le Viêt-nam, le Turkménistan et le Bhoutan. Dans ces Etats, la presse indépendante est soit inexistante, soit réprimée quotidiennement par les autorités. Les journalistes y travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, sans aucune liberté ni sécurité. Plusieurs d’entre eux sont emprisonnés en Birmanie, en Chine et en Iran.


Cuba (165e) occupe l’avant-dernière place dans ce classement mondial. Au printemps 2003, 26 journalistes indépendants ont été arrêtés et condamnés à des peines allant de 14 à 27 ans de détention, faisant de ce pays la plus grande prison du monde pour les journalistes. On leur reproche de publier à l’étranger des articles qui font le jeu des "intérêts impérialistes". L’Erythrée (162e) affiche la pire situation du continent africain. Depuis deux ans, la presse privée n’a plus le droit de paraître et quatorze journalistes sont détenus au secret.


Pour établir ce classement, Reporters sans frontières a demandé à des journalistes, des chercheurs, des juristes ou des militants des droits de l’homme de remplir un questionnaire permettant d’évaluer la situation de la liberté de la presse dans un pays donné. 166 nations figurent dans cet index (contre 139 l’an passé). Les autres sont absentes, faute d’informations fiables et étayées.


  • Richesse ne rime pas toujours avec liberté de la presse Comme en 2002, ce classement démontre que le respect de la liberté de la presse n’est pas uniquement lié au développement économique des Etats. Ainsi, des pays parmi les plus pauvres de la planète, comme le Bénin (29e), le Timor-Leste (30e) ou Madagascar (46e), figurent dans les cinquante premiers.

Inversement, des nations riches comme Bahreïn (117e) ou Singapour (144e) se classent dans les cinquante pays qui respectent le moins la liberté d’expression.


  • La situation particulière des Etats-Unis et d’Israël Dans ces deux cas, le classement distingue les situations à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Si les Etats-Unis et Israël se trouvent respectivement en 31e et 44e positions pour le respect de la liberté d’expression sur leur propre territoire, ils dégringolent aux 135e et 146e places pour leur comportement hors de leurs frontières.

Les exactions répétées de l’armée israélienne contre des journalistes dans les territoires occupés et la responsabilité de l’armée américaine dans la mort de plusieurs reporters pendant la guerre en Irak sont des actes inadmissibles pour deux nations qui ne cessent de rappeler leur engagement en faveur de la liberté d’expression.


  • Dégradation générale dans le monde arabe La guerre en Irak est pour beaucoup dans le durcissement de la répression des régimes arabes contre la presse. Soucieux de préserver leur image et confrontés à une opinion publique majoritairement anti-guerre, ces Etats ont renforcé leur contrôle sur la presse et accentué leurs pressions sur les journalistes contraints à l’autocensure.

Le Liban (106e) a perdu sa position de leader du monde arabe en matière de respect de la liberté d’expression au profit du Koweït (102e), en raison de cas de censures, de poursuites judiciaires abusives et d’un attentat contre la chaîne Futur TV. L’Arabie saoudite (156e), la Syrie (155e), la Libye (153e) et Oman (152e) utilisent tous les moyens à leur disposition pour empêcher l’émergence d’une presse libre et indépendante.


Au Maroc (131e), les espoirs placés en Mohammed VI, au moment de son accession au trône en juillet 1999, ont été déçus. Les journaux indépendants demeurent sous la pression constante des autorités. Ali Lmrabet, directeur de publication de deux hebdomadaires satiriques, a été condamné, en juin 2003, à trois ans de prison pour "outrage à la personne du roi", suite à une série d’articles et dessins touchant des sujets tabous.


  • L’Union européenne bien classée, sauf l’Italie et l’Espagne Pour la deuxième année consécutive, l’Italie est mal classée (53e) par rapport aux autres pays de l’Union européenne (UE). Le conflit d’intérêts de Silvio Berlusconi, à la fois chef de l’exécutif et propriétaire d’un empire médiatique, n’est toujours pas résolu. De plus, un projet de loi sur la réforme du système audiovisuel, taillé sur mesure pour les intérêts de Silvio Berlusconi, risque d’aggraver les menaces pesant sur le pluralisme de l’information dans ce pays.



Le mauvais classement relatif de l’Espagne (42e) est imputable aux difficultés rencontrées par les journalistes au Pays basque. L’organisation terroriste ETA a multiplié les menaces envers les médias, promettant de s’attaquer aux journalistes ne couvrant pas la situation d’une manière conforme à ses propres vues. Par ailleurs, la lutte nécessaire contre le terrorisme a eu des conséquences sur la liberté de la presse, avec la fermeture par "mesure préventive" du journal basque Egunkaria, dont les dirigeants sont soupçonnés de collaboration avec l’ETA.


