Deux journalistes tués en deux ans : RSF appelle la Turquie à agir rapidement pour protéger les reporters

Gungor Arslan, rédacteur en chef de Ses Kocaeli, est le deuxième journaliste à être assassiné en Turquie en deux ans. Une situation alarmante alors que les journalistes font face à une violence croissante de la part des politiques ou des groupes mafieux. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités turques à prendre des mesures urgentes pour assurer la sécurité des reporters dans le pays.

L’augmentation de la violence à l’encontre des journalistes en Turquie est alarmante. L’assassinat du rédacteur en chef de Ses KocaeliGungor Aslan, le 19 février, porte à deux le nombre de journalistes tués ces deux dernières années en Turquie et à trois depuis 2009. Le journaliste de 60 ans a été abattu dans les locaux de son journal, dans la commune de Kocaeli. L’enquête menée par les autorités a conduit à l’arrestation d’un tueur à gages de 21 ans, Ramazan Özkan et de neuf autres suspects. Parmi les personnalités citées dans cette affaire figure également l’avocat Ersin Kurt, qui aurait promis de l’argent au tueur à gages pour assassiner le journaliste.


“Ce meurtre n’est une surprise pour personne, Güngör Arslan recevait constamment des messages de menaces sans que cela provoque aucune réaction des autorités, qui ont failli à leur mission de protection, dénonce le représentant de RSF en Turquie, Erol Onderoğlu. Si l’arrestation rapide de dix suspects, dont les instigateurs, laisse espérer un procès efficace, RSF appelle les autorités à punir sévèrement les auteurs et les commanditaires de ce crime inadmissible. Notre organisation continuera de suivre de près cette affaire. Le gouvernement doit agir rapidement pour assurer la protection nécessaire aux journalistes qui sont ouvertement menacés afin que ceux-ci puissent exercer en toute sécurité”. 



Gungor Aslan avait récemment publié une série d’articles accusant Ersin Kurt - proche du parti nationaliste MHP, allié du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdogan - d’avoir violé la loi sur sa profession en acceptant un appel d’offres de la municipalité de Kocaeli. Il avait également affirmé, à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux, se sentir menacé.




Spirale de violence inquiétante



Depuis 2019 et les élections locales, les attaques verbales et l’hostilité politique à l'encontre journalistes critiques en Turquie n’ont cessé d’augmenter et ont exacerbé le climat d’impunité déjà existant, encourageant les milieux corrompus à s’en prendre aux reporters locaux qui couvrent, notamment, les faits de corruption. Les menaces et pressions constantes sur le système judiciaire pour arrêter les journalistes gênants, exercées par des personnalités haut placées, font glisser le pays dans une spirale de violence inquiétante qui se répercute dans la société. Les journalistes locaux, qui vivent souvent dans le même quartier que les individus sur lesquels ils enquêtent, représentent ainsi des cibles faciles et ceux qui sont menacés ne sont pas protégés.




Avant Gungor Aslan, deux autres journalistes avaient été assassinés, dont l’un très récemment. En mars 2021, Hazim Ozsu (46 ans), présentateur d'une émission sur Radio Rahmet FM de la ville de Bursa, a été abattu par un de ses auditeurs qui n'avait pas apprécié ses commentaires sur les "valeurs sacrées". Le meurtrier présumé, Halil Nalcaci, a été arrêté six jours après le meurtre.



En décembre 2009, Cihan Hayirsevener, directeur de l'information de la chaîne locale Marmara TV et éditeur du journal Güney Maramara Yasam, a été abattu de trois balles alors qu'il marchait dans une rue de la ville de Bandırma (Nord-Ouest). Les auteurs et instigateurs de son meurtre ont été condamnés à de longues peines de prison.


De nombreuses affaires n’ont pas trouvé de réponse judiciaire ces dernières années en Turquie. Sur les 40 journalistes assassinés ou portés disparus depuis les années 90 en Turquie, nombreux sont restés impunis, notamment la vingtaine de cas rapportés dans le sud-est de l’Anatolie entre 1990 et 1996, au plus fort des affrontements entre l’armée turque et les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).


La Turquie figure à la 153e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF.

Publié le 14.03.2022
Mise à jour le 14.03.2022