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29 juillet 2016 - Mis à jour le 1 août 2016

Zimbabwe: RSF dénonce le harcèlement et l’intimidation des journalistes par le gouvernement de Robert Mugabe

WILFRED KAJESE / AFP
Reporters sans frontières (RSF) condamne les pressions, intimidations, agressions et gardes à vue injustifiées dont sont victimes les journalistes zimbabwéens de la part du gouvernement et du parti présidentiel, le ZANU-PF.

Le pouvoir du président Mugabe est sous pression alors que les manifestations agitent la société zimbabwéenne depuis plusieurs mois. A l’origine du ras-le-bol, la révélation des dépenses somptuaires (plus de 700.000 euros) engagées par l’Etat pour célébrer le 92e anniversaire du président, alors que le pays vit une grave crise économique. Figure publique de la contestation, le pasteur Evan Mawarire est une épine dans le pied du pouvoir en place. Dénonçant les failles du régime sur Internet, ce cyber citoyen a été arrêté le 12 juillet pour “tentative de renversement du gouvernement”. Après 48 heures de détention provisoire, le tribunal d’Harare a finalement décidé de ne pas donner suite. Résultat de cette opposition populaire croissante, l’étau se resserre autour de tous ceux qui sont perçus comme possiblement critiques du pouvoir en place ou de son parti, le Zanu-PF, les journalistes.


“Reporters sans frontières condamne ces violences dont font l’objet les journalistes zimbabwéens, déclare Reporters sans frontières. Loin de condamner ces débordements, le chef de l’Etat les sanctionne car il assimile les journalistes à l’opposition et ne reconnaît pas leur rôle d’utilité publique. Le soir même, il déclarait : “Aux journalistes, dites à ceux que vous représentez que (..) Mugabe est toujours là”. Nous demandons aux autorités judiciaires du pays d’ouvrir une enquête sur ces violences afin de mettre un terme à cette impunité des abus commis contre les journalistes, des abus qui sont en claire violation de la constitution et des lois du pays.”


Les membres du ZANU-PF s’en prennent directement aux journalistes en toute impunité.


Dernière victime en date, le journaliste du Daily News, Mugove Tafirenyika, a été violemment battu par des militants du ZANU-PF, lors d’un meeting politique à Harare le 27 juillet 2016. Le journaliste avait pris en photo une altercation entre le service d’ordre, composé des jeunes du parti, et un homme politique qui avait lui-même pris en photo la tente VIP où se trouvait Mugabe. Arguant qu’il était officiellement accrédité pour couvrir l’évènement, il a refusé d’effacer ses photos et a été roué de coups par les militants. En signe de protestation solidaire, les autres journalistes présents ont quitté le meeting.


Le 18 juin 2016, Albert Masaka, journaliste du quotidien NewsDay, avait été agressé à coup de pierres et de bâtons alors qu’il assistait à une assemblée constituante du parti dans la ville de Chitungwiza, à quelques kilomètres d’Harare. L’intervention de la police n’avait pas permis l’arrestation des jeunes qui ont emporté avec eux le matériel du journaliste.


Le 26 juin 2016, cinq journalistes ont été interpellés par la police: Edgar Gweshe, Garikai Chauza, James Jemwa, Khumbulani Zamuchiya, Chris Mahove alors qu’ils couvraient une manifestation populaire devant le luxueux Rainbow Towers Hotel. Les manifestants souhaitaient déloger de l’hôtel le deuxième vice-président, Phelekezela Mphoko, qui y a établit résidence depuis près de deux ans pour une ardoise de plusieurs centaines de milliers de dollars. Le 14 juillet 2016, le correspondant de l’Agence France Presse (AFP), Farai Mugano venu couvrir ces manifestations, a été interpellé et relâché sans charge.


Cette censure n’épargne par les journalistes étrangers.


Le 13 juillet dernier, la correspondante de la chaîne de télévision britannique SkyNews, Alex Crawford, et son caméraman, Garwen McLuckie, ont été expulsés du Zimbabwe alors qu’ils avaient été autorisés à venir y faire un reportage. Cueillis par les services de sécurité à la sortie d’une interview avec le pasteur Evan Mawarire, ils ont été conduits directement à l’aéroport et retenus douze heures sans avoir accès à leur avocat. Leur matériel a été fouillé et certains de leurs documents photographiés. Loin de s’excuser, un cadre du ministère de l’Information, George Charamba, a même déclaré à l’AFP: “Ils ont transgressé nos lois, nous les avons foutus dehors. On n'entre pas dans un pays sans accréditation.”


Le président zimbabwéen Robert Mugabe figure dans la liste des 40 prédateurs de la liberté de la presse publiée par RSF.


Le Zimbabwe occupe la 124e place du Classement de la liberté de la presse établi par RSF.