La France n’occupe que la 26e position, en raison de sa législation archaïque sur la diffamation, des remises en cause toujours plus fréquentes du principe de la protection des sources et d’interpellations abusives répétées de journalistes par la police.


  • L’ex-URSS toujours à la traîne La situation reste préoccupante en Russie (148e), en Ukraine (132e) et au Bélarus (151e). S’il existe une véritable presse indépendante en Russie, la censure concernant tout ce qui touche à la guerre en Tchétchénie, plusieurs assassinats ainsi que l’enlèvement récent du correspondant de l’Agence France-Presse en Ingouchie, justifient son mauvais classement. Ce pays reste l’un des plus meurtriers au monde pour les journalistes.


En Asie centrale, et plus particulièrement au Turkménistan (158e) et en Ouzbékistan (154e), les gouvernements maintiennent une chape de plomb sur la presse. Aucune critique des autorités n’est tolérée.


  • De plus en plus de violences privées Plusieurs pays aux gouvernements élus démocratiquement et dans lesquels existe une presse libre et indépendante sont mal classés. C’est notamment le cas du Bangladesh (143e), de la Colombie (147e) ou des Philippines (118e). Dans ces Etats, les journalistes sont victimes d’une violence privée, qui ne vient pas seulement de l’Etat, mais de partis politiques, de groupes mafieux ou de guérillas. Dans d’autres cas, comme au Népal (150e), la presse est prise sous les feux croisés des forces de sécurité et des rebelles.


Ces exactions créent une forte autocensure au sein des médias qui n’osent plus aborder des sujets comme la corruption, la collusion entre les responsables politiques et le crime organisé, ou les violences interreligieuses. Tandis que les gouvernements, bien souvent, ne prennent pas toutes les mesures qui s’imposent pour faire cesser ces agressions, en protégeant les reporters et en punissant les coupables.


  • En Afrique, l’information victime de la guerre Sur le continent africain, les guerres et les graves crises politiques ont inévitablement des conséquences sur la liberté de la presse. Ainsi, les trois pays qui ont perdu le plus grand nombre de places par rapport à 2002 sont la Côte d’Ivoire (137e), le Liberia (132e) et la Guinée-Bissau (118e). Dans les deux premiers cas, des journalistes locaux et étrangers ont été exposés à la violence des belligérants. En Guinée-Bissau, des médias ont été fermés par des militaires.



Note méthodologique

Ce classement permet de mesurer l’état de la liberté de la presse dans le monde. Il reflète le degré de liberté dont bénéficient les journalistes et les médias de chaque pays et les moyens mis en œuvre par les Etats pour respecter et faire respecter cette liberté.


C’est une photographie de la situation à une période donnée. Il tient seulement compte des événements survenus entre le 1er septembre 2002 et le 1er septembre 2003. Il ne prend pas en compte l’ensemble des violations des droits de l’homme, mais uniquement les atteintes à la liberté de la presse.


Afin d’établir ce classement, Reporters sans frontières a réalisé un questionnaire reprenant les principaux critères - 53 au total - permettant d’évaluer la situation de la liberté de la presse dans un pays donné. Ce questionnaire recense l’ensemble des atteintes directes contre des journalistes (assassinats, emprisonnements, agressions, menaces, etc.) ou contre des médias (censures, saisies, perquisitions, pressions, etc.). Il note également le degré d’impunité dont bénéficient les auteurs de ces violations de la liberté de la presse. Ce questionnaire prend également en compte le cadre juridique régissant le secteur des médias (sanction des délits de presse, monopole de l’Etat dans certains domaines, présence d’un organe de régulation, etc.) et le comportement de l’Etat face aux médias publics et à la presse internationale. Il relève aussi les principales atteintes à la liberté de circulation de l’information sur Internet.


Reporters sans frontières n’a pas seulement tenu compte des exactions dues à l’Etat mais aussi de celles de milices armées, d’organisations clandestines ou de groupes de pression qui peuvent représenter une réelle menace pour la liberté de la presse.


Ce questionnaire a été adressé à des personnes ayant une réelle connaissance de la situation de la liberté de la presse dans un ou plusieurs pays : des journalistes locaux ou résidant dans le pays, des chercheurs, des juristes, des spécialistes d’une région et les chercheurs du secrétariat international de Reporters sans frontières.


Les pays classés sont ceux pour lesquels Reporters sans frontières a reçu des questionnaires remplis par plusieurs sources indépendantes. D’autres n’y figurent pas par manque d’informations fiables et étayées. En cas d’égalité entre plusieurs pays, ces derniers sont classés par ordre alphabétique.


Enfin, en aucun cas, ce travail ne saurait être pris pour un indicateur de la qualité de la presse dans les pays concernés. Reporters sans frontières défend la liberté de la presse, sans prendre parti sur la qualité du contenu éditorial des médias. Les éventuelles dérives éthiques ou déontologiques n’ont pas été prises en considération.