Arrestation en Inde du rédacteur en chef de NewsClick : une nouvelle tentative pour intimider les médias indépendants

Le fondateur et rédacteur en chef du média indépendant NewsClick, Prabir Purkayastha, ainsi que le responsable  administratif du site d’information, Amit Chakraborty, ont été arrêtés par la police en vertu de la loi antiterroriste UAPA, dans le cadre d'une enquête sur un financement illégal présumé par des fonds chinois. Les domiciles de douze journalistes ont aussi été perquisitionnés et du matériel a été saisi. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des mesures disproportionnées visant à intimider la presse indépendante.

Réveil brutal au petit matin pour des journalistes de NewsClick ce mardi 3 octobre. La police a mené des descentes aux domiciles de plusieurs journalistes et collaborateurs du site d’information en anglais, lancé en 2009, ainsi que dans ses bureaux de Delhi. Des ordinateurs, des disques durs et des téléphones portables ont également été confisqués, dans le cadre d’une enquête sur une allégation de financement par des fonds chinois. Le rédacteur en chef et le responsable administratif ont été arrêtés et sont, à ce jour, toujours détenus par la police.

“Les moyens mis en œuvre sont totalement inadéquats à l’infraction alléguée. Une violation présumée de la loi sur les sources de financements ne justifie en rien des perquisitions abusives au domicile de journalistes et des mesures de privation de liberté. De plus, la saisie d’ordinateurs et de portables de plusieurs journalistes est une grave menace pour le secret des sources. Ces perquisitions spectaculaires, qui ont mobilisé de très nombreux policiers, interviennent dans un contexte général d’intimidation des médias indépendants dans le pays. RSF appelle les autorités à libérer Prabir Purkayastha ainsi que Amit Chakraborty, et à restituer le matériel saisi.

Bureau Asie du Sud
Reporters sans frontières

Journaliste de NewsClick, média connu pour sa couverture des luttes sociales, ses critiques du gouvernement et ses investigations politiques, Aritry Das, a ainsi publié sur X (anciennement Twitter) : La police de Delhi a fait irruption chez moi à 6 heures du matin. Elle a pris mon ordinateur portable, mon téléphone, mes disques durs, etc. Elle m'a posé des questions sur les reportages que j'ai effectués.

Aritry Das fait partie des douze journalistes perquisitionnés. La saisie abusive de matériel par la police laisse craindre une atteinte à la protection des sources, alors même que l’affaire du financement du média concerne ses dirigeants et non ses employés et contributeurs. 

Des locaux scellés

Certains journalistes ont ensuite été interrogés plusieurs heures par la cellule spéciale de la police de Delhi, avant d’être libérés. En revanche le fondateur et rédacteur en chef du média, Prabir Purkayastha, et le responsable administratif Amit Chakraborty, ont été arrêtés en vertu de la loi draconienne Unlawful Activities Prevention Act (loi sur la prévention des activités illégales). Les bureaux de NewsClick ont été scellés par la police. 

Le 5 août, le New York Times avait affirmé que NewsClick était financé par le millionnaire américain Neville Roy Singham, qui serait un relais de la propagande chinoise. Des allégations démenties par le rédacteur en chef de NewsClick, le 7 août 2023 : “Newsclick est un organe de presse indépendant et toute insinuation selon laquelle nous serions le porte-parole du Parti communiste chinois ou d'autres intérêts est fausse.”

Les perquisitions du mardi 3 octobre auraient été menées à la suite d’un procès verbal introductif enregistré le 17 août 2023, pour un financement présumé par des fonds en provenance de Chine. 

Un média dans le collimateur des autorités

Ce n’est pas la première fois que NewsClick fait l’objet de perquisitions. Le 9 février 2021, les fonctionnaires de l’Enforcement Directorate, l’agence fédérale chargée de lutter contre les crimes économiques, étaient restés plus de 36 heures dans les locaux du média à Delhi et avaient saisi du matériel professionnel. Les domiciles de quatre journalistes avaient également été perquisitionnés sous prétexte d’une enquête concernant un blanchiment d’argent liés à des financements étrangers.

Depuis l'arrivée au pouvoir en 2014 du gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi, l'Inde, qui figurait au 140e rang sur 180 pays du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, a chuté au 161e rang.

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