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12 mars 2019

Yémen : dix journalistes détenus par les houthistes risquent la peine de mort

Dix journalistes détenus par les houthistes depuis 2015 doivent être jugés par un tribunal houthiste pour “collaboration avec l’ennemi”. Ils risquent l’exécution. Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon des poursuites contre eux et leur libération immédiate.

Dix journalistes détenus depuis 2015 par les houthistes, les rebelles qui contrôlent Sanaa, la capitale yéménite, risquent la peine de mort. Ils ont appris le 19 février dernier qu’ils étaient accusés de “collaboration avec l’ennemi” par le Tribunal Pénal Spécial houthiste, une accusation passible de la peine capitale pour la justice houthiste.


“Après avoir été arbitrairement privés de liberté par les houthistes pendant quatre ans, détenus dans des conditions déplorables, et avoir été victimes de torture, ces dix journalistes risquent à présent d’être exécutés, dénonce Sophie Anmuth, en charge du bureau Moyen-Orient à RSF. Leur calvaire n’a que trop duré, RSF demande leur libération immédiate et sans condition.”


Certains de ces journalistes gardent des séquelles physiques lourdes des tortures qu’ils ont subies, d’après des informations recueillies par une ONG yéménite, l’Association des mères des détenus. Des aveux forcés filmés auraient été obtenus de plusieurs d’entre eux. Plusieurs de ces journalistes ont également été affamés, et leur état psychologique est très dégradé. L’année dernière, le journaliste Anwar El Rakan, détenu par les houthistes pendant près d’un an, est mort de maladie et de faiblesse deux jours après sa libération.


Les dix journalistes Tawfiq al Mansouri (Masdar TV), Essam Belghith (Radio Nass), Hassan Enab (Yemen Youth TV), Hisham Tarmoum (Masdar TV), Hisham al Yousfi (Yemen Youtube), Haitham al Shehab (AlAhali.com), Akram al Walidi (journal Al Rabi3), Hareth Homaid (AlSahwa net, Al-Rabi3), Abdel Khaleq Omran (Islah online), Salah el Kaadi (Sahil Fadaa’iya TV)  travaillent pour des  médias qui sont considérés proches du parti “Islah”. En 2015, ce parti avait exprimé son soutien à la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite et les Emirats, contre les rebelles houthistes, en soutien au gouvernement officiel. Les dix journalistes auraient été enlevés par les houthistes au motif absurde qu’ils auraient pu fournir des informations dont la coalition arabe aurait pu se servir pour ses bombardements aériens, selon un rapport d’Amnesty International.


En tout, au moins 17 journalistes sont retenus en otage au Yémen : 16 journalistes et journalistes-citoyens par les Houthis et un par Al Qaeda. Les exactions commises contre les journalistes et les pressions à la fois politiques et économiques, dûes à la guerre civile et au blocus imposé par la Coalition arabe, ont étouffé l’indépendance des médias. 


Le Yémen figure à la 167e place sur 180 du Classement 2018 établi par Reporters sans frontières.