Archives

Classement mondial 2006


Corée du Nord, Turkménistan, Erythrée : le trio infernal
Rang Pays Note
1 Finlande 0,50
2 Irlande 0,50
3 Islande 0,50
4 Pays-Bas 0,50
5 République tchèque 0,75
6 Estonie 2,00
7 Norvège 2,00
8 Slovaquie 2,50
9 Suisse 2,50
10 Hongrie 3,00
11 Lettonie 3,00
12 Portugal 3,00
13 Slovénie 3,00
14 Belgique 4,00
15 Suède 4,00
16 Autriche 4,50
17 Bolivie 4,50
18 Canada 4,50
19 Bosnie-Herzégovine 5,00
20 Danemark 5,00
21 Nouvelle-Zélande 5,00
22 Trinidad et Tobago 5,00
23 Allemagne 5,50
24 Bénin 5,50
25 Jamaïque 5,50
26 Namibie 6,00
27 Lituanie 6,50
28 Royaume-Uni 6,50
29 Costa Rica 6,67
30 Chypre 7,50
31 Corée du Sud 7,75
32 Grèce 8,00
33 Maurice 8,00
34 Ghana 8,50
35 Australie 9,00
36 Bulgarie 9,00
37 France 9,00
38 Mali 9,00
39 Panama 9,50
40 Italie 9,90
41 El Salvador 10,00
42 Espagne 10,00
43 Taïwan 10,50
44 Afrique du Sud 11,25
45 Cap-Vert 11,50
46 Macédoine 11,50
47 Mozambique 11,50
48 Serbie-Monténégro 11,50
49 Chili 11,63
50 Israël (territoire israélien) 12,00
51 Japon 12,50
52 République dominicaine 12,75
53 Botswana 13,00
54 Croatie 13,00
55 Etats-Unis (territoire américain) 13,00
56 Tonga 13,00
57 Uruguay 13,75
58 Fidji 14,00
59 Hong-Kong 14,00
60 Pologne 14,00
61 Roumanie 14,00
62 Chypre (partie Nord) 14,50
63 Guinée-Bissau 14,50
64 Honduras 14,50
65 République centrafricaine 14,50
66 Madagascar 15,00
67 Togo 15,00
68 Equateur 15,25
69 Nicaragua 15,50
70 Burkina Faso 16,00
71 Kosovo 16,00
72 Lesotho 16,00
73 Congo 17,00
74 Koweït 17,00
75 Brésil 17,17
76 Argentine 17,30
77 Emirats arabes unis 17,50
78 Mauritanie 17,50
79 Sénégal 17,50
80 Albanie 18,00
81 Qatar 18,00
82 Paraguay 18,25
83 Timor-Leste 18,50
84 Liberia 19,00
85 Moldavie 19,17
86 Mongolie 19,25
87 Haïti 19,50
88 Tanzanie 19,82
89 Géorgie 21,00
90 Guatemala 21,25
91 Angola 21,50
92 Malaisie 22,25
93 Comores 22,50
94 Zambie 22,50
95 Niger 24,50
96 Seychelles 24,50
97 Maroc 24,83
98 Bhoutan 25,00
99 Côte d’Ivoire 25,00
100 Turquie 25,00
101 Arménie 25,50
102 Malawi 25,50
103 Indonésie 26,00
104 Sierra Leone 26,00
105 Inde 26,50
106 Ukraine 26,50
107 Liban 27,00
108 Cambodge 27,25
109 Guinée 27,50
110 Jordanie 27,50
111 Bahreïn 28,00
112 Cameroun 28,25
113 Pérou 28,25
114 Gabon 28,50
115 Venezuela 29,00
116 Ouganda 29,83
117 Tadjikistan 30,00
118 Kenya 30,25
119 Etats-Unis (hors territoire américain) 31,50
120 Nigeria 32,23
121 Djibouti 33,00
122 Thaïlande 33,50
123 Kirghizistan 34,00
124 Tchad 35,50
125 Burundi 39,83
126 Algérie 40,00
127 Swaziland 40,50
128 Kazakhstan 41,00
129 Rwanda 41,00
130 Afghanistan 44,25
131 Colombie 44,75
132 Mexique 45,83
133 Egypte 46,25
134 Autorité palestinienne 46,75
135 Azerbaïdjan 47,00
136 Israël (hors territoire israélien) 47,00
137 Bangladesh 48,00
138 Guinée équatoriale 48,00
139 Soudan 48,13
140 Zimbabwe 50,00
141 Sri Lanka 50,75
142 Philippines 51,00
143 République démocratique du Congo 51,00
144 Maldives 51,25
145 Somalie 51,25
146 Singapour 51,50
147 Russie 52,50
148 Tunisie 53,75
149 Gambie 54,00
150 Yémen 54,00
151 Bélarus 57,00
152 Libye 62,50
153 Syrie 63,00
154 Irak 66,83
155 Viêt-nam 67,25
156 Laos 67,50
157 Pakistan 70,33
158 Ouzbékistan 71,00
159 Népal 73,50
160 Ethiopie 75,00
161 Arabie saoudite 76,00
162 Iran 90,88
163 Chine 94,00
164 Birmanie 94,75
165 Cuba 95,00
166 Erythrée 97,50
167 Turkménistan 98,50
168 Corée du Nord 109,00

Reporters sans frontières publie aujourd’hui son cinquième classement mondial de la liberté de la presse. Alors que les Etats les plus répressifs restent les mêmes, des pays en développement se glissent en tête du classement, devançant souvent les démocraties occidentales.


"Malheureusement, rien ne change chez les pires prédateurs de la liberté de la presse dans le monde. Les journalistes nord-coréens, érythréens, turkmènes, cubains, birmans ou chinois paient de leur vie ou de leur liberté le fait de vouloir nous informer, a déclaré Reporters sans frontières. Ces situations sont extrêmement graves et il est urgent que les dirigeants de ces Etats acceptent la critique et cessent de réprimer systématiquement les médias de la manière la plus violente".


"Chaque année, de nouveaux pays de l’hémisphère Sud gagnent des places et se positionnent devant des Etats européens ou les Etats-Unis. C’est une bonne nouvelle qui prouve, une fois de plus, que même très pauvres, des pays peuvent se montrer particulièrement respectueux de la liberté d’expression. En revanche, la lente mais constante dégradation de la situation aux Etats-Unis, en France et au Japon nous inquiète au plus haut point", a ajouté l’organisation.


Le trio infernal de la liberté d’expression (Corée du Nord, 168e et dernière position - Turkménistan, 167e - Erythrée, 166e) a encore durci le ton. La mort sous la torture, en prison, de la journaliste turkmène Ogoulsapar Mouradova, a montré que le président à vie Separmourad Niazov pouvait faire usage d’une violence extrême à l’égard de ceux qui osent le critiquer. Reporters sans frontières exprime également ses plus vives inquiétudes concernant le sort des journalistes érythréens emprisonnés au secret depuis plus de cinq ans maintenant. Et le tout-puissant Kim Jong-il maintient sa domination absolue sur la presse nord-coréenne.


Ce sont encore et toujours des pays d’Europe du Nord qui remportent cette course de la liberté d’expression. Aucun cas de censure et, bien entendu, aucune menace ni aucune intimidation ou représaille physique n’a été recensée en Finlande, en Irlande, en Islande et aux Pays-Bas, premiers ex-aequo de ce classement.


Dégringolade des Etats-Unis et du Japon, la France perd également des points

Les Etats-Unis (53e) ont perdu neuf places par rapport à l’an dernier. En 2002, lorsque Reporters sans frontières a établi son premier classement, les Etats-Unis se situaient en 17e position. L’atmosphère s’est nettement détériorée entre la presse et l’administration du président George W. Bush depuis que celle-ci, invoquant la sécurité nationale, tient pour suspect tout journaliste qui remettrait en cause sa "guerre contre le terrorisme". Le zèle de la justice fédérale, qui, à l’inverse de 33 Etats de l’Union, ne reconnaît pas à la presse le privilège du secret des sources, menace même des journalistes dont les enquêtes ne concernent en rien les affaires de terrorisme. Pour avoir refusé de livrer ses archives vidéo, le journaliste indépendant et blogger Josh Wolf a été envoyé en prison. Par ailleurs, la détention sans charge, depuis le 13 juin 2002, du cameraman soudanais d’Al-Jazira, Sami Al-Haj, sur la base militaire de Guantanamo, et celle du photographe d’Associated Press, Bilal Hussein, en Irak, depuis le 12 avril 2006, alourdissent ce bilan.


La France (35e) perd cinq places depuis l’année dernière et vingt-quatre places en cinq ans. La multiplication des perquisitions au sein de médias et des mises en examen de journalistes est un réel sujet de préoccupation pour les organisations professionnelles et les syndicats. Par ailleurs, l’automne 2005 a été particulièrement difficile pour les journalistes français. Plusieurs d’entre eux ont été agressés ou menacés lors du conflit syndical né de la privatisation de la SNCM, en Corse, et pendant les violentes manifestations dans les banlieues françaises, en novembre.


Le système restrictif des clubs de la presse (kisha clubs) et la montée du nationalisme menaçant certains acquis de la démocratie ont fait reculer le Japon (51e) de quatorze places. Le journal Nihon Keizai a été victime d’un attentat et plusieurs journalistes ont été agressés par des groupuscules d’extrême droite (uyoku).


Les conséquences de l’affaire des "caricatures de Mahomet"

Première victime de cette affaire, le Danemark (19e) a perdu sa place de leader en raison des graves menaces proférées à l’encontre des auteurs des caricatures du prophète Mahomet, à l’automne 2005. Pour la première fois au cours de ces dernières années, dans ce pays très respectueux des libertés fondamentales, des journalistes ont dû être placés sous protection policière en raison de menaces dues à leur travail.


Ensuite, le Yémen (149e) a perdu treize places, notamment en raison de l’arrestation de plusieurs journalistes et de la fermeture de médias qui avaient publié les dessins danois. D’autres professionnels de la presse ont été interpellés pour les mêmes raisons en Algérie (126e), en Jordanie (109e), en Indonésie (103e) et en Inde (105e).


En revanche, à l’exception du Yémen et de l’Arabie saoudite (161e), tous les Etats de la péninsule arabique ont connu une forte remontée dans le classement. Le Koweït (73e) conserve sa place de leader du monde arabe, juste devant les Emirats arabes unis (77e) et le Qatar (80e).


Des nouveaux venus dans le club des pays respectueux de la liberté d’expression

Deux pays ont fait leur apparition, pour la première fois, dans les vingt premiers. La Bolivie (16e) est le premier Etat de l’hémisphère Sud. Les journalistes boliviens ont profité, au cours de l’année écoulée, d’une liberté comparable à celle de leurs confrères autrichiens ou canadiens. Néanmoins, la polarisation croissante entre les médias publics et privés, partisans et opposants du président Evo Morales pourrait compliquer la situation.


La Bosnie-Herzégovine (19e) continue sa lente remontée depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie. Aujourd’hui, ce pays se comporte mieux que ses voisins membres de l’Union européenne comme la Grèce (32e) ou l’Italie (40e).


Egalement bien classé, le Ghana (34e) se situe en quatrième position pour le continent africain, derrière trois habitués de la tête de cet index : le Bénin (23e), la Namibie (26e) et l’île Maurice (32e). La presse ghanéenne travaille toujours dans des conditions économiques difficiles, mais elle est désormais débarrassée de toute menace de la part des autorités.


Enfin, le Panama (39e) bénéficie d’un contexte politique calme et serein, propice au développement d’un environnement médiatique libre et dynamique. Le pays a gagné près de trente places par rapport à l’an dernier.


La guerre, fossoyeur de la liberté de la presse

Le Liban est passé de la 56e à la 107e place en cinq ans. Victime en 2005 d’une série d’attentats et en 2006 des attaques israéliennes, la presse libanaise continue de souffrir de la situation politique exécrable de la région. Les médias libanais - parmi les plus libres et les plus expérimentés du monde arabe - ont besoin, de manière cruciale, d’un contexte apaisé et de garanties de sécurité. L’incapacité du gouvernement de l’Autorité palestinienne (134e) à maintenir la stabilité dans les Territoires et le comportement d’Israël hors de ses frontières (135e) menacent gravement l’exercice de la liberté d’expression au Moyen-Orient.


La situation est peu ou prou la même au Sri Lanka. Classé 51e en 2002, en temps de paix, le pays se retrouve cette année en 141e position, alors que les combats entre les forces armées et les rebelles tamouls ont repris de plus belle. Des dizaines de journalistes tamouls ont été victimes de violences après avoir été accusés par l’un des belligérants de soutenir le camp opposé.


L’état de la liberté de la presse au Népal (159e) a fluctué au gré du conflit qui secouait le pays depuis plusieurs années. La "révolution démocratique", en avril dernier, a immédiatement entraîné un regain des libertés fondamentales dans le pays. Le Népal devrait ainsi connaître une forte remontée dans le prochain classement de Reporters sans frontières.


Des changements de régime salutaires

Des changements à la tête de l’Etat sont parfois salutaires pour la liberté de la presse. Haïti est passé de la 125e place à la 87e en deux ans, suite au départ en exil de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, début 2004. Aujourd’hui, si plusieurs assassinats de journalistes restent impunis, la violence contre les médias a relativement baissé d’intensité.


Le Togo (66e) a gagné 29 places après la mort de Gnassingbè Eyadéma, en février 2005, l’arrivée de son fils à la tête du pouvoir et les efforts de réconciliation effectués avec la participation de l’opposition et soutenus par la communauté internationale.


Enfin, en Mauritanie, le coup d’Etat du mois d’août 2005 a mis fin à la forte censure qui s’abattait jusque-là sur la presse locale. 138e en 2004, le pays occupe désormais la 77e position, opérant l’une des plus importantes remontées dans ce classement.


L’Afrique

Des pays africains dégringolent au classement, d’autres remontent



L’Ethiopie (160e) a chuté lourdement d’une trentaine de places, après la rafle et le procès d’une vingtaine de directeurs de journaux, arrêtés en même temps que les dirigeants de la coalition d’opposition. Le pays du Premier ministre Meles Zenawi retrouve donc le bas du classement, après avoir connu un court épisode d’espoir.


L’alliance d’une police zélée et d’une justice influençable a, cette année encore, envoyé des journalistes en cellule en Afrique, notamment au Niger (95e) et au Cameroun (112e), où un reporter australien a été détenu pendant plusieurs jours et où le comportement dangereux de certains journaux les a envoyés devant les tribunaux. La situation s’est également dégradée nettement au Burundi (125e), en raison de l’agressivité grandissante du gouvernement élu en 2005, issu de la rébellion hutue, envers les médias privés. Menaces publiques, poursuites judiciaires kafkaïennes et démonstrations de force ont fait perdre 35 places à ce petit pays de la région des Grands Lacs. Enfin, le strict contrôle de l’information et l’hostilité affichée envers les correspondants étrangers, pendant la période électorale, ont fait perdre plus d’une trentaine de places à l’Ouganda (116e).


De même, aux Seychelles (95e), l’année électorale s’est déroulée sur fond d’omniprésence du gouvernement dans les médias publics et de campagne d’intimidation de la presse d’opposition. L’archipel paradisiaque de l’océan Indien a donc perdu 23 places.


Malgré un climat toujours aussi troublé, la Côte d’Ivoire (98e), de son côté, a gagné plus de quarante places en raison du calme relatif ayant régné pour les journalistes, après plusieurs années noires. Abidjan reste toutefois une ville dangereuse pour la presse. En janvier 2006, les "Jeunes Patriotes" ont une fois de plus pris en otage, par la force, la radiotélévision publique.


De son côté, Madagascar (66e) gagne une trentaine de places après une année calme, sans violences et sans fermetures de médias.


Les Amériques

Les disparités du continent américain

La Colombie (131e) et le Mexique (132e) comptent chacun trois journalistes tués. Un reporter mexicain est également porté disparu à la frontière nord, où le règne du narcotrafic met la presse en péril. Fermant la marche du continent, Cuba (165e) demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes avec vingt-quatre détenus et ne tolère toujours pas de presse indépendante.


L’autre surprise, au Sud, après la bonne position de la Bolivie (16e), vient du net recul du Brésil (75e) et de l’Argentine (76e). Le pays-continent lusophone compte cette année un journaliste tué et les attaques contre la presse locale y restent nombreuses. En Argentine, où les relations entre la presse nationale et la présidence sont exécrables, la coupe dans les subventions aux médias n’est plus le seul moyen de les mettre au pas. Les suspensions ou les licenciements se font parfois sous la pression directe des élus. L’atmosphère reste tendue au Pérou (113e) et au Venezuela (115e), où persistent les séquelles de la "guerre médiatique" entre partisans et opposants du président Hugo Chávez.


Des changements à la tête de l’Etat sont parfois salutaires pour la liberté de la presse. Haïti est passé de la 125e place à la 87e en deux ans, suite au départ en exil de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, début 2004. Aujourd’hui, si plusieurs assassinats de journalistes restent impunis, la violence contre les médias a relativement baissé d’intensité.


Exception faite du Guatemala (90e), l’Amérique centrale conserve un rang honorable malgré des écarts entre des pays comme le Costa Rica (29e), le Panama (39e) et le Salvador (41e) d’un côté, et de l’autre le Honduras (64e) et le Nicaragua (69e). Le peu d’agressions ou d’attentats contre des journalistes signifie aussi que l’autocensure y fait son œuvre.


L’Asie

L’Asie à la traîne

Dans le groupe des vingt pays les moins bien classés, on recense sept
pays asiatiques. Alors qu’aucun représentant asiatique ne se classe
dans les vingt premiers.


Les dictatures asiatiques se sont illustrées au cours de la dernière
année par une répression accrue. La Birmanie (164e) a encore perdu une
place, avec sept journalistes emprisonnés, onze autres interpellés, et
un maintien de la censure préalable. Le Pakistan (157e), malgré une
relative liberté de ton, s’est illustré par des enlèvements et des
agressions perpétrés par la police ou les services secrets. De son côté,
le Viêt-nam (155e) gagne trois places bien qu’il continue à réprimer la
liberté d’expression sur Internet. Le Laos (156e) stagne à l’image
d’une presse aux ordres du ministère de l’Information.


Les mal classés de toujours reculent encore. Singapour (146e) a perdu
six places, en raison de nouvelles actions en justice du gouvernement
contre des médias étrangers. Les Philippines (142e) reculent de trois
places : les assassinats se poursuivent et le harcèlement judiciaire,
notamment de l’époux de la présidente Gloria Arroyo, s’est accéléré. Le
Bangladesh (137e) connaît un léger mieux car moins de journalistes ont
été tués. Plus de quatre-vingts cas de censure ont tout de même été
recensés.


Les jeunes démocraties du Timor-Leste (83e) et de Mongolie (86e)
perdent de nombreuses places en raison d’agressions et de menaces sur
les journalistes.


Les meilleurs élèves du continent asiatique

La Nouvelle-Zélande (18e), la Corée du Sud (31e) et l’Australie (35e)
sont les pays de la région qui respectent le mieux la liberté de la
presse. Mais l’Australie recule en raison de lois anti-terroristes
potentiellement dangereuses pour le travail des journalistes.


Dans l’espace chinois, Taïwan (43e) continue de progresser et se
place juste derrière l’Espagne. Hong Kong (58e) recule bien que certains
médias continuent de jouir d’une véritable indépendance et que
l’Internet soit libre de toute censure. Un acte de vandalisme contre le
quotidien Epoch Times et un colis piégé adressé à un journaliste font
cependant craindre de nouvelles menaces.


Le petit royaume himalayen du Bhoutan (98e) peut se féliciter d’avoir
eu la plus belle progression - quarante-quatre places - grâce à
l’apparition du premier journal privé dans le pays.


Deux pays non asiatiques ont fait leur apparition, pour la première fois, dans les vingt premiers. La Bolivie (16e) est le premier Etat de l’hémisphère Sud. Les journalistes boliviens ont profité, au cours de l’année écoulée, d’une liberté comparable à celle de leurs confrères autrichiens ou canadiens. La Bosnie-Herzégovine (19e) continue sa lente remontée depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie. Aujourd’hui, ce pays se comporte mieux que ses voisins membres de l’Union européenne comme la Grèce (32e) ou l’Italie (40e).



L’Europe et ex-URSS

Des disparités au sein de l’Union européenne

Les quinze premiers pays du classement sont tous, à l’exception de la Suisse (8e) et de la Norvège (6e), membres de l’Union européenne. Parmi eux, les pays du nord de l’Europe continuent de marcher en tête.


Parmi les 25 membres de l’Union européenne, la Pologne (58e) doit à un relatif regain de la censure sa position persistante de plus mauvais élève. Les incarcérations et amendes pour diffamation, insulte à la dignité ou au sentiment religieux, y revêtent malheureusement un caractère banal. La tentative de sanctionner le Tageszeitung pour "outrage public à une institution constitutionnelle polonaise", après la publication d’un article satirique sur le président Lech Kaczynski, est emblématique de la volonté de contrôle à l’œuvre depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition catholiques/conservateurs en novembre 2005.


La Pologne est rattrapée par la Roumanie (58e) dont la progression dans le classement illustre bien la dynamique de l’Europe orientale. L’adhésion à l’UE ou sa perspective ont eu une influence bénéfique sur la situation de la liberté d’expression dans la région. La loi roumaine dépénalisant la diffamation, adoptée en juin 2006, reflète cette dynamique.


L’Allemagne (23e) doit à une succession d’incidents sa baisse relative dans le classement : reconnaissance par les services fédéraux de renseignements de la surveillance illicite qu’ils ont exercée sur les médias pendant près de dix ans ; affaire “Cicero” dans laquelle deux journalistes de ce magazine ont été poursuivis pour “divulgation d‘information confidentielle” ; menaces de mort à l’encontre d’un dessinateur du Tagesspiegel ; difficultés ponctuelles d’accès à l’information après l’entrée en vigueur de la loi sur la liberté de l’information (Informationsfreiheitgesetz). La Suisse (8e) perd sept places, essentiellement en raison de la poursuite de deux médias en vertu de l’article 293 du code pénal qui sanctionne la "publication de débats officiels secrets".


En Italie (40e), la sortie de la “période Berlusconi” se traduit par une légère remontée, notamment en raison des condamnations répétées de l’abus de temps de parole par Silvio Berlusconi pendant la campagne pour les élections législatives d’avril 2006. L’Espagne (41e) ne bouge pas, perdant une seule place dans ce classement, à la suite de l’adoption d’une loi contraignante sur l’audiovisuel par le gouvernement catalan.


Ex-Urss : la tentation répressive est à l’œuvre, mais les méthodes diffèrent

C’est dans l’espace post-soviétique que l’on retrouve les lanternes rouges du classement. La situation reste globalement inchangée pour la Russie (147e) et le Bélarus (151e). Confrontée à des problèmes fondamentaux de déficit démocratique, de rachats de la quasi-totalité des médias indépendants par des groupes industriels proches du pouvoir et d’une législation nouvellement entrée en vigueur décourageant l’activité des organisations non gouvernementales, la Russie de Vladimir Poutine poursuit lentement mais avec acharnement le démantèlement de la presse libre.


Par ailleurs, chaque année, plusieurs journalistes sont assassinés dans le pays en toute impunité. Plus de deux ans après l’assassinat de Paul Klebnikov, rédacteur en chef de la version russe du magazine Forbes tué en juillet 2004 à Moscou, le commanditaire de ce crime demeure inconnu. Et la mort d’Anna Politkovskaïa, début octobre 2006, ne laisse rien présager de bon pour l’année à venir.


En Asie centrale, l’Ouzbékistan d’Islam Karimov (155e) fait perdurer un régime de contrôle inspiré de son passé soviétique dont la sévérité s’est sensiblement accrue après le soulèvement d ‘Andijan de mai 2005. Avec l’adoption en février 2006 d’une résolution assimilant les journalistes étrangers à des agitateurs ou à des terroristes, les refus d’accréditation se sont multipliés en Ouzbékistan, où les bureaux des correspondants de la BBC et de Radio Free Europe / Radio Liberty ont été fermés. Les passages à tabac et les arrestations se sont poursuivis. Djamshid Karimov, journaliste indépendant et neveu du président, a été interné dans un hôpital psychiatrique de Samarkand, sans explication et sans que ses proches soient autorisés à lui rendre visite.