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19 mai 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Vingt-deux directeurs de médias interdits de sortie du territoire : RSF dénonce une peine inique


Les autorités vénézueliennes accentuent la pression sur les quelques médias indépendants du pays en s’appuyant sur l’appareil judiciaire et le contrôle de l’accès aux ressources. Reporters sans frontières (RSF) s’insurge contre ces pratiques visant à museler l’information. Le 5 mai dernier, la juge Maria Eugenia Nuñez a interdit de sortie du territoire 22 directeurs et gérants des médias indépendants Tal Cual, El Nacional et La Patilla et les a soumis à comparaître une fois par semaine devant le tribunal. Cette décision fait suite à l’attaque en justice de ces trois médias par le président de l'Assemblée nationale Diosdado Cabello pour “diffamation aggravée et continue” le 23 avril dernier. Ces trois journaux avaient repris les informations publiées dans le média espagnol ABC, selon lesquelles Cabello serait à la tête du cartel de los Soles. Les médias avaient pris soin de préciser qu’il s’agissait d’allégations. Plusieurs médias étrangers avaient également repris les informations de ABC. Parmi les directeurs de médias visés se trouve notamment Teodoro Petkoff, qui a reçu le Prix Ortega y Gasset pour la défense des libertés, l’indépendance et la rigueur journalistique, et qui se trouve aussi accusé de diffamation par Diosdado Cabello dans une autre procédure judiciaire. Si les recours en justice pour diffamation contre les médias sont une pratique courante des autorités vénézueliennes, les peines encourues sont généralement de l’ordre de l’amende, et non de l’interdiction de sortie du territoire. « Reporters sans frontières dénonce une décision de justice totalement disproportionnée à l’encontre des 22 directeurs des médias Tal Cual, El Nacional et La Patilla, déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction des programmes de RSF. Les accusations de diffamation ne méritent en aucun cas la privation de la liberté de mouvement de ces professionnels des médias. Nous condamnons l’utilisation abusive de processus judiciaires par certains hauts fonctionnaires de l’Etat pour museler les rares voix indépendantes du pays et nous demandons que les poursuites à l’encontre des directeurs soient levées sans conditions ». Ces attaques en justice contre les médias et les journalistes s’ajoutent à la liste des nombreuses tentatives d’intimidations contre la liberté de l’information. Depuis janvier 2015, plusieurs médias ont fait l’objet de menaces et d’accusations dans l’impunité la plus totale puisqu’elles proviennent principalement de fonctionnaires de l’Etat, voire du président lui-même. Le 3 mars dernier, le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, accusait la chaîne privée Televen et CNN en Español de participer à un projet de coup d’Etat à son encontre. Ces menaces sont d’autant plus préoccupantes qu’elles sont parfois suivies d’agressions physiques. Selon l’ONG vénézuelienne IPYS (Institut de presse et société), au moins un journaliste a été agressé physiquement depuis le début de l’année et au moins trois autres ont été placés en détention arbitraire par des fonctionnaires de police alors qu’ils réalisaient des reportages. Non content de censurer les médias ou de favoriser l’autocensure en poursuivant à tout-va les journalistes qui ne reprendraient pas la ligne officielle du gouvernement, le régime utilise également l'asphyxie économique en contrôlant l’accès aux ressources pour les médias indépendants. Le contrôle de l’accès au papier ou la censure indirecte Le journal historique El Impulso a déclaré le 10 mai être de nouveau victime du système national de gestion de la distribution de papier pour la presse écrite. Selon la rédaction du journal, la pénurie de papier, qui les avait déjà affectés en septembre 2014, les oblige à réduire le nombre de pages de leur quotidien de 16 à 8, et il est à craindre un arrêt des publications d’ici une dizaine de jour. Créé en 1904, El Impulso est le plus ancien quotidien du Venezuela et fait partie des principaux médias indépendants du pays. Les rédactions de El Siglo et Ultima Hora ont elles aussi tiré la sonnette d’alarme sur l’état de leur stock de papier au début du mois. Reporters sans frontières avait déjà dénoncé le système de contrôle de papier géré par la Corporation Maneiro dépendante du ministère du secrétariat de la présidence en septembre 2014. En mars dernier, les médias indépendants El Carabobeño et El Nacional avaient fait face au même problème. Ces pressions économiques exercées par les autorités vénézueliennes ne sont pas nouvelles et poussent la plupart des médias à l’autocensure. La liberté de l’information au Venezuela est la cible du gouvernement de Nicolas Maduro qui se montre très hostile envers les médias indépendants. Le président de la République a notamment favorisé la création et le renforcement des médias pro-gouvernementaux depuis son accession au pouvoir. Le Venezuela est 137e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de RSF. (Logo: AFP)