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14 août 2019

Violence et intimidation de l’armée philippine contre des journalistes

Suite à la décision de la Cour suprême d'étendre la loi martiale à de nouvelles régions au sud, des rassemblements protestataires ont lieu comme ici, le 4 juillet 2017 à Manille. L'application de la loi martiale se traduit par la suspension de l'habeas corpus et de certains droits de façon arbitraire, ainsi que la prise en charge du territoire par les Forces armées des Philippines (photo : Ted Aljibe / AFP).
Tentative d'assassinat, intimidations, fausses accusations, l'armée philippine accentue la pression à l'endroit des journalistes locaux. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces pratiques qui consiste souvent à désigner, de façon parfaitement arbitraire, certains journalistes comme “communistes” pour en faire des cibles potentielles pour les extrémistes.

Il a échappé de peu à la mort. Alors qu’il ramenait sa fille de l’école, le journaliste Brandon Lee a été victime d’une embuscade , jeudi 6 août, au centre de l’île de Luçon, dans le nord des Philippines. Il a été grièvement blessé au visage, au cou et dans le dos. Emmené à l’hôpital Lagawe avant d’être transféré à Baguio dans un état critique, l’étendue des dégâts est encore à évaluer.

 

De nationalité états-unienne, et résidant dans la province d’Ifugao, Brandon Lee était notamment correspondant pour l’hebdomadaire Northern Dispatch (Nordis). Ses  reportages traitaient essentiellement des conditions de vie difficiles des populations de cette zone montagneuse et enclavée, ainsi que sur les questions environnementales.

 

En raison, notamment, de la nature de ses articles, Brandon Lee a été officiellement classé comme “Rouge” par l’armée en 2015. Cette pratique, nommée "Red-Tagging", désigne certains individus, de façon parfaitement arbitraire, comme membres de la Nouvelle armée populaire, la branche armée du Parti communiste philippin. Une stigmatisation qui encourage les cas de violence à l’encontre des personnes visées, plus particulièrement de la part des milices paramilitaires. L’hebdomadaire Nordis a révélé dans un communiqué que le journaliste faisait, avant l’attaque, “constamment l’objet de menaces et de harcèlements.

 

“Nous appelons le parquet philippin à diligenter immédiatement une enquête indépendante pour retrouver les responsables de cette tentative d'assassinat contre un journaliste qui ne faisait que son travail, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’impunité des crimes commis contre les reporters est un fléau qu’il faut combattre avec le plus grand sérieux. Pour cela, il convient d’abord, pour les forces de sécurité, de mettre un terme à cette pratique stigmatisante du ‘red-tagging’, dont Brandon Lee est la dernière victime en date.”

 

Loi martiale

 

48 heures avant l’attaque qui a visé le correspondant de Nordis, Kristin Lim, ancienne responsable de Radyo Lumad, a elle-même reçu une visite pour le moins déplaisante. Le samedi 3 août, vers 20h30, des militaires des Forces spéciales ont débarqué chez elle pour “l’inviter” à les suivre afin de “répondre à des questions”, sans pour autant que le moindre mandat soit présenté. La journaliste ayant refusé, les militaires ont réitéré leur visite le lendemain matin.

 

Basée sur l’île de Mindanao, dans le sud des Philippines, Radyo Lumad s’était faite la voix des communauté aborigènes et traitait, entre autres, des questions d’expropriations illégales, alors que la région est placée sous le régime de la Loi martiale. Classée, elle aussi, comme “Rouge” par les militaires, Kristin Lim a reçu plusieurs menaces. La radio a dû fermer en mars 2019.

 

Les Philippines se classent à la 134e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019